Avant Dortmund - Lille - Lille, Rennes : Comment la Ligue 1 est passée à côté de Serhou Guirassy
Eurosport sur GoogleÉblouissant depuis son retour en Allemagne, Serhou Guirassy est aujourd’hui l’un des meilleurs attaquants d’Europe et l’arme la plus redoutable de Dortmund qui affrontera Lille en 8e de finale de la Ligue des champions ce mardi. Au LOSC, il a pourtant eu sa chance comme à Rennes. Mais ça n’a jamais vraiment matché entre le meilleur buteur de la C1 et la Ligue 1.
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2 janvier 2022, stade Marcel Picot. Ce jour-là, Rennes se débat sur la pelouse de Nancy alors à la dérive en Ligue 2 dont l’ASNL est bon dernier. Les Bretons dominent le 16e de finale de la Coupe de France. Aujourd’hui encore, les supporters rennais se demandent comment ce match a pu leur échapper avec une dizaine de grosses occasions et quasiment rien côté lorrain. Mais, ce jour-là, Serhou Guirassy rate absolument tout notamment un penalty et trois face-à-face.
A ce moment précis, la rupture semble consommée entre l’attaquant guinéen, qui se contente de fins de match en L1, et le club breton, lassé par les maladresses de son avant-centre. Trois ans plus tard, Guirassy est le meilleur buteur de la Ligue des champions et, à force de tout casser en Bundesliga (53 buts en deux ans), il a gagné sa place parmi les meilleurs buteurs d’Europe. Comment Rennes, Lille et plus globalement la Ligue 1 a-t-elle pu passer à côté du phénomène ? Car le LOSC, qu’il retrouvera ce mardi en 8e de finale de la Ligue des champions, a, lui-aussi, eu l’occasion de le faire briller alors qu’il n’avait que 19 ans. Ça n’a pas marché : 9 matches, un but. Il signe quatre ans, il restera six mois.
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C’était un gros nounours un peu pataud
"C’était trop tôt, commentera-t-il plus tard dans les colonnes de Ouest-France. Je n’étais pas conscient de mes qualités. C’était une période assez compliquée. Mais, ça a été une belle expérience parce que j’apprends le vrai monde pro, où il n’y a pas de cadeau. J’apprends les vices du monde pro."
Tout n’est pas de la faute de Lille ou de Rennes. Quand il débarque dans le Nord en 2015, Guirassy n’a pas grand-chose à voir avec le buteur impitoyable d’aujourd’hui. Philippe Hinschberger, l’homme qui l’a fait débuter à Laval quelques mois plus tôt, se souvient : "A 18 ans, il jouait en National 3 avec la réserve de Laval…. C’était un gros nounours un peu pataud, nous confie son ancien coach. Sa principale inquiétude, c’était de ne pas faire d’écart pour qu’on ne prévienne pas sa mère. Il était d’une gentillesse incroyable mais c’était impossible pour moi d’imaginer qu’il serait dix ans plus tard un des meilleurs buteurs d’Europe. Impossible ! J’ai vu un bon paquet d’attaquants bien meilleurs que lui à 18 ans. Il n’était pas prêt pour Lille à cette époque."
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Guirassy (Lille) lors d'un match face à Troyes
Crédit: Getty Images
Le jeune homme a du potentiel mais n’est pas encore dégrossi. A Amiens, pourtant, il trouve une première équipe où il s’épanouit : 13 buts en 37 matches et, à 23 ans, des premiers signes de régularité au haut niveau. Rennes se précipite sur l’occasion, débourse 15 millions d’euros et en fait alors la cinquième recrue la plus chère du club. La greffe ne prendra jamais. La maladresse de Guirassy, sa perte de confiance et le recrutement de Gaëtan Laborde, un an plus tard, enveniment la situation. Plus gros salaire du club, il cristallise les mécontentements. En novembre 2021, il se fait siffler par le Roazhon Park qui ne lui passe plus rien. L’élimination en Coupe de France à Nancy, une fin de saison dans l’ombre de Laborde : l’expérience s’arrête, la mayonnaise n’a jamais vraiment pris et il s’en va pour 9 millions d’euros.
Lors de sa formation, je l'envisageais comme un joueur naviguant entre la L2 et la L1
Comme tant d’autres attaquants de L1, mais dans des proportions bien plus insoupçonnables, la Bundesliga lui offre un terrain de jeu qui rendra service à ses qualités. A 27 ans, sur le tard, il connaît enfin son déclic avec Stuttgart avant de tout casser, depuis le début de saison avec Dortmund. "Il a trouvé le bon club au bon moment et comme souvent dans ce genre de trajectoire, tout part des neurones", explique Hinschberger. La confiance dont il manquait cruellement à Rennes déborde en Allemagne. En Bundesliga, il brille dans le rôle de targetman : il profite des espaces et d’une autre philosophie de jeu, plus directe, où le numéro 9 est au centre de tout. Il s’éclate comme Anthony Modeste, Christophe Nkunku et tant d’autres avant lui.
Guirassy est un autre homme. "Oui, ça me surprend de le voir à ces hauteurs-là, nous confiait il y a un an Stéphane Moreau, son formateur à Laval. Surtout dans la répétition de ses performances. Serhou est dans une période d'euphorie. Mais ça correspond aussi à sa période de maturation. Lors de sa formation, je l'envisageais comme un joueur naviguant entre la L2 et la L1." Aujourd’hui, il marche sur la Ligue des champions.
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