Ligue des champions I OM-Ajax Amsterdam : Nayef Aguerd ou l’ambitieux pragmatique
Mis à jour 30/09/2025 à 15:54 GMT+2
La dernière recrue estivale de l’Olympique de Marseille a soigné son arrivée. Né et formé au Maroc, Nayef Aguerd, passé par Dijon, Rennes, West Ham et la Real Sociedad, suit un plan de carrière intelligent et a rapidement trouvé sa place au sein de la défense de Roberto De Zerbi. Une intégration qui ne surprend pas ceux ayant travaillé avec lui.
"Sur le classement final, la 4e place me semble tout à fait accessible à l'OL"
Video credit: Eurosport
Un but contre Lorient (4-0, le 12 septembre) quelques jours après son recrutement à West Ham United pour cinq saisons et 23 millions d’euros, puis une très forte implication dans celui finalement attribué contre son camp à Marquinhos lors de la victoire face au Paris-SG (1-0) le 22 septembre. Si Nayef Aguerd voulait se mettre les supporters marseillais dans la poche, il ne pouvait pas s’y prendre autrement.
Mehdi Benatia, le directeur du football de l’OM, a évidemment joué un rôle essentiel dans la venue du défenseur de 29 ans, que l’ex-joueur du Bayern Munich et de la Juventus Turin connaît bien. La biographie d’Aguerd rappelle d’ailleurs qu’il avait honoré le 31 août 2018 sa première sélection avec les Lions de l’Atlas lors d’un match amical en Albanie (0-0) au côté de celui qui est désormais un des piliers du club.
Nayef Aguerd est donc de retour en France, un peu plus de trois ans après son transfert de Rennes à West Ham United. "Je pense que Nayef Aguerd va beaucoup apporter à l’OM, qui avait besoin d’un défenseur central expérimenté. Partout où il a joué, il a réussi à s’imposer et il le fera à Marseille", suppose Jamal Sellami, l’actuel sélectionneur de la Jordanie qu’il a qualifiée pour la Coupe du Monde 2026, et qui dirigea Aguerd en équipe nationale locale marocaine, notamment lors du Championnat d’Afrique des Nations (CHAN) remporté par les Nord-africains à domicile en 2018.
"J’ai flashé sur sa qualité technique"
Nayef Aguerd, né à Kénitra (Maroc) et fils d’un ancien footballeur, avait véritablement débuté à l’Académie Mohammed VI à Rabat, après que Nasser Larguet, alors directeur technique de l’institution, l’ait remarqué lors d’un tournoi réservé aux moins de 12 ans. "Il jouait alors numéro 10, et j’avais flashé sur sa qualité technique, la précision de son pied gauche, son jeu long. On avait convaincu ses parents pour qu’il rejoigne l’Académie en 2009", explique l’ancien directeur de formation de l’OM, aujourd’hui directeur technique national de l’Arabie Saoudite.
"Lors de jeux réduits, il s’était mis à jouer défenseur. Il m’a expliqué qu’il y avait beaucoup de concurrence au milieu et qu’il aurait davantage de chances de faire carrière en évoluant derrière, ce qui lui permettrait aussi de mieux utiliser son jeu long. Il était déjà très mature", ajoute Nasser Larguet, qui se souvient aussi de quelques désaccords avec certains formateurs de l’Académie, pas tous convaincus qu’Aguerd pourrait percer au plus haut niveau.
Quand il remporte le CHAN, Aguerd n’est connu que de ses compatriotes, mais aussi de quelques recruteurs européens, dont ceux du Dijon FCO, alors en Ligue 1. "Aguerd évoluait alors au FUS Rabat (Botola Pro, Ligue 1 marocaine), dont l’entraîneur était Walid Regragui", embraye Sébastien Larcier, qui était alors responsable de la cellule recrutement du club bourguignon.
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"Sur le classement final, la 4e place me semble tout à fait accessible à l'OL"
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"Il m'a dit d'y aller les yeux fermés"
"Nous avions l'habitude de suivre le CHAN, et Loïc Chalier, un de nos recruteurs, assistait à celui au Maroc. Il a repéré Nayef, m’en a parlé et j’ai vu des vidéos de ce joueur. J’ai appelé Walid, avec qui j’avais joué au DFCO, et il m’a dit beaucoup de bien de Nayef, que non seulement c’était un bon joueur, avec évidemment une marge de progression, mais aussi un très bon mec, intelligent, cultivé, sympa, bien élevé et bosseur. Bref, il m’a dit d’y aller les yeux fermés", poursuit l’ancien milieu de terrain de Dijon.
En échange d’un chèque d’environ 1,2 million d’euros, le FUS Rabat avait accepté de libérer son défenseur central, confronté pour la première fois à l’exil. "Il s’y était préparé, puisque avant de signer au FUS, il avait été formé à l’Académie Mohammed VI à Salé, près de Rabat (d’où sont également sortis Youssef En-Nesyri, Hamza Mendyl, Azzedine Ounahi ou Oussama Targhalline, les trois derniers ayant évolué en Ligue 1, ndlr). Le but est d’aller à l’étranger, de préférence en Europe, est un objectif quand on intègre ce lieu", reprend Jamal Sellami.
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Aguerd lors de son passage à Dijon
Crédit: Getty Images
À Dijon, Aguerd découvre un pays dont il maîtrise plutôt bien la langue, mais un championnat bien plus relevé que celui du Maroc. "Un défenseur central gaucher, grand (1,90 m), à l’aise techniquement, c’est un profil recherché. J’ai vu le potentiel, mais aussi le travail qu’il y avait à effectuer avec lui", intervient Olivier Dall’Oglio, alors entraîneur du DFCO. "Athlétiquement, il avait besoin de travailler, de faire du renforcement musculaire. Et il avait aussi tendance à trop relancer dans l’axe".
Buteur à Nice (4-0) lors de la 3e journée de la saison 2018-2019, Aguerd débute bien son séjour dijonnais au sein d’un club appelé à jouer le maintien, même si l’intensité des séances l’éprouve physiquement. "Il bossait déjà beaucoup au FUS, mais il m’avait dit que c’était encore plus exigeant en France. Il fallait donc qu’il digère tout cela, et on avait anticipé qu’à un moment, il allait se blesser, ce qui est arrivé, et qu’il intègre nos exigences tactiques, mais comme il a des objectifs personnels élevés et qu’il est intelligent, il a travaillé dur pour s’améliorer", poursuit Dall’Oglio.
Un parcours logique
Après deux ans en Côte-d'Or, une trentaine de matches, quatre buts et une bonne impression générale, tant sportive qu’humaine, le Marocain est transféré à Rennes en août 2020 contre 5 millions d’euros, "alors qu’il en valait au moins le double", note Larcier, dans un club avec qui il s’apprête à disputer la Ligue des Champions. Le Stade Rennais, en le vendant 35 millions d’euros deux ans plus tard aux Hammers de West Ham United, réalisera une très belle opération financière.
Contrairement à d’autres joueurs, Nayef Aguerd a toujours été animé par la volonté de suivre un plan de carrière rationnel et cohérent, sans chercher à brûler les étapes. "Je l’avais affronté avec Brest quand il jouait à Rennes, et j’avais pu constater qu’il avait progressé et gagné en assurance depuis Dijon", ajoute Olivier Dall’Oglio. En Angleterre, où il se blesse à une cheville quelques jours après son arrivée, l’expérience est contrastée, même s’il remporte la Ligue Europa Conférence en 2023. "C’est vrai qu’il a régulièrement été sujet aux blessures", constate Dall’Oglio.
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Aguerd sera l'un des fers de lance du Maroc pour la prochaine CAN
Crédit: Getty Images
Son prêt à la Real Sociedad, en août 2024, lui permettra de découvrir son troisième championnat européen et d’y effectuer une saison globalement convaincante, malgré quelques problèmes physiques passagers. Son statut de titulaire indiscutable avec les Lions de l’Atlas (52 sélections, 2 buts), dont il est un des tauliers et avec qui il disputera la prochaine CAN au Maroc et la Coupe du Monde 2026, valide également les énormes progrès réalisés par Aguerd depuis sept ans. "Il a réussi à gommer ses quelques défauts. Il écoute, comprend vite, travaille, et a aussi progressé grâce à ses différents entraîneurs aux joueurs qu’il a côtoyés", apprécie Jamal Sellami.
Depuis le Chili, où il accompagne les moins de 20 ans saoudiens qui s’apprêtent à disputer la Coupe du Monde de la catégorie, Nasser Larguet est convaincu de la réussite d’Aguerd à l’OM. "A l’Académie, il avait compris qu’avant d’aller en Europe, jouer quelques saisons au Maroc, dans un bon club, ferait partie de sa progression. Dijon, Rennes, West Ham, la Real Sociedad et désormais l’OM… Il fait les choses dans l’ordre, sans rien précipiter, en réfléchissant. C’est Nayef…"
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