PSG - Luis Enrique est-il devenu un homme de projets ?
Par Thomas Goubin
Publié 09/09/2026 à 00:03 GMT+2
Luis Enrique vient d’entamer sa quatrième saison à la tête du PSG. Une longévité inédite dans sa carrière faite de mandats plutôt succincts. Un CV dont l’allure pouvait laisser penser qu’une inscription dans le temps long était incompatible avec son mode de management. Mais les apparences étaient trompeuses…
"On sent que Luis Enrique n'a pas encore trouvé la bonne formule"
Video credit: Eurosport
Projet est sans doute l’un des mots les plus galvaudés dans le monde du football. Avec la volatilité croissante des joueurs, et même des entraîneurs, mais aussi l’inflation des rémunérations dans certains championnats, il a fini par devenir une manière polie de mentionner une hausse substantielle de revenus. Cf tous ces joueurs séduits par le "projet" de leur nouvel employeur, qu’ils quitteront souvent rapidement pour se vendre au plus offrant. Quand il est arrivé au PSG, Enrique a aussi prononcé ce mot devenu polysémique. C’était une inter-saison où la direction du club assurait qu’elle cesserait de miser sur des stars, pour leur préférer des jeunes à fort potentiel, et qu’elle soutiendrait, cette fois, son entraîneur, contre vents et marée.
Les antécédents du club étant ce qu’ils sont, on pouvait se montrer sceptique, comme beaucoup d’observateurs l’étaient sur la capacité de Luis Enrique à mener à bien ce "projet". Il faut dire que son CV d’entraîneur racontait une certaine instabilité, tout du moins une propension à ne pas s’éterniser là où on misait sur lui.
Ses trois années au Barça (2014-2017), au terme desquelles il considérait avoir achevé un cycle, restaient son mandat le plus long en club. Avec la sélection, il avait bien tenu quatre ans (2018-2022), mais dans une atmosphère de tension continue avec la presse, et la relation avec ses dirigeants avaient fini par se détériorer, au point de ne pas être reconduit après la Coupe du Monde 2022. Son caractère entier, frontal, son peu de goût pour la diplomatie, n’aidaient pas à imaginer qu’Enrique pourrait prendre racine dans le Bassin parisien.
Son projet était révolutionnaire
Voilà pour les apparences, les références chronologiques, les chiffres énoncés comme des preuves irréfutables. Mais creuser un peu conduit à dessiner un portrait bien plus nuancé d’Enrique, à truffer d’astérisques ses mandats succincts. Prenons le cas de l’AS Roma. Pour sa première expérience sur un banc de l’élite, en 2011, l’Asturien tourne les talons dès le terme de sa première saison. Pourtant, malgré des résultats médiocres (7e de Serie A), ses dirigeants voulaient qu’il reste. Lui se disait "épuisé" mentalement.
"Dans le foot, on vit dans le présent, en pensant aux cinq minutes qui suivent, se souvient Frederic Massara, alors directeur du recrutement giallorosso, qui a témoigné dans l’ouvrage Luis Enrique, l’acharné (éditions Hugo Sport, 2026), mais lui avait une vision à long terme, son projet était révolutionnaire, sur le plan du jeu et dans sa volonté de miser sur la jeunesse. Et malgré l’adversité, il est toujours resté cohérent, ce qui est, pour moi, sa plus grande qualité." Les supporters comme la presse romaine n’avaient toutefois pas été convaincus par cet espagnol qui tentait d’imposer son jeu de position dans le sillage des deux victoires de Guardiola en Ligue des champions avec le Barça, et qui avait osé mettre Totti sur le banc, en début de saison.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2026/09/04/image-c2c6a1e6-960c-41c8-949c-86956a9f780e.jpeg)
Francesco Totti et Luis Enrique
Crédit: Getty Images
Refuser les traitements de faveur, ne pas louvoyer avec les stars, est l’une des raisons qui aurait fait d’Enrique un entraîneur dont le management serait incompatible avec une inscription dans la durée. Mais c’est justement car il pense aux besoins de l’équipe sur le long terme, qu’il avait, par exemple, osé laisser l’intouchable Messi sur le banc au Barça, ou mis au placard Mbappé en Ligue 1 une fois son départ du PSG annoncé. Le collectif comme mantra.
S’il avait accepté de prendre en main la Roja en 2018, qui restait sur deux éliminations au premier tour en Coupe du Monde, c’est d’ailleurs car on lui avait promis qu’il pourrait repartir de zéro, développer un projet, faire de la sélection un club. Avec Enrique, la Roja avait retrouvé un allant, une identité de jeu claire et une nouvelle génération avait été lancée dans le grand bain. Les fondations du renouveau avaient été posées, sur lesquelles Luis de la Fuente prospérera, en imposant sa patte mais sans tout remettre en cause.
Prolongation en attente
Reste qu’il a fallu attendre qu’il franchisse le cap de la cinquantaine pour qu’Enrique puisse enfin mener à bien un projet. À Paris, entre les installations flambantes neuves du campus de Poissy, la nouvelle politique de recrutement du club et aussi les moyens considérables engagés pour satisfaire ses désirs, l’Espagnol a trouvé le terrain de jeu idéal pour mettre en place les idées chères à son cœur. Il aurait aussi pu le faire au Celta Vigo, plus d’une décennie en arrière, mais c’est cette fois l’invitation impossible à décliner de son cher Barça, au printemps 2014, qui l’avait vu abandonner le chantier en cours.
Il restait alors sur une deuxième partie de saison faste, terminée aux portes de l’Europe. "Il faut bien comprendre que Luis est un homme de projets, souligne Borja Oubiña, interrogé dans Luis Enrique, l’acharné, chez nous, il n’est resté qu’un an, mais son héritage est encore palpable aujourd’hui. Pour moi qui suis dans ce club depuis 30 ans (l’ex-milieu de terrain appartient aujourd'hui au staff de l’équipe professionnelle du Celta Vigo), j’ai perçu ce changement. Tout le club s’est professionnalisé après son passage. Ses idées ont été absorbées à tous les niveaux, que ce soit sur le contenu de la formation, la méthodologie d’entraînement ou la gestion humaine des footballeurs."
A Paris, Enrique va pouvoir continuer de creuser son sillon. Alors le mercato du club a comblé sa volonté de renouveler quelque peu son effectif (arrivées de Ferran Torres, Mika Godts, Maghnes Akliouche, Lucas Digne…), tout en prolongeant des éléments essentiels, tels Joao Neves, Willian Pacho ou Fabian Ruiz, l’entraîneur a lui étendu son engagement, qui arrivait à échéance en 2027, jusqu’en 2030. Une prolongation annoncée vendredi. Le projet du PSG est plus que jamais celui d’Enrique.
Sur le même sujet
Plus de détails
Paris Saint-Germain
/images.sports.gracenote.com/images/lib/basic/sport/football/club/logo/300/4094.png)
6
1
ŠK Slovan Bratislava
/images.sports.gracenote.com/images/lib/basic/sport/football/club/logo/300/4224.png)
Commenté
Publicité
Publicité