Ligue Europa | AS Rome : Florent Ghisolfi, grosses turbulences et sacrés ennuis

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Florent Ghisolfi ne s'attendait probablement pas à ça. Pour sa première expérience à l'étranger, l'ancien dirigeant de Lens et Nice connaît bien des turbulences à l'AS Rome depuis le début de saison. Au point d'être déjà contesté par une bonne partie des tifosi. Ces dernières semaines, il a dû forcer sa nature pour incarner un projet visiblement défaillant.

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Video credit: Eurosport

S'il s'attendait à vivre la Dolce Vita romaine, à base de cappuccino le matin, pâtes le midi et pizza le soir, Florent Ghisolfi a dû tomber de haut. Pour l'instant, plus que "dolce" (douce), la vie est bien plus dure que celle imaginée par l'ancien coordinateur sportif de Lens, l'un des architectes du projet des dernières années, devenu ensuite directeur sportif de l'OGC Nice, entre octobre 2022 et l'été 2024. Dans un club où le psychodrame n'est jamais bien loin, le Français de 39 ans tente de résister tant bien que mal à une tempête qui a déjà emporté la désormais ex-directrice générale du club Lina Souloukou, contrainte à présenter sa démission en septembre dernier au vu des menaces qui planaient sur elle et ses enfants. 
Entre des résultats en berne (10e) et le licenciement soudain de Daniele De Rossi, une idole dans la ville éternelle, sa position était devenue intenable. Celle de Ghisolfi, elle, n'est pas bien plus solide. Surtout après un mercato très dispendieux qui, pour l'instant, peine à porter ses fruits. Mais lui résiste, malgré des rumeurs insistantes autour de son départ fin septembre. 
"Il paie les problèmes structurels de la Roma, estime Augusto Ciardi, journaliste au sein de la radio romaine Teleradiostereo et suiveur des Giallorossi depuis plusieurs décennies. Ghisolfi est le maillon faible de la chaîne. À peine arrivé, il était déjà critiqué car personne ne le connaissait. Il y a toujours de la méfiance ici par rapport aux inconnus. Alors qu'il arrive dans la peau d'un bon dirigeant, jeune, et qui a fait du bon travail en Ligue 1. Mais il semble que le club l'a contacté assez tard, comme s'il n'était pas le premier choix. Cela a suscité du sarcasme et de l'ironie."
Invisible
Plutôt discret à son arrivée dans la capitale italienne, Ghisolfi a préféré travailler dans l'ombre pour démarrer. Pas d'entretiens, aucune interview. Ce qui a pu en déboussoler certains, habitués aux grandes clameurs et tirades qui sont le quotidien en Italie. "Il est invisible", déplorait carrément La Gazzetta dello Sport il y a quelques semaines, regrettant son trop peu de déclarations publiques et la non-présentation à la presse.
"Son rôle a parfois semblé marginal auprès des plus critiques, constate Augusto Ciardi. Il y avait un quiproquo avec Lina Souloukou, qui négociait de son côté certains transferts avec des intermédiaires de mercato. Mais Ghisolfi a eu une place importante dans les négociations pour Soulé, Dovbyk, Koné... La Roma a recruté des joueurs importants. Il y a toutefois eu des critiques autour de l'arrivée de Le Fée. ll se disait qu'il ne recrutait que les joueurs dans son 'répertoire'. Le Fée, c'était un peu le Ghisolfi des joueurs. À peine arrivé, déjà critiqué. Il y a aussi des lacunes qui n’ont pas été corrigées : le latéral droit, la doublure de l’attaquant…"
Et puisque la Roma connaît son pire début de saison depuis quinze ans (10 points en 8 journées), Ghisolfi se retrouve dans le viseur des tifosi, des radios et de la presse locale. Soit le quotidien de n'importe quel dirigeant, entraîneur ou joueur quand rien ne va, surtout à Rome, où tout est amplifié et décuplé. S'il l'ignorait, l'ancien milieu défensif en est maintenant conscient.
Dimanche dernier, lors du choc face à l'Inter Milan (0-1), la Curva Sud a décidé une nouvelle fois de contester la direction actuelle, en première lieu la famille Friedkin, propriétaire du club depuis août 2020, cette fois en entrant quinze minutes après le coup d'envoi. Avec deux banderoles éloquentes : "Quinze minutes d'absence car nous sommes dégoutés de la direction" ; "Friedkin : votre absence est tellement évidente que vous avez envoyé un Français pour nous parler". Ghisolfi, présent à l'Olimpico, a dû apprécier...

Il demande du temps

Pourtant, l'ancien coordinateur sportif de Lens a bien tenté de sortir du bois. Il se fait plus présent dans les médias, n'hésitant pas à inviter certains suiveurs directement à Trigoria, le centre d'entraînement des Giallorossi, durant la dernière trêve internationale. Après le nul à Monza (1-1), il a même été pester devant les micros pour se plaindre de l'arbitrage. "Il manque une figure forte dans l'organigramme. Cela m'a fait rire que pour réclamer un penalty après le match, c'est un dirigeant qui parle français qui a dû aller devant les caméras...'', a ironisé Fabio Capello, entraîneur du dernier Scudetto de la Roma (2001), à la Gazzetta dello Sport mardi.
"Il a été très critiqué pour ça, confirme Augusto Ciardi. Peut-être qu'il aurait pu apprendre un peu la langue... Mais au moins, pour une fois, un dirigeant de la Roma s'est fait entendre. Le risque est qu'il soit toujours sous le feu de la critique ici, et que la méfiance reste toujours associée à sa personne. L'environnement romain ne le considère pas comme charismatique. Mais plutôt comme une personne de repli. C'est dommage, car il a quand même montré de belles idées et sa capacité à mener à bien certaines négociations. Ce n'est pas lui le problème. Il manque deux dirigeants forts au sein du club, ce qui permettrait à Ghisolfi de faire ce qu'il sait faire tranquillement. Là, il doit faire le directeur sportif et le leader. Il doit aller parler aux micros avant et après les matches. S'il faut se plaindre de l'arbitrage, c'est lui aussi. C'est un directeur sportif qui est contraint à faire plein de choses. Probablement trop."
En coulisses, Ghisolfi, qui s’est engagé pour trois saisons, assure maintenir le cap. Bien conscient des difficultés et de la pression grandissante. "Nous devons ramener les supporters de notre côté, a-t-il expliqué dimanche soir au micro de DAZN. Nous devons travailler tous ensemble et donner le maximum." Début octobre, il en disait un peu plus sur le projet en cours : "C'est difficile de trouver de la stabilité dans le football. Nous voulons créer un club qui ne soit pas dépendant d'un entraîneur ou d'un directeur sportif. Nous sommes concentrés sur la construction d'un staff, comme en témoigne la récente venue de Mark Sertori, Head of performance du club, mais aussi la reconstruction du département du scouting. L'objectif, c'est que le club puisse continuer le travail entamé même après le départ d'un entraîneur ou d'un directeur sportif. Il faut du temps pour ça". Mais à Rome, il n'est pas éternel. Bien au contraire...
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