Binationaux franco-algériens | Houssem Aouar, Amine Gouiri...: Le choix de l'Algérie, la suite logique

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Ce soir, l’équipe d’Algérie affronte l’Egypte en amical à Al-Ain (Emirats arabes unis). L’occasion de faire le point sur le vaste mouvement des binationaux franco-algériens qui ont rejoint les Fennecs depuis le début d’année 2023 tels Houssem Aouar ou Amine Gouiri. Ce qui était autrefois une décision plutôt opportuniste ressemble désormais à une suite logique découlant de plusieurs facteurs.

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Jeudi dernier, à Constantine, Amine Gouiri (23 ans) a brillamment étrenné sa première sélection avec les Fennecs lors de la large victoire sur le Cap Vert (5-1). Positionné en numéro 9, il a assisté aux deux premiers buts en sélection d’Houssem Aouar (25 ans), très à l’aise en relayeur. Nés en France et ayant fait leurs classes en Bleus en sélections de jeunes, Gouiri et Aouar ont opté pour la "nationalité sportive" algérienne. Ils ont prolongé une vague d’arrivées en vert (couleur de l’Algérie) d’autres binationaux franco-algériens comme Farès Chaïbi (20 ans), Badredine Bouanani (18 ans) et Jaouen Hadjam (20 ans) en début d’année 2023.
Ces derniers avaient été eux-mêmes devancés par Rayan Aït-Nouri, Billal Brahimi, Ahmed Touba, Anthony Mandrea, tous néo-Fennecs nés eux aussi en France. En mars 2023, la précocité du choix du pays des grands-parents avait étonné quand on sait que les binationaux "switchaient" plus tard dans leur carrière. Autrefois alternative "par défaut", faute d’avoir pu intégrer l’équipe de France A, la volonté opportuniste de rejoindre les Fennecs a laissé place au choix sportif, au choix du cœur. Les causes de ce changement de paradigme apparemment de plus en plus suivi sont multiples…
Depuis les années 2000, la FAF (la fédé algérienne) a entrepris une politique très active de "recrutement" des binationaux, via sa Cellule FAF Radar, bien aidée par les réformes de la FIFA qui avait aboli la limite d’âge pour changer de sélection (fixée autrefois à 21 ans), puis qui avait autorisé les internationaux A de pouvoir transitionner pour un autre pays à condition de ne pas avoir joué précédemment en match officiel. C’est le cas d’Houssem Aouar, capé une fois en amical avec les Bleus de Deschamps en 2020 face à l’Ukraine.

Les "exemples" Delort et Aouar

Après un Mondial 2010 décevant, la montée en puissance de l’équipe d’Algérie a créé une sorte de mystique verte sans doute contagieuse ("One-Two-Three ! Viva l’Algérie !") chez les jeunes binationaux suite à la dynamique positive du Mondial 2014 et des victoires de la CAN 2019 et de la Coupe Arabe 2021. La compétitivité nouvelle des Fennecs s’accentue également avec les perspectives désormais plus favorables d’accéder aux grandes compétitions internationales avec une CAN à 24 équipes et une Coupe du monde 2026 qui offrira au moins neuf tickets aux représentants africains. Et puis le Maroc, demi-finaliste au Qatar, a crevé le plafond de verre d’un football africain capable désormais de viser très haut.
Dans le cadre bien connu de la rivalité footballistique algéro-marocaine, la quatrième place des Lions de L’Atlas largement blindés de binationaux a définitivement convaincu un peuple algérien de moins en moins réticent à accueillir les "Franco-Algériens". "Aujourd’hui, les Algériens veulent que l’Algérie gagne. Même avec des binationaux, point-barre !", tranchait le journaliste algérien Hocine Harzoune dans l’After Foot la Revue de mai 2023, faisant état d’un pragmatisme de résultat inscrit dans la mondialisation du football.
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Voilà pourquoi Andy Delort, un temps fustigé par les supporters pour sa décision de mettre entre parenthèses sa carrière internationale, a pu revenir en Vert après des excuses publiques. Idem pour Houssem Aouar, Fennec à part entière aujourd’hui, mais très critiqué auparavant pour avoir tergiversé pendant deux ans pour rejoindre l’EN (l’Equipe Nationale, surnom officiel de l’équipe d’Algérie). L’exigence de "manifester son algérianité" réclamé autrefois aux binationaux Franco-Algériens par Rabah Saâdane, ex-sélectionneur au Mondial 2010 passé à la DTN, n’a plus court.
Et outre la qualité optimum des installations sportives et médicales, ainsi que de la logistique (transports, hôtellerie), autrefois folkloriques de l’EN, la ferveur légendaire des supporters de part et d’autre de la Méditerranée a fait le reste. La communion avec le public a généré une amitié fraternelle interne chez ces jeunes pros nés en France qui découvrent sous un jour lumineux le pays de leurs ancêtres qu’ils ne connaissaient pas toujours très bien. Et puis Alger n’est qu’à deux heures d’avion de Paris ! Les jeunes Maghrébins multiplient depuis de années les courts ou longs séjours "au pays".
C’est aussi cette proximité géographique ténue du nouveau monde globalisé qui accentue les échanges et efface les frontières. Et les transferts footballistiques entre la France et l’Algérie s’opèrent tous azimuts : les talents algériens comme Hicham Boudaoui enrichissent la L1 et dans l’autre sens, outre les joueurs binationaux, les entraîneurs français écument depuis des années les clubs du championnat algérien (D. Lavagne, H. Stambouli, B. Casoni, T. Froger, A. Michel ou F. Dumas). La très nationaliste Algérie a même placé le Français Christian Gourcuff, à la tête des Verts, de 2014 à 2016 !
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Et bientôt, le Françalgérien Zinédine Zidane sera sélectionneur des Bleus de France. C’est écrit… Un certain repli communautaire, le climat hostile envers Benzema (les affaires de la sextape, son départ controversé avant le Mondial qatari) ou la pratique religieuse parfois mal vécue en France peuvent échauder les binationaux, désireux dès lors d’opter pour l’Algérie ou d’autres pays d’Afrique. Mais ces "départs" s’inscrivent dans le cadre plus apaisé d’une coopération globale dont faisait état l’actuel DTN Hubert Fournier dans L'Équipe du 20 septembre dernier.
A l’interrogation "la France forme-t-elle à perte ?", suite aux choix d’Amine Goiuri et d’autres binationaux, il avait répondu : "Pas du tout. C'est même une fierté d'être, à la Coupe du monde, la Fédération qui a le plus de joueurs formés localement (…) C'est aussi un plaisir de voir l'Algérie championne d'Afrique avec des joueurs formés en France. Ça montre que, quelque part, on coopère. Les politiques ont un peu de mal à le faire. Nous, les sportifs, on y arrive très bien."

Et bientôt, le "nouveau Zidane" ?

Hubert Fournier rappelait indirectement aussi que l’équipe de France A n’avait perdu en rien de son attractivité première : "L'équipe de France, c'est l'élite de l'élite. Tous ne peuvent pas y prétendre, et je comprends que certains joueurs aient cette réflexion personnelle (de choisir le pays des parents, ndlr). La qualité de notre encadrement et la perspective de jouer avec l'équipe de France A est notre meilleure publicité. Nabil Fekir à Lyon, il a failli jouer pour l'Algérie, ça s'est joué en une après-midi, et derrière il est champion du monde avec la France."
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Soyons objectif : aucun binational de l’équipe d’Algérie n’aurait sa place actuellement chez les Bleus de Deschamps, excepté Ryad Mahrez, peut-être, mais il est âgé de 33 ans. Et si le nouveau Zidane, né en France, optait un jour pour l’Algérie ? Le "nouveau Zidane" s’appelle Kylian Mbappé et il joue résolument en Bleu. Le capitaine de l’équipe de France avait pourtant la possibilité de jouer pour l’Algérie (pays d’origine de sa mère) ou pour le Cameroun (celui de son père). En attendant le choix d’un Yacine Adli (22 ans) ou, plus significatif, de la pépite monégasque Maghnes Akliouche (21 ans) appelé récemment en Espoirs et certainement visé par la Cellule FAF Radar, on verra bien si la tendance pro-Algérie l’emporte chez les cracks binationaux présents et futurs…
Enfin, le football algérien devrait aussi méditer la mise en garde avisée de Nordine Kourichi, glorieux binational de l’Algérie 1982 et adjoint de Coach Vahid à la tête des Fennecs au Mondial 2014, dans France Football de mai 2023 : "Un pays qui oublie ses enfants est un pays sans avenir. Et celui de l’Algérie devrait être en Algérie, pas en France. En 2013, on avait demandé au président de la Fédération pourquoi il n’y avait pas de centre de formation en Algérie. Il nous avait répondu : ‘Il n’y en a pas besoin, la France forme nos joueurs.’ L’Algérie a donc puisé au maximum dans son réservoir de joueurs binationaux pour avoir des résultats à court terme. Mais c’est un choix de facilité."
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