L’avant-dernière vague de départs du fringuant Ajax 2017 avait donné le ton. Après la finale de Ligue Europa perdue face à Manchester United (2-0), les Bertrand Traoré et Kenny Tete partis à l’OL, Davy Klaassen parti à Everton puis au Werder avant de revenir à Amsterdam en 2020, ainsi que Justin Kluivert émigré, lui, à la Roma en 2018 et actuellement Niçois, n’ont franchement pas réussi leur ascension vers les grands clubs européens. Ces expériences en demi-teinte s’inscrivent en fait dans la tendance historique pas aussi flamboyante qu’on le croit des ex-Ajacides partis tenter la grande aventure hors des Pays-Bas.
Van Basten, Rijkaard, Seedorf ou Davids ont connu des réussites éclatantes. Il y a aussi les réussites correctes (Rep à Bastia et à Saint-Etienne, Winter en Italie, Overmars au Barça et Arsenal, Patrick Kluivert au Barça, Babel à Liverpool, Blind à MU). Il y a eu des belles réussites mais tardives (Van der Sar à MU, Sneijder à l’Inter) et puis les "non réussites" ou déceptions (les frères de Boer, Reiziger, Bogarde, Litmanen, Huntelaar, Van der Vaart) et les échecs récents (Cillessen au Barça, Van der Wiel et Bakker au PSG). Un constat sans concession établit qu’en cinq ans au Barça, l’Ajacide historique qu’est Johan Cruyff n’a gagné en fait qu’une Liga en 1974 et une Copa del Rey en 1978. Même le grand Bergkamp avait échoué à l’Inter et s’il a évidemment brillé à Arsenal, il a quand même pâti de sa phobie de l’avion, lors des Coupes d’Europe notamment.
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Les "Fils des dieux"

Au point de départ de ce bilan contrasté, il y a "l’esprit Ajax", sorte de mystique qui débute avec les surnoms des joueurs : les Godenzonen. Littéralement, "les Fils des dieux". Même si moins usitée que par le passé, cette appellation ultra élitiste imprègne tout de même dès l’enfance le caractère des jeunes Ajacides vêtus de somptueux équipements aux couleurs légendaires du club et qui se déplacent à l’extérieur dans un bus très classe. Voilà pourquoi, entre autres explications, les joueurs de l’Ajax sont souvent réputés pour leur très forte confiance en eux qui tire parfois vers une arrogance qu’un Wesley Sneijder, par exemple, a toujours ouvertement revendiquée !
En devenant titulaire régulier à l’Ajax, on y acquiert par la suite un statut de vedette nationale qui efface peu à peu les doutes et les remises en cause personnelles. C’est pour ça que lorsqu’ils quittent le cocon, les Ajacides soumis à la concurrence se retrouvent dans l’incapacité, souvent, à être tout simplement remplaçants. Conséquemment, certains perdent pied ou dévissent carrément (Van der Wiel, finaliste de la Coupe du monde 2010, aujourd’hui perdu pour le foot)… Passé par Amsterdam, Zlatan Ibrahimovic avait gentiment raillé les petits marquis, tels Van der Vaart ou Sneijder, certes talentueux, mais proprets et hautains… Comme les ex-Ajacides étrangers moins douillets, tels Suarez ou Eriksen, Zlatan a connu ailleurs une réussite comme en ont connu les Néerlandais non estampillés Ajax, au caractère bien trempé : Gullit, Koeman (un Ajacide, mais devenu killer au PSV), Makaay, Van Nistelrooy, Robben, Van Bommel, Wijnaldum, Kuyt, Van Dijk, De Vrij, Van Persie…

Frenkie de Jong et Matthijs de Ligt à l'Ajax en 2019

Crédit: Getty Images

La génération 2019 ? Ils "auraient dû rester encore trois-quatre ans ensemble"

Dans le questionnement en forme de mini-bilan des Ajacides expatriés issus de la merveilleuse génération 2019, l’expertise de Kévin Diaz, consultant sport de RMC-BFM, se révèle aussi éclairante. A propos des expériences de Matthijs de Ligt (Juventus), Frenkie De Jong (FC Barcelone), Donny van de Beek (MU puis Everton), Hakim Ziyech (Chelsea), voire Kasper Dolberg (Nice), Kévin, ancien footballeur pro en D2 néerlandaise de 2006 à 2013, pose un premier constat lucide : "Je ne suis pas surpris par leur non-réussite globale. Dans l’idéal, cette fabuleuse génération aurait dû rester encore trois-quatre ans ensemble. Il y a bien sûr les exigences du foot business qui poussent le club à vendre régulièrement ses talents mais là, ils sont partis beaucoup trop jeunes, Ziyech excepté, parti à 27 ans."
Kevin Diaz pointe l’euphorie juvénile d’Amsterdam 2019 qui a laissé place aux dures réalités de clubs plus durs à vivre, dans des villes moins fun. Outre la crise du Covid qui a rendu difficile leur acclimatation dans leur environnement nouveau, les clubs où ils ont atterris à ce moment précis n’étaient sportivement parlant pas vraiment supérieurs à l’Ajax 2019, du moins en Ligue des Champions. En crise ou en déclin (Juventus, Barça, MU toujours pas titré en PL) ou en transition (le Chelsea de Lampard), ces écuries prestigieuses n’ont pas offert les perspectives de progression promises à ces jeunes talents ajacides.
Rien qu’à ce niveau on pourrait parler d’erreurs de destination. Qui plus est, les gros transferts et les gros salaires dont ils ont bénéficiés ont fait peser sur eux la pression des dirigeants, des supporters et des médias au départ enamourés, voire les jalousies de leurs nouveaux partenaires. A cela, se sont ajoutées les blessures (Ziyech, de Ligt), la malchance (Dolberg à Nice : vol de montre, cambriolage, diabète) et puis bien sûr la concurrence extrême. Celle qui les a plongés presque tous dans l’inconfort de la remise en cause de leur statut de "fils des dieux" quasi intouchables à Amsterdam. A la Juventus, le taulier De Ligt a dû batailler face aux Chiellini, Bonucci, Rugani et Demiral !

Hakim Ziyech - FC Chelsea

Crédit: Getty Images

L'identité de jeu de l’Ajax en cause

Et puis il y a la fameuse identité de jeu de l’Ajax, insiste Kévin Diaz : "l’Ajax est un peu au sommet de ce qu’on appelle la ‘Voetbal Hollandse School’, l’école hollandaise du football. C’est une sorte de moule qui façonne le style hollandais avec des joueurs qui se ressemblent et se comprennent. L’Ajax pratique ce que Thibaud Leplat appelle un ‘football liquide’ où règnent la polyvalence, le mouvement, la rapidité, la verticalité, les initiatives personnelles qui s’épanouissent dans un cadre collectif élaboré. Sortis de l’Ajax, ceux qui en sont partis ont forcément eu du mal à s’adapter dans des systèmes nouveaux." Et là, on pense bien sûr aux anciens talents des grandes écoles de jeu du Dynamo Kiev de Lobanovski (hormis Chevtchenko) ou du FC Nantes de Suaudeau (hormis Karembeu ou Makélélé) qui n’ont jamais vraiment réussi en quittant leur nid.
Trois ans après sa fabuleuse épopée européenne, il apparaît en effet que l’Ajax 2019 d’Erik ten Hag était bien un microcosme doté d’une essence chimiquement pure. "Il y a une alchimie Ajax qui donnait une dimension particulière à ces joueurs, poursuit Kévin Diaz. Ziyech, ça doit être un patron à Chelsea ! Je le vois comme un N°10 à l’ancienne, un 10 excentré qui peut se permettre de rayonner d’une aile à une autre avec les autres qui bossent pour lui. Avec Tuchel et son système plus carré, Hakim est plus bridé, moins libre.Dans un Barça déjà en crise et avec un Busquets toujours compétitif, le registre d’un Frenkie de Jong est aussi problématique : au Barça, c’est la culture du contrôle-passe, que Frenkie maîtrise évidemment, sauf que lui excelle en portant le ballon à 10-15 touches de balle ! Il doit avoir plus de liberté pour s’exprimer (ou du moins il devrait la prendre et "se bouger" comme le suggèrent des observateurs avisés du Barça, ndla). De Jong a un côté Mödric qui me fait croire qu’il aurait peut-être dû aller au Real Madrid, plutôt qu’au Barça."

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Frustration plutôt qu'échecs réels

Concernant Frenkie de Jong ou Hakim Ziyech, Kevin Diaz exprime plus le sentiment très répandu ici ou là-bas de frustration plutôt que parler d’échecs réels. La suite dira comment leurs aventures se poursuivront… Le cas de Ligt à la Juventus n’interroge par contre quasiment plus, selon Simon Capelli-Welter, rédac-chef de So Foot Club, taulier de Trash Talk et suiveur quotidien des Bianconeri : "Titulaire à part entière, De Ligt est passé premier dans la rotation en défense centrale ! Il a appris le calme, la sobriété et l’efficacité du défenseur type italien. Meilleur dans le placement, il excelle aujourd’hui dans le jaillissement-interception-relance." Parfait ! Mais est-ce que le destin de Matthijs de Ligt, au QI football supérieur, souverain à l’Ajax par ses projections vers l’avant et sa facilité à casser des lignes, est de finir comme un très bon défenseur italien ? Est-ce là-aussi la progression naturelle pour un joueur qui gagnerait sans doute à évoluer plutôt dans la très compétitive Premier League ? D’aucun lui prédisent un bel avenir à Chelsea…
Une Premier League qui a d’ailleurs lessivé quelques ex-Ajacides, comme le démontre l’échec patent de Donny van de Beek à Manchester United sanctionné par un prêt à Everton. "Van de Beek à MU, je n’y ai jamais cru, assène Kévin Diaz. Même si on ne lui a pas vraiment donné sa chance, il représente comme Davy Klaassen, voire même Daley Blind, le profil de l’average player que produit aussi l’Ajax : moyen dans tous les domaines et donc excellent dans aucun, sans grand physique et polyvalent, donc très à l’aise dans le football liquide ! A United, le poste de N°10 qu’on le voyait occuper était déjà pris par Bruno Fernandez qui, lui, possède des qualités très au-dessus de la moyenne dans certains domaines. Il faut un ou plusieurs points forts pour s’imposer dans un grand club de PL et Van de Beek était juste un bon soldat comme Blind et Klaassen. Et comme eux, je crains qu’il ne finisse par revenir à l’Ajax…" En vérité, ce bilan contrasté, même provisoire, agit comme le couteau retourné dans la plaie de la nostalgie de 2019 : quelle équipe grandiose cet Ajax-là aurait pu devenir si tout ce beau monde était resté à Amsterdam…
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