Je suis ici parce que je suis une personne cohérente avec ce que j’ai toujours dit et avec un grand sens des responsabilités. Dans un moment pareil, vu que j’ai toujours été considéré comme un élément rassembleur, je voudrais que ma présence soit perçue de cette façon et non de n’importe quelle autre parce que ce n’est pas mon intention.” Tels ont été les propos de Gigi Buffon à la sortie de la gare de Florence dimanche soir lorsqu’il se rendait au centre sportif de Coverciano. Il pouvait enfin dédier quelques week-ends supplémentaires à sa famille mais il a décidé de rempiler. Une décision noble mais teintée d’un brin d’égoïsme et qui met en difficulté ses admirateurs, moi y compris.

Son premier faux pas

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Je l’ai souvent dit, il est le dernier joueur que je regarde avec mes yeux d’enfants, aussi parce qu’il a toujours su faire preuve de cette lucidité échappant à bon nombre de ses collègues. Inutile de le cacher, je suis surpris voire déçu, et je suis loin d’être le seul. Buffon est un quadragénaire depuis deux mois et est le capitaine de la première Squadra Azzurra incapable de se qualifier pour la Coupe du Monde en soixante ans. Son statut de légende vivante ne lui offre ni l'immunité ni de passe-droit. Or, son amour de la patrie qu’il a souvent clamé avant et après le flop contre la Suède est en train de lui jouer des tours.

Gianluigi Buffon - Italia-Macedonia - 2017

Crédit: Getty Images

Je pense, et j’espère qu’il s’agit de la seule vraie raison de cet entêtement : être au service de son pays tel un vaillant soldat. Je ne voudrais pas qu’il s’agisse d’une question d’égo, de vouloir tenter de finir coûte que coûte sur une bonne note en sélection, de chercher à pousser jusqu’à l’Euro 2020 alors que les signes de “vieillesse” commencent à être évidents. Cela ne lui ressemblerait pas, mais tout le monde doute de ses bonnes intentions désormais et le risque d’égratigner ses deux incroyables décennies au top niveau est concret. Son présent et son avenir azzurro vont être au centre des discussions, il devra justifier cette présence qui donne même l’impression de conditionner certains choix du néo-sélectionneur. Non, le jeu n’en vaut décidément pas la chandelle.

Gigi Di Biagio co-responsable

La première liste des convoqués du sélectionneur intérimaire a ainsi fait parler, mais dès sa nomination le mois passé, il avait évoqué un retour de Buffon, fournissant de l’eau au moulin de ce dernier comme le dit si bien l’expression italienne. Si le Gigi gardien était tenté, le Gigi sélectionneur lui a offert un alibi parfait, puisqu’on ne peut parler de pression de la part de Buffon pour rester dans le groupe, mais bien d’une requête explicite du coach. Celle-ci pouvait avoir un sens afin d’assurer la mini-transition, d’encadrer un groupe rajeuni, de transmettre l'amour du maillot azzurro, moins pour continuer d’en faire le titulaire. “Je pense que c’est lui qui jouera, ensuite on a deux autres gardiens prêts à lui piquer sa place quand il vieillira un peu.” Di Biagio a tenté de faire passer la pilule avec une pointe d’ironie en conférence de presse lundi.

On se plaint de l’inexpérience internationale des italiens, surtout des jeunes pousses, alors pourquoi priver Gigio Donnarumma ou Mattia Perin de prestigieux matches amicaux face aux armadas offensives de l’Argentine et l’Angleterre ? Il fallait soit couper le cordon ou assumer de miser sur Buffon jusqu’en 2020. Ce juste milieu plus bâtard qu’hybride a zéro intérêt d’un point de vue sportif. Non seulement la Nazionale a touché le fond, mais elle repart aussi du mauvais pied.

Italie - Suède était, malgré tout, une fin très digne

Italie - Pays-Bas sera le dernier match amical de la Nazionale cette saison, il est programmé le 4 Juin à l’Allianz Stadium, l’antre de la Juve. Vu comme cela, tout semble préparé pour le "jubilé" de Gigi, club et sélection confondus d’ailleurs. Le convoquer juste en cette occasion eût été plus judicieux. Un vrai adieu en bonne et due forme ne se refuse pas, il ne manquerait plus que ça. Néanmoins, les larmes sur la pelouse d’un San Siro plein à craquer étaient paradoxalement une dernière belle image à conserver de lui avec la Squadra Azzurra. Il y avait cette dimension dramatique et cet attachement extrême à la cause qu’on ne retrouvera pas dans un amical bateau de fin de saison.

Il faut savoir accepter le destin parfois cruel. La carrière d’un footballeur est faite de succès probants et de flops retentissants, ce ne sont pas les autres légendes transalpines qui vont dire le contraire. Fabio Cannavaro a conclu son expérience sur une défaite contre la Slovaquie synonyme d'élimination au premier Tour du Mondial 2010 en tant que tenant en titre. L’ultime action de Maldini paré du paletot azur a été le duel aérien perdu face à Ahn Jung-hwan contre la Corée du Sud et ce but en or en huitième de la Coupe du Monde 2002. Dino Zoff a raccroché sur une défaite contre la Suède déterminant la non-qualification de l’Italie championne du monde à l’Euro 84. Quelques-uns des échecs les plus marquants de l'histoire du Calcio mais qui n’empêchent pas ces icônes de conserver une place spéciale dans le cœur de tous les Italiens.

Gigi Buffon crying, Italia-Svezia, Getty Images

Crédit: Getty Images

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