Ligue des champions - Inter Milan - FC Barcelone - Raphinha, le Rennais : "De là à l'imaginer prétendant au Ballon d'Or..."

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Encore buteur face à Valladolid samedi, Raphinha confirme toujours plus son incroyable saison (28 buts, 17 passes décisives Liga et C1 confondues) avant de retrouver l’Inter avec le Barça mardi, en demi-finale retour de la Ligue des champions (21h). L'occasion, pour les amoureux de notre Ligue 1, de se souvenir de son année bien agitée, mais importante pour sa carrière, au Stade Rennais.

Est-ce vraiment possible de construire un plan anti-Yamal ?

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On parie qu'une bonne partie des supporters du Stade Rennais n'en revient toujours pas de la folle trajectoire de Raphael Dias Belloli, dit Raphinha (28 ans), leur ancien gaucher. Car oui, aux portes d'une finale de Ligue des champions ce mardi soir à Milan (3-3 à l'aller face à l'Inter à Barcelone), le Brésilien a fait du chemin depuis son départ de Bretagne, une nuit d'octobre 2020. On aura l'occasion d'y revenir.
Ses deux saisons à Leeds, oui, mais surtout cette entrée dans une tout autre dimension à l'été 2022, quand le Barça lâche près de 60 millions d'euros pour le faire signer ! Il se dit que les Blaugranas devront, en cas de sacre en finale de Ligue des champions le 31 mai, lâcher 10 millions d'euros supplémentaires aux Peacocks.
Fondateur de ROUGEmémoire, site référence sur le Stade Rennais d'hier et d'aujourd'hui, Fabrice Pinel l'avoue : "Entre le joueur que l'on a découvert à Rennes et ce joueur aujourd'hui... Je le voyais bien finir dans un club du niveau du Barça, mais comme joueur de complément, pas comme leader offensif, prétendant au Ballon d'Or. Ça, non, je ne pouvais pas l'imaginer."

Plus cher que Severino Lucas

Retour au mois d'août 2019. Le Stade Rennais a remporté la Coupe de France en avril au terme d'une finale dingue face au PSG. Un trophée et un huitième de finale de Ligue Europa (élimination par Arsenal) : le SRFC sort d'un exercice 2018-19 qui a marqué son histoire. Malgré sa 10e place en Ligue 1, le club Rouge & Noir veut surfer sur cet élan et continuer de progresser dans la hiérarchie nationale. Avec, comme souvent avec les pensionnaires du Roazhon Park, des moyens importants pour se renforcer.
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Raphinha (Sporting) contre Santa Clara en Primeira Liga, le 15 mars 2019

Crédit: Getty Images

"Il nous le faut !"

Et pour épauler le jeune mais étincelant Eduardo Camavinga, mais aussi les Benjamin Bourigeaud, Hamari Traoré ou Edouard Mendy, le SRFC prospecte au Portugal, du côté du Sporting CP. "Il avait été le feuilleton de l'été, se souvient Fabrice Pinel. Ça avait négocié pendant deux mois. Du coup, les supporters rennais ont beaucoup suivi ses derniers matchs au Portugal. Il avait marqué un but en lucarne au mois d'août. Après ça, tout le monde avait dit : "Il nous le faut !" Il avait créé une grosse attente."
Celui dont l'idole n'est autre que Ronaldinho signe en Ille-et-Vilaine au dernier jour du mercato, le 2 septembre. Montant : 21 millions d'euros. Chiffre qui fait de lui, à quelques centaines de milliers d'euros près, le transfert le plus cher de l'histoire du Stade Rennais. Raphinha détrône le "mythique" Severino Lucas, accident industriel breton du début des années 2000.
"Avec Raphi, on arrive le même été à Rennes, raconte Romain Salin, ancien portier du SRFC, également coéquipier du Brésilien au Sporting. Mais je ne comprends pas pourquoi il arrive. Pour moi, il ne doit jamais venir ! Jamais de la vie ! Quand il signe, on a 9 points sur 9 en championnat : il croit qu'il arrive dans un club qui va jouer le titre." Un homme va être très bon pour l'attirer dans les filets bretons : Olivier Létang, alors président du club. "Il lui vend un truc comme quoi le club a gagné la Coupe de France, avec les ambitions... Mais les joueurs et le club ne sont pas habitués à gagner des titres, et il n'y a pas forcément cette exigence. Cela me met presque la pression : c'est ce que le club n'a pas compris à certains moments quand je m'emportais un petit peu car je trouvais que l'exigence n'était pas assez grande."
Il y a la cour de Létang d'un côté, et l'extrême nécessité, de l'autre, pour le Sporting CP de vendre : le premier invité au départ se nomme Bruno Fernandes. Pas de transfert. Cela se joue alors entre Raphinha et Marcos Acuña. "Olivier Létang l'a travaillé au corps, appuie encore Salin. Il s'est déplacé, etc. Et Raphi, c'est quand même un affectif, il marche beaucoup à ça."
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Raphinha (Sporting) contre Rio Ave en championnat du Portugal, le 31 août 2019

Crédit: Getty Images

Quand Raphinha regrette son transfert à Rennes

Le moins qu'on puisse dire, c'est que les débuts rennais de Raphinha sur le terrain laissent craindre la même trajectoire que Severino Lucas. Constat que réfute vigoureusement Romain Salin. "Tu prends un étranger, tu lui demandes de comprendre la langue, d'être bon sur le terrain, de faire des stats... Tout ça dans les deux premiers mois. C'est se tromper."
Collectivement, son équipe ne remporte aucun des huit premiers matchs lors desquels il prend part. Avec notamment une défaite dans le derby à Nantes et en Coupe d'Europe à domicile face à Cluj. "Au départ, il s'entête un peu, reconnaît Salin. Il veut faire tout de suite la différence et va toujours dans le dribble. Sauf qu'il allait tout le temps dans le mur. Il se frustrait. Donc, avec le club, on a fait en sorte que les trente premières minutes d'un match, ce ne soient que des balles en profondeur. Appel vers Hamari Traoré, son latéral, puis contre-appel. Il a commencé à se libérer, à fatiguer son adversaire. Ensuite, en seconde période, on lui disait de prendre le ballon, rentrer intérieur, essayer de frapper, etc. Ses constructions de matchs étaient plus intéressantes au fur et à mesure."
Timide sur le terrain, le Brésilien l'est moins lors d'une interview au média portugais A Bola un mois à peine après son arrivée : "J'étais heureux au Sporting CP, lâche-t-il. Je n'avais pas de raison de partir. Je devais faire une saison de plus pour m'affirmer. Mais ce qui est arrivé fait partie du football. Le transfert a été bon pour le Sporting et pour moi. Je suis aussi très heureux maintenant à Rennes." La sincérité de la dernière phrase ne fait pas franchement l'unanimité chez les Rouge & Noir. Ambiance... "L'attente était tellement forte qu'on était tous un peu déçu, confirme Fabrice Pinel de ROUGEmémoire. On voyait un potentiel, mais il n'arrivait pas à s'insérer dans le collectif. On se demandait s'il allait vraiment réussir à s'exprimer."
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Raphinha (Rennes) contre la Lazio Rome en Ligue Europa, le 3 octobre 2019

Crédit: Getty Images

Le cadeau de M'Baye Niang

De l'incompréhension à tous les étages. Sur le terrain face aux supporters et observateurs, mais aussi en coulisses, le joueur et le club étant capables, par exemple, de ne pas être d'accord au sujet de la nourriture et des fameux barbecues (churrasco) dont raffolent Raphinha. S'il vit sans sa compagne, mais en colocation avec un ami, à la Piverdière, Raphinha se repose bien plus sur Romain Salin que sur le traducteur que lui avait mis à sa disposition le Stade Rennais.
Arrive alors ce 10 novembre. À domicile, les Rennais se font surprendre par Amiens et par Serhou Guirassy. Mais Adrien Hunou et M'Baye Niang (avec un Raphinha impliqué sur l'action du 2-1) renversent tout. 77e minute, penalty pour Rennes ! Le tireur attitré se nomme M'Baye Niang. Benjamin Bourigeaud suit dans la hiérarchie. Le duo donne la chance à Raphinha d'enfin débloquer son compteur. "J'ai demandé à Niang de me laisser tirer, racontait le Brésilien dans L'Equipe. Bourigeaud était le tireur numéro 2, il me l'a laissé aussi. Ça montre combien ça comptait à leurs yeux que je marque."
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Raphinha et Adrien Hunou (Rennes) contre Amiens en Ligue 1, le 10 novembre 2019

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Une véritable libération pour son douzième (!) match avec sa nouvelle équipe : "Je commençais à me sentir un peu nerveux, parce que j'aime beaucoup marquer, et ça commençait à faire long. Dans la tête, ça allait. Mais je n'étais pas présent dans les actions décisives, ça me freinait sur le terrain. J'essaie de m'amuser le plus possible à l'entraînement, de ne pas y penser. Mais je n'ai retrouvé de la sérénité qu'après avoir marqué."
Fabrice Pinel acquiesce : "À partir de là, il est lancé. En novembre, décembre, janvier, février, il est excellent." Des performances en Ligue 1 et en Coupe de France, moins en coupe d'Europe où il sera, à l'image de son club, si décevant (dernière place, une victoire et quatre défaites en poules face au Celtic, Cluj et à la Lazio).

Nantes, doublé, folie et bascule

Jusqu'au match retour face au FC Nantes. Nous sommes le 31 janvier 2020. 0-0 à la pause. Puis une seconde période hors du temps où Raphinha va enfiler la cape du super-héros. En égalisant d'abord, bien présent pour reprendre le penalty de M'Baye Niang repoussé par Alban Lafont (1-1, 71e). Puis dans ce temps additionnel complètement fou qui voit Nantes être renversé de 2-1 à 2-3 par un but de Benjamin Bourigeaud (90e+5) et un autre de Raphinha (90e+7), qui inscrit son seul et unique doublé en Rouge & Noir ce soir-là. Un second but similaire au premier, Raphinha poussant le ballon dans le but après un tir de Niang détourné trop timidement par Lafont.
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Raphinha (Rennes) buteur contre Nantes en Ligue 1, le 31 janvier 2020

Crédit: Getty Images

"Pour tous ceux qui étaient au stade, c'est un des souvenirs de supporters les plus marquants, jubile encore Fabrice Pinel. Dans un derby, avec cette attente interminable de la VAR." Avec cette position à l'extrême limite du hors-jeu, le but de Raphinha met un temps fou à être validé par Monsieur Millot. "Nantes, c'était incroyable, sourit Romain Salin. C'est l'émotion d'une ville. Et pour Raphinha, c'est le match qui le fait basculer. Il y a une grosse, grosse émotion." "C'est resté dans les mémoires, enchaîne Pinel. Surtout que, un mois après, c'est le covid et le foot s'arrête. On est donc resté longtemps sur ce souvenir-là."

"Son départ de Rennes ? Une faute professionnelle"

La pandémie stoppe les championnats et la Ligue 1. Face à cette situation, Raphinha s'imagine bien rentrer chez lui, au Brésil, le temps que tout redevienne normal. Romain Salin intervient : "On a une discussion. Au Brésil, la situation était compliquée. Je lui dis : "Raphi, tu es le plus gros transfert du club. Imagine que le championnat recommence. Si tu dois revenir, tu vas faire une quarantaine. On fait comment ?"" Raphinha défait ses valises et retrouve son compère sur le synthétique du club pour s'occuper le temps du confinement. Avec du football, "et on y allait avec une glacière. C'était barbecue tout le temps, raconte Salin. On s'est beaucoup amusé."
Les instances actent la fin définitive de la Ligue 1. Grâce notamment à la performance "raphinhesque" face à Nantes, le Stade Rennais finit 3e et accède à la Ligue des champions. Compétition sur laquelle Raphinha disait quelques mois plus tôt dans L'Equipe : "C'est un rêve d'entendre l'hymne ou de jouer avec le ballon de la Ligue des champions. Un rêve que je veux atteindre."
Tout semble aligné. Sauf que le 5 octobre, Leeds annonce l'arrivée de Raphinha, pour un montant étonnant : 17 millions d'euros. Si 6M€ de bonus sont inclus, ce prix, en-deçà de celui déboursé par Rennes pour l'arracher au Sporting, interroge. Comment en est-on arrivé-là ? "Je ne vais pas encore me faire des amis, mais c'est une faute professionnelle, assène Romain Salin. C'était une ou deux semaines avant le début de la Ligue des champions. C'est une erreur monumentale. Et ça met beaucoup de pression sur Jérémy Doku (recruté dans le même temps contre 26M€). Tu pouvais garder les deux au moins six mois... Si tu fais jouer la C1 à Raphinha, derrière, tu ne l'envoies pas à Leeds, mais dans un grand club..."
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"Le piège du hors-jeu est un pansement imaginé par Flick"

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Au-delà de cette lecture, pour Salin, c'est surtout la manière qui a fait tâche : "Le mettre sur la liste des transferts sans le mettre au courant, c'est un scandale..." L'ancien gardien rennais, désormais entraîneur, reçoit en fait un appel de son coéquipier le samedi 3 à midi. Le SRFC affronte le Stade de Reims le lendemain en Ligue 1. "Il me dit : "Romain, je viens d'apprendre que le club a accepté une offre. Je m'en vais." Il n'était pas au courant. C'est Deco, son agent, qui lui dit qu'ils l'ont mis sur la liste des transferts. Il était vraiment fâché."
Hors de question pour Raphinha de jouer face à Reims. "J'avais essayé de le convaincre en lui disant que c'était peut-être notre dernier match ensemble..." Raphinha met sa rancœur de côté et fait le spectacle face à Reims. Il manque de peu le cadre sur un superbe ciseau, mais, surtout, marque et offre une passe décisive (2-2). Suivront ces images qui feront beaucoup parler d'un Brésilien, en tribune, entouré de coéquipiers dont Romain Salin et Damien Da Silva. "On veut qu'il reste, dit Salin. Mais le club avait déjà accepté l'offre inférieure à son prix d'achat. Lui le ressent comme si le club n'avait pas confiance en lui, comme s'il le trahissait."

Eau de boudin, fish and chips et argent

Chez les supporters, c'est l'incompréhension, et surtout la douche froide. "Ça se finit en eau de boudin, regrette Fabrice Pinel. Et Leeds l'accueille avec un fish and chips pour se moquer un peu de nous sur les réseaux sociaux. Beaucoup de supporters rennais disaient qu'il n'allait pas signer dans un club de fish and chips..."
Mais dans tout cela, comme très souvent, voire toujours dans le football, c'est surtout l'argent qui a dicté le reste : "D'autres ventes étaient prévues et ne se sont pas faites, rembobine Pinel. Il fallait donc faire rentrer de l'argent. Et le Stade Rennais devait un gros pourcentage sur la plus-value au Sporting. Donc ils l'ont vendu moins cher, avec une incitation sur les bonus qui rembourse la somme. Rennes est rentré largement dans ses frais."
Raphinha a-t-il marqué les cœurs rennais ? "Il n'a pas eu le temps de s'imprégner de la culture locale, conclut Fabrice Pinel. Un joueur qui nous a apporté sportivement, mais qu'on n'a pas vu impliqué dans le club. Je n'ai pas envie de lui en vouloir à lui ou aux dirigeants. C'est un rendez-vous manqué à ce moment précis, parce qu'il y avait de l'argent en jeu. Et je pense que tout le monde a fait le choix de l'argent, en dépit du bon sens sportif..."
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