Luzenac interdit de monter en L2 il y a 10 ans - Interview de Christophe Pélissier pour Eurosport

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A l'été 2014, Luzenac se voyait refuser la montée en Ligue 2 par les instances du football français. Ancien entraîneur du club ariégeois, rétrogradé en R2 (septième division) à l'issue de cet épisode, Christophe Pélissier, désormais sur le banc de l'AJ Auxerre, est revenu sur cette affaire, dix ans après pour Eurosport. "Cela restera toujours enfoui en moi", a-t-il notamment confié.

Christophe Pélissier (à droite), ancien entraîneur de Luzenac, avec Fabien Barthez, ex-dirigeant du club ariégois.

Crédit: Getty Images

Christophe Pélissier, Luzenac s'est vu refuser la montée en L2, pourtant acquise sur le terrain, il y a dix ans. Aujourd'hui, est-ce que la cicatrice est toujours ouverte ?
Christophe Pélissier. : Je ne sais pas si on peut parler de cicatrice ouverte mais c'est quelque chose qui restera toujours enfoui en moi. Cette décision a tué les sportifs dans l'âme que nous sommes. C'est-à-dire qu'on fait du sport depuis tout petit pour essayer de se dépasser, d'avoir des réussites. Nous, on a obtenu cette incroyable réussite sur le terrain. Mais cette réussite, on nous l'a retirée pour des sombres histoires qui n'ont rien à voir avec le terrain. Pour les compétiteurs que nous sommes, c'est quelque chose qui restera marqué à jamais.
Quels souvenirs gardez-vous de cette saison 2013-14 où Luzenac a terminé deuxième de National ?
C.P. : On était un groupe sérieux qui ne se prenait pas au sérieux. On avait cette capacité à être très professionnels dans la préparation des matches. Il y avait aussi ce côté amateur dans la vie de groupe. On voyait des hommes soudés. Ainsi, une équipe qui était destinée à jouer le maintien en National s'est retrouvée à monter en L2 à cinq journées de la fin. Cette saison nous a tous marqués sur les plans sportif et humain.
Dans l'effectif de Luzenac, il y avait plusieurs joueurs qui ont fait carrière comme Khalid Boutaïb, Quentin Westberg ou Nicolas Dieuze...
C.P. : Ce sont des joueurs que nous sommes allés chercher : Khalid était perdu à Istres où il ne jouait plus, Nico était en fin de carrière. On a réussi à créer un amalgame entre plusieurs joueurs.
A quel moment de l'été 2014 avez-vous senti que la montée en L2 allait être interdite par les instances ?
C.P. : Dès les premiers jours après la fin du championnat quand j'ai vu qu'il y avait une guerre par médias interposés entre la direction de Luzenac et la LFP. Je me disais que c'était le pot de terre contre le pot de fer et qu'à ce petit jeu-là, on n'allait pas sortir gagnants. La décision a été prise par des instances un peu plus hautes. Luzenac, un village de 600 habitants en Ligue 2, ça ne faisait pas sérieux pour certaines personnes. Et on a été broyé tout simplement.
Au départ, les instances vous ont reproché de ne pas avoir un budget assez important pour la L2 puis de ne pas avoir de stade homologué...
C.P. : Je pense que tous les prétextes étaient bons à ce moment-là pour nous empêcher d'accéder à ce niveau, c'est tout. J'ai senti, assez tôt, que cela allait être compliqué.
Au regard de l'effectif de Luzenac à l'époque, est-ce que votre équipe aurait pu bien figurer en Ligue 2 ?
C.P. : Je n'ai pas de boule de cristal mais le Gazélec Ajaccio est également monté en L2 en 2014. Un an plus tard, il accédait à la Ligue 1. Lors de la saison 2013-14, nous les avions battus deux fois. Je pense que l'effectif de Luzenac était aussi performant que celui du Gazélec. En plus, on aurait pu avoir quelques joueurs supplémentaires. Certains avaient déjà donné leur accord pour nous rejoindre.
Quels joueurs en particulier ?
C.P. : Il y avait notamment Yunis Abdelhamid (ndlr : qui sortait de trois saisons à l'AC Arles-Avignon). Avec tous les joueurs de l'effectif, nous aurions pu être armés pour ce championnat de Ligue 2. Je suis pratiquement certain que nous aurions eu une équipe compétitive.
Avec cette rétrogradation administrative en R2, les joueurs et entraîneurs se sont retrouvés au chômage...
C.P. : Après, il y a eu beaucoup de joueurs qui ont rebondi : Khalid Boutaïb est parti au Gazélec Ajaccio, Yunis Abdelhamid s'est relancé à Valenciennes ou Jérôme Hergault est allé au Red Star. Aujourd'hui, Luzenac est en R1 et a failli monter en N3.
Sur le plan personnel, est-ce que cette histoire vous a dégoûté du football ?
C.P. : Non car j'ai eu la chance de bien rebondir. Mais désormais j'ai moins d'insouciance par rapport au sport de haut niveau.
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