OM-Newcastle, souvenirs de 2004 : le dribble de Didier Drogba et le "cadeau" du Vélodrome

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L'affiche entre les Phocéens et les Magpies ce mardi en Ligue des Champions ramène les plus nostalgiques vingt-et-un en arrière, un soir de mai 2004. L'époque de l'OM de Didier Drogba face au Newcastle d'Alan Shearer. Pour une place en finale de C3. Dans un Vélodrome en délire. On rembobine avec les acteurs de l'époque, tous émerveillés par le dribble, devenu mythique, de l'Ivoirien.

"Clairement dos au mur" : l’OM peut-il accrocher les barrages ?

Video credit: Eurosport

"Oh, non, ça ne s'oublie pas..." Depuis la Grèce, José Anigo n'a pas hésité une seconde avant de nous rappeler. "Dans une carrière, il y a des moments comme ça... C'est évident, des mauvais moments, il y en a beaucoup. Mais les bons effacent tout le reste. Et, là, tu découvres un truc qui fait que le foot vaut le coup d'être vécu." Ce "truc", c'est une demi-finale retour de celle qu'on appelait encore à l'époque la Coupe de l'UEFA.
Nous sommes en 2004. Quelques mois plus tôt, engagé en Ligue des Champions, l'Olympique de Marseille n'avait rien pu faire face au Real Madrid, et, surtout, le FC Porto, futur vainqueur de la compétition. Troisième avec une seule victoire en six matchs, l'OM est reversé en C3. En seizièmes de finale, c'est encore délicat, avec une qualification tendue face au Dnipro Dnipropetrovsk sur un but de Drogba (1-0 ; 0-0). À croire que cela va déclencher tout le reste.

Un Vélodrome qui tremble

Liverpool est écarté en huitièmes (1-1 ; 2-1), même chose pour l'Inter Milan en quarts (1-0, 1-0). Cinq ans après 1999 et la gifle en finale par Parme (0-3), l'OM a l'occasion de retourner de nouveau en finale européenne. Mais, pour cela, il faut se débarrasser de Newcastle. Et pas de n'importe quel Newcastle. Celui d'Alan Shearer, de Shola Ameoby, de Lee Bowyer, de Gary Speed, de Shay Given, le tout entraîné par la légende Sir Bobby Robson.
"Il y a beaucoup de craintes au tirage, promet Steve Marlet. Newcastle était une grosse armada." Mais à l'aller, dans le mythique St James Park, Marseille ramène un bon nul (0-0). "Là-bas, on avait beaucoup souffert", remet José Anigo. "On aurait dû faire la différence chez nous, mais on n'a pas été efficaces", regrette encore Laurent Robert, ancien du PSG, qui portait le maillot des Magpies. "On avait quand même éliminé Liverpool et l'Inter, donc on y croyait, rappelle Marlet. A 0-0, on se prend à rêver. On était partis au vert dans un golf d'Aix-en-Provence avant le match. On ne se mettait pas trop la pression, c'était plutôt détendu."
Avec évidemment la règle du but à l'extérieur en vigueur à l'époque, tout est possible pour le retour au Vélodrome. "On arrive pour la reconnaissance terrain : le stade est déjà plein", s'étonne encore Laurent Batlles. "Toute notre arrivée au stade a été comme ça, dans cette folie, sourit José Anigo. Mais le flash, instantanément, c'est le moment où on sort du tunnel pour jouer le match. Sincèrement, j'ai rarement vu le Vélodrome aussi bouillant. Et, surtout, je ne sais pas, c'est bizarre, mais j'avais l'impression que le stade se mettait à bouger. C'était impressionnant". Constat confirmé par Batlles : "Oui, quand on est entré, c'était grandiose". "On sentait que c'était un soir spécial, enchaîne Steve Marlet. Avec une grosse attente. Et cette image de l'arrivée sur le terrain, avec les tifos, l'ambiance..."
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Le Vélodrome en folie avant OM-Newcastle en 2004

Crédit: Getty Images

En jeu, une place pour la finale, treize jours plus tard, à Göteborg, en Suède. "José était fort pour nous chauffer à blanc pour des rencontres importantes, observe Marlet. On était vraiment surmotivés." 18e minute : coup franc dans l'axe pour les Magpies à quarante mètres des cages olympiennes. Distance qui n'a jamais fait peur à Laurent Robert et sa patte gauche capable d'allumer de très loin. Le Français surprend tout le monde et feinte vers la gauche pour un autre Français, Olivier Bernard. Le centre est repoussé par une tête marseillaise, puis une seconde, ce qui provoque un contre express de Camel Meriem, après une très mauvaise lecture de la trajectoire signée Hugo Viana, le milieu de Newcastle.
Meriem sert Didier Drogba. Une touche, deux touches, trois touches, et un dribble jamais vu jusqu'ici face à Aaron Hughes. Ce geste avec le ballon derrière la jambe pour complètement mystifier le défenseur anglais, et conclure du gauche dans une ambiance dingue (1-0, 18e). "Dans notre système, Didier était plutôt isolé, analyse José Anigo. On le déchargeait du travail défensif. Quand je l'ai vu partir, je savais qu'il avait du peps, de l'énergie. Il marchait sur l'eau cette saison-là, donc tu te dis que ça va aller au bout." "Au départ de l'action, c'était un peu mal engagé, note Steve Marlet. Il parvient à s'axer de nouveau justement avec ce geste-là."
Ce geste. LE geste. Resté quasi iconique. "Ah ce geste... Beaucoup le font aujourd'hui, rigole José Anigo. Des fois, je tombe dessus sur les réseaux sociaux. Je le revis à chaque fois comme je l'ai vécu sur le banc." Laurent Batlles est justement sur le banc au moment du contre : "On se lève tous et on attend de voir. Sauf qu'on se retrouve avec quelqu'un qui fait un geste qui n'avait peut-être jamais été vu. C'est aussi le charme de ce match de vivre quelque chose qui n'existait pas.." "Didier était surprenant car il te sortait des trucs à chaque match", note Marlet.
Bluffé encore des années après, Demetrius Ferreira, ancien latéral phocéen, se rappelle de la suite, en souriant : "Quand il frappe, il la rate, mais ça rentre. S'il prend mieux le ballon, peut-être qu'il ne marque pas... Ce qu'il a fait, c'était phénoménal." La petite frappe du gauche surprend Shay Given qui ne peut absolument rien. "On connaît Didier. Et il y a eu un grand Drogba", lance Laurent Robert, encore amer. "Ça s'appelle le talent, applaudit Brahim Hemdani, titulaire ce soir-là. Mais à 1-0, il y avait toujours l'incertitude, avec cette règle du but à l'extérieur, on était un peu sur le grill. Rien n'était acté."
La suite sera longue, très longue, excessivement longue. "On avait dans la tête qu'on pouvait réaliser cet exploit, narre Demetrius Ferreira. On était des guerriers. On savait que si on jouait avec nos armes, pour être présent mentalement et techniquement, on savait qu'on pouvait le faire." En seconde période, l'OM est recroquevillé en défense et craint le moindre but qui signifierait la fin des espoirs de finale. On n'est pas loin d'un miracle quand Ameobi envoie son pétard au-dessus (53e) ou quand Bowyer ne cadre pas de très près (77e). "Pour être très honnête, jamais je n'ai imaginé que nous ne pouvions pas passer, promet José Anigo, qui avait remplacé Alain Perrin en janvier face aux résultats bien médiocres de l'OM en Ligue 1 cette saison-là. Parfois, sur le banc on ressent du stress, etc. Mais là, je n'avais pas le sentiment qu'il pouvait nous arriver quelque chose de négatif."

"L'assassinat" du poète Lee Bowyer

Tombeurs du PSV Eindhoven, de Majorque ou du FC Bâle aux tours précédents, les Anglais sentent que le match leur échappe. La frustration est immense. Et c'est Sylvain N'Diaye qui en fait les frais. "Je me fais assassiner par Lee Bowyer, sourit le Sénégalais. Vers le banc de touche, le ballon va sortir, je protège et je sens qu'il vient avec les deux pieds." Les images sont impressionnantes, pourtant Ndiaye avoue : "Il ne me fait pas mal, je joue un peu la comédie. Bowyer n'avait pas la réputation d'écrire de la poésie. Ce genre de tacle n'avait aucun sens."
L'Anglais s'en sort avec un simple carton jaune. Marseille tient le choc, notamment physiquement. "Je n'ai pas le souvenir que, athlétiquement, Newcastle était au-dessus de nous, bien au contraire", remarque Steve Marlet, presque étonné face à une écurie de la toujours très solide Premier League.

La combinaison "travaillée" du deuxième but

82e minute : Laurent Batlles vient de provoquer un coup franc, totalement sur la droite, non loin du poteau de corner. Drogba réunit Beye et Méïté à l'extérieur de la surface et leur annonce quelque chose. Batlles se charge du coup franc. Beye et Méïté avancent, avec Drogba juste derrière eux. L'Ivoirien feinte de les suivre avant de se positionner au point de penalty, face à un Andrew O'Brien totalement déboussolé. Batlles, prévenu du plan, adresse un ballon parfait. Doublé de Drogba (2-0, 82e).
"Oui c'était travaillé, annonce José Anigo. Il n'y avait rien de génial. C'était la première fois qu'on le faisait, ça a marché. Des fois, quand ça roule pour vous, ça roule tout le temps." Laurent Batlles rigole : "On ne l'a pas du tout bossé ! Quand je me retrouve à tirer le coup franc, je dis à Drogba de tenter le coup avec Habib et Abdou (Méïté). Ça n'a jamais vraiment été travaillé." Prévue ou non, cette combinaison met définitivement à terre Newcastle. "C'est l'élément le plus important du match, estime Brahim Hemdani. Nous sur le terrain et les supporters en tribunes, tout le monde comprenait ce qui allait se passer."
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Le magnifique tifo de la Coupe de l'UEFA au Vélodrome en 2004

Crédit: Getty Images

À savoir une qualification pour une finale européenne, la quatrième de l'histoire olympienne après 1991, 1993 et 1999. "Un soir magique, on ne touchait pas le sol, raconte Steve Marlet. Tout était réuni." "Vous êtes sur un nuage, confirme Anigo. Un vrai moment de partage et de bonheur avec les gens de Marseille. Ce moment à la fin avec les gens restés dans le stade, c'est quelque chose qui reste à vie." L'occasion de se rendre compte de tout ce chemin européen depuis la Ligue des Champions. "Un parcours tellement particulier, acquiesce Laurent Batlles. On est parti d'Ukraine, face au Dnipropetrovsk, sur un terrain pourri. Il s'est créé quelque chose en Coupe d'Europe qu'on n'avait pas en championnat. On ne pouvait peut-être pas assumer les deux. Ça a créé un enthousiasme dans Marseille."
Le futur entraîneur de Saint-Etienne, Troyes ou Clermont dépeint l'esprit du groupe de l'époque : "On était une équipe avec des joueurs simples. On avait Fabien (Barthez), Didier (Drogba) ou Steve (Marlet), mais il n'y avait pas vraiment de stars. C'était une équipe qui montrait des valeurs d'abnégation, et aussi beaucoup de simplicité."

Drogba, de futur Bakayoko et idole d'un peuple

Et donc l'avènement toujours plus grand d'une future légende : Didier Drogba. "Il confirmait qu'il portait l'équipe cette année-là", applaudit Marlet. Inarrêtable à cette époque de la saison, mais qui ne planait pas autant quelques mois plus tôt. "Son début de saison était difficile, rappelle N'Diaye. Dans les tribunes, on pouvait entendre des phrases comme 'On a encore recruté le nouveau Bakayoko (NDLR : Du nom d'Ibrahima Bakayoko, ancien attaquant ivoirien de l'OM, pas toujours loué pour ses qualités de buteur...).' Mais il a fait taire tout le monde parce qu'il a bossé. Je me souviens de rester assez régulièrement avec lui après les séances d'entraînement pour lui faire des centres, pour frapper ses coups-francs..."
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Didier Drogba après son doublé face à Newcastle

Crédit: Getty Images

"Didier fait partie des gens que vous avez plaisir et honneur à rencontrer", rend encore hommage José Anigo. "Il a fallu qu'il soit blessé en finale pour que ce soit difficile pour nous", tempère Steve Marlet, au sujet d'un Didier Drogba très loin d'être apte physiquement pour la finale, et qui ne pourra vraiment aider les siens à résister face à Valence (0-2). "Il était en totale confiance, abonde Batlles sur les qualités de buteur de son ancien coéquipier. On ressentait quelqu'un qui n'était en aucun cas dans le doute. Dans cette période, à chaque fois qu'il frappait, il y avait but. Dans un contexte où c'était vraiment un gros bosseur."

Leur vraie finale, c'était celle-là

La soirée de Newcastle se terminera tard dans la nuit sur Aix-en-Provence. Et l'effet de ce moment suspendu rejaillira sur toute une ville pendant quelques jours. "Cette soirée... Il y a tellement de bons souvenirs. C'était magique", rêve encore Demetrius Ferreira. "Et puis on était resté sur la pelouse je ne sais combien de temps, s'étonne presque Steve Marlet. Ça ressemblait vraiment à une finale gagnée."
Laurent Batlles résume : "J'en ai vécu des belles soirées dans ma carrière. Mais, là, dans un contexte particulier, avec une finale au bout... C'est quelque chose que tu ne vis pas beaucoup de fois dans ta vie. Ce sont des doux souvenirs, à la fois heureux et nostalgiques. Ça fait tellement longtemps, mais on n'oublie pas." "Marseille, dans le bon, comme dans le mauvais, c'est toujours surmultiplié, conclut José Anigo. Ça a duré quelques jours jusqu'à la finale. C'était un cadeau des joueurs et de la vie."
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La joie des Marseillais après la qualification en finale de Ligue Europa

Crédit: Getty Images


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