C’est l’histoire d’une métamorphose. Celle d’un titi tout menu devenu "l’un des joueurs les plus en vogue" en Bundesliga, selon notre collègue allemand Robert Bauer. Près de onze ans se sont écoulés entre l’arrivée du frêle Christopher Nkunku au centre de formation du PSG et sa prise de pouvoir pleine d'autorité à Leipzig. Ce mardi, sur la pelouse du Parc, "presque son salon" selon ses dires, le feu follet aura l’occasion de prendre la mesure de son évolution. Et de constater qu’il a bien fait le bon choix.
2010 : âgé de 13 ans, le jeune Nkunku rejoint le centre de préformation du PSG où il partage son temps avec l’INF Clairefontaine. Deux ans plus tard, il intègre logiquement le centre de formation du club parisien. "Quand je l'ai vu arriver dans mon groupe U17, il était en pleine construction morphologique, nous explique Laurent Bonadéi, son entraîneur en U17 et U19. Il faisait de mémoire 1,57m pour 53 kilos. Il avait, et il a toujours d'ailleurs, ses qualités de vitesse et de technique. Mais il n'était pas encore formé comme il est aujourd'hui".
Coupe du monde
Des centaines de supporters du Maroc sur les Champs-Elysées à Paris
06/12/2022 À 20:10
Chétif, Nkunku se fait bouger dans les duels. Il n’est ni le crack de sa génération (Jean-Kevin Augustin ou Bryan Labissiere font plus parler que lui), ni le plus décisif de tous mais il se taille une place à part dans l’effectif des jeunes parisiens. C’est d’ailleurs dans un poste axial, qu’il occupe souvent cette saison à Leipzig, qu’il monte en puissance. "Au tout début, il était cantonné à un rôle d'excentré droit, se rappelle Bonadéi. Mais moi j'aimais beaucoup le mettre dans l'axe déjà, parce que du fait qu'il n'avait pas encore grandi, je trouvais que ça lui permettait de toucher souvent le ballon, d'être disponible entre les lignes. C'est un garçon qui sait bien se placer, qui est intelligent, qui sait s'orienter et donner un sens au jeu, vers l'avant et surtout, c'est un garçon qui était très altruiste. Et qui était capable de délivrer des passes décisives". La preuve, lors de sa dernière saison au centre de formation, son entraîneur constate avec bonheur que la mutation est accomplie : Nkunku termine l’année à 19 passes décisives chez les jeunes. Un total quasiment approché lors de sa première saison allemande, en pro cette fois-ci (16).

Christopher Nkunku face au Benfica

Crédit: AFP

Chouchou de Blanc, Emery et Tuchel

C’est en 2015 que tout s’accélère pour le jeune titi. Repéré par Laurent Blanc, il vient compléter l’effectif XXL du champion de France et s’invite régulièrement dans le groupe professionnel. C’est dans le froid de décembre qu’il connaît sa grande première, en C1 s’il vous plaît, face au Shakhtar Donetsk. "J’étais rentré six minutes, j’étais tellement excité, après j’étais K.O, se marrait-il en 2018. J’étais tellement excité de jouer qu’à la fin du match j’avais les cuisses gonflées".
Le coach parisien d’alors aime le profil technique du joueur mais met la même limite que les autres : il faudra gagner en puissance pour se faire une vraie place. "C'est un joueur qui, comme vous l'avez vu, a un physique assez frêle. On est en train de le faire travailler pour qu'il prenne un peu plus de puissance musculaire". Reste que Nkunku gagne ses galons et continue de grandir à l’ombre des stars.
Sa progression à Paris est continue et sa place dans la rotation ne fait que grandir, quels que soient les coaches en place. Avec Unai Emery, il dispute 16 puis 27 matches et fait montre d’une patience et d’une attention qui ravissent l’Espagnol. "C'est un joueur qui écoute, avancera-t-il en 2017. C'est très important. Il fait et écoute tout ce qu'on lui demande. Il écoute tout le monde. Il a les qualités. On lui dit de jouer à gauche, il joue à gauche. Il s'adapte à la façon dont l'équipe a besoin de lui. C'est un joueur qui a la possibilité aujourd'hui d'être dans l'équipe et de beaucoup progresser". Preuve de son attachement au joueur, il tentera de le faire venir à Arsenal quelques mois plus tard, sans succès.

Fritures sur la ligne et départ nécessaire

Les arrivées combinées de Neymar et Mbappé le font reculer sur le terrain mais il devient aussi un chouchou de Thomas Tuchel, trop heureux de pouvoir compter sur sa formidable flexibilité tactique. Mais à 21 ans, Nkunku trouve le temps long. A Paris, son avenir est bouché et les promesses faites ne sont pas tenues. "Le constat est que le temps de jeu et sa place dans la rotation sont insuffisants, regrette d’ailleurs son agent José-Karl Pierre-Fanfan en janvier 2019. Christopher est ouvert à un départ pour évoluer. Il doit franchir un palier et ce n'est pas possible au PSG, surtout en jouant à un poste jamais défini ni fixé".
C’est donc presque d’un commun accord que les deux parties se séparent à l’été 2019. Sans heurts et avec un joli chèque à la clé pour le PSG (13M + 2M de bonus). "J'ai un peu une larme à l'œil parce qu'il a un potentiel incroyable et je l'aime beaucoup, regrette alors Tuchel. Mais il est important pour lui d'avoir un nouveau rôle à l'étranger et je lui ai dit qu'il trouverait un club et un entraîneur de haut niveau en allant à Leipzig".

Christopher Nkunku

Crédit: Getty Images

Lui qui se rêvait en acteur majeur du PSG rejoint la longue liste des titis partis s'éclater ailleurs, sans avoir pleinement réussi à s’imposer dans le club de son cœur. "Même s’il n’y a pas de sentiment d’échec de ma part, je trouve ça quand même dommage car je me sentais capable de jouer un vrai rôle, expliquait-il à France Football l’été dernier. Je rêvais même d’être un jour capitaine du PSG. Tant pis". Mais tant mieux pour Leipzig.
Car dès son arrivée, c’est un joueur explosif et décisif qui régale la Bundesliga. "Franchement, à ses débuts, on a été très surpris de ses performances parce qu’il n’était pas du tout connu en arrivant à Leipzig, avoue Robert Bauer, journaliste Eurosport Allemagne. Il a particulièrement impressionné avec ses passes décisives et sa flexibilité tactique. On peut même dire qu’il était la pièce manquante au puzzle de Nagelsmann à l’époque".
Depuis, l’Allemagne s’est habituée. En 95 matches avec Leipzig, Nkunku aura été décisif 52 fois (21 buts, 31 passes). Mais, cette saison, c’est une épaisseur supplémentaire qu’il semble avoir prise, comme une revanche sur son frêle gabarit d’ado. "C’est un pas de géant qu’il a fait cette saison", avance d’ailleurs notre collègue. Son triplé face à Manchester City n’a fait que confirmer ce qui se dessine depuis des mois : Nkunku peut viser très haut.
Alors, forcément, c’est avec un regard plein de bienveillance que Laurent Bonadéi suit encore les performances de "Christo", comme de tous les autres passés sous sa coupe au PSG : "À l’époque, on se disait ‘purée, s’il se remplit et se muscle, ça va être un très, très bon joueur’. De là à se dire qu'il allait mettre un triplé contre Manchester City en Ligue des champions, il fallait avoir une boule de cristal".

Christopher Nkunku, auteur d'un triplé face à Manchester City

Crédit: Eurosport

Rendez-vous au Qatar en 2022 ?

La même qu’il faut posséder pour savoir de quoi son futur sera fait. Désormais géré par le puissant Pini Zahavi, dans les petits papiers du Real, de Chelsea et de Manchester City, Nkunku a le choix du roi et une vraie marge de progression pour les années à venir. De quoi le rendre attrayant pour les plus grands. Sauf le PSG, pour l’instant. De quoi nourrir des regrets ?
"Si Christopher n'est plus au PSG, je suis persuadé qu’au fond de lui, il est reconnaissant de ce que le PSG lui a apporté, estime son ancien formateur. De son côté, le PSG peut aussi se satisfaire de l'avoir bien vendu. Ça a été un parcours gagnant-gagnant pour le joueur et pour le club. On aimerait toujours, en tant que formateur, que les jeunes jouent en équipe première, comme le fait Presnel Kimpembe. Mais c'est aussi un bon exemple de fidélité au club car il a finalement rentabilisé sa formation. Même s’il y eu séparation, il n'est pas impossible que les deux parties se retrouvent un jour".
Pour ses anciens poulains, Laurent Bonadéi voit d’ailleurs les choses en grand. Actuellement adjoint d’Hervé Renard en équipe nationale d’Arabie Saoudite, il rêve de qualifier les siens pour le Qatar pour boucler la boucle : "En 2012, j'avais gagné la coupe Al Kass au Qatar avec tous ces gamins-là : Rabiot, Maignan, Kimpembe, Coman, Dembélé... Mon souhait, c’est que dix ans après, en 2022, je sois à Doha et que je puisse faire cette Coupe du monde et qu'eux aussi, ils soient avec l'équipe de France". Avec Nkunku en invité surprise ? Avec lui, il faut s’attendre à tout.

Pavard, la sale période : "Au Bayern, on a les mêmes doutes qu'en France"

Ligue 1
Paris répond au PSG : "Vous pensez vraiment que le Parc vaut moins que Paredes ?"
30/11/2022 À 05:48
Ligue 1
Al-Khelaifi : "Ce n’est que le début entre QSI et le PSG"
29/11/2022 À 08:12