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Westberg : "Le maillot 'Irbahimovic', c'est moi qui l'ai !'"

Westberg : "Le maillot 'Irbahimovic', c'est moi qui l'ai !'"

Le 10/11/2019 à 18:22Mis à jour Le 11/11/2019 à 08:20

MLS CUP 2019 - Depuis l'adolescence et la série documentaire "A la Clairefontaine ", Quentin Westberg a parcouru un sacré bout de chemin qui l'a mené de Troyes à Seattle, où le gardien de but franco-américain âgé de 33 ans disputera dimanche la finale de Major League Soccer avec son équipe de Toronto. Entretien avec le seul portier au monde à avoir pris deux buts signés Zlatan... "Irbahimovic".

Le 25 janvier dernier, au soir d'une défaite (1-0) à Nancy avec l'AJ Auxerre, si on vous avait dit que vous seriez en finale de MLS dix mois plus tard, qu'auriez-vous répondu ?

Quentin Westberg : Ce soir-là, j'étais déçu parce que l'on mettait fin à une belle période d'invincibilité avec Auxerre, on était sur une belle dynamique, je vivais un bon moment mais il était temps pour moi de me projeter un tout petit peu sur la suite et la suite, c'était la MLS. Je voulais absolument venir à Toronto à partir du moment où j'en ai eu l'opportunité. Entre ce moment et maintenant, il n'y aurait difficilement pu avoir meilleur scénario.

Comment vous êtes-vous retrouvé à Toronto ?

C'est le fruit d'un contact initié de leur part en décembre dernier. Ça s'est concrétisé et il a fallu se libérer d'Auxerre, ce qui n'a pas été une mince affaire car à l'époque, je jouais, l'équipe tournait très bien. Il a fallu camper sur ses positions, que tout le monde y trouve son intérêt. Le plus important, c'est que cela se soit fait, ce que je voulais vraiment. Pour la première fois de ma vie, j'ai pensé à moi. Je suis quelqu'un qui a toujours tout donné, qui a connu des moments relativement difficiles, surtout à Luzenac. On m'a retiré la possibilité de jouer pendant un certain moment (la LFP avait refusé l'accession à la Ligue 2 au club ariégeois à l'été 2014, ndlr). Je voulais prolonger ma carrière quoi qu'il arrive. L'AJA comptait énormément sur moi, mais ça ne se matérialisait pas. En plus de vouloir vivre quelque chose d'autre, Toronto, c'était une opportunité différente, c'est un super club. C'était aussi pour ma famille un compromis parfait.

Avez-vous eu des garanties de temps de jeu lorsque Toronto est venu vous chercher ?

Zéro. Ils cherchaient absolument un gardien, de mon profil. Le coach, Greg Vanney, a une philosophie de jeu, le club a une philosophie de vie et je remplissais les conditions. En arrivant là-bas, il fallait voir comment je m’intégrerais et à quel point je pouvais aider l'équipe, sur le terrain comme dans la vie de tous les jours. La discussion que j'ai eue avec le coach, qui a joué à Bastia et qui a suivi l'évolution de ma carrière depuis mes 16 ans à Troyes, a été fondatrice. On a parlé football, on a parlé famille, tout ce qu'il fallait pour me convaincre. Ce monsieur vit, dort, mange football et c'est génial de suivre quelqu'un d'aussi passionné, d'aussi déterminé, qui est constamment dans la recherche.

Quelles sont les philosophies propres à Toronto que vous évoquiez ?

Toronto, c'est une grosse machine, un des quatre clubs gérés par MLSE (Maple Leaf Sports & Entertainment, conglomérat canadien qui possède la franchise de hockey des Maple Leafs de Toronto, celle de NBA des Raptors de Toronto ainsi que le club de football canadien des Argonauts de Toronto, ndlr), mais c'est une structure très familiale, les propriétaires ont cette tradition-là. Les familles sont mises dans les meilleures dispositions, la manière dont elles sont traitées et l'importance qu'on leur accorde, c'est primordial et cela a tout de suite eu sa résonance à mes yeux. Concernant le jeu, on a un coach qui insiste énormément sur le jeu de possession, de transition. J'apprends énormément de lui et tactiquement, il est au top du top. Toronto, c'est aussi la culture de la gagne avec une équipe qui a cartonné ces dernières années (titre en 2017, finale en 2016).

La joie de Quentin Westberg, vainqueur de la conférence Est de MLS en 2019 avec Toronto.

La joie de Quentin Westberg, vainqueur de la conférence Est de MLS en 2019 avec Toronto.Getty Images

"Par rapport à la mentalité française, le gros changement, c'est que c'est un championnat hyper offensif"

Passer d'Auxerre à Toronto, ça doit faire un choc non ?

C'est spécial, vous passez d'une agglomération de 60 000 habitants à une agglomération de 5 millions d'habitants. C'est quelque chose, c'est un gros changement mais pour le meilleur. Je suis hyper reconnaissant du temps passé à Auxerre, j'ai rencontré des gens avec qui je resterai en contact très longtemps mais je suis content de vivre ce que je vis ici, de découvrir la vie au Canada et de partager ça avec ma famille.

Vous n'êtes pas le seul francophone passé en Ligue 1 à Toronto. L'international congolais Chris Mavinga et le Belge Laurent Ciman étaient présents à votre arrivée puis Nicolas Benezet vous a ensuite rejoint fin juillet en provenance de Guingamp. Est-il aussi drôle en vrai qu'il peut l'être sur Twitter ?

Oui. On se côtoie pas mal vu qu'il habite chez moi du fait qu'il soit en prêt pour la première partie de son contrat, en espérant plus pour lui. Il est à la maison, le mec a de la super énergie, il est très marrant.

Avec désormais 31 matches au compteur, quel regard portez-vous sur la MLS ? Au jeu des comparaisons, comment situez-vous ce championnat par rapport à la Ligue 2 par exemple ?

C'est complètement différent. Quand t'es un championnat de première division, médiatisé comme l'est la MLS, peu importent les différences de style, de niveau, t'as beaucoup plus de responsabilités, t'es beaucoup plus suivi. Tu représentes souvent un club de grande métropole, t'es beaucoup plus dans la lumière. C'est un championnat qui cherche à être médiatisé, grandissant, il y a un afflux d'images, de couverture qui fait que t'es dans un championnat qui a une portée beaucoup plus importante. Par rapport à la mentalité française, le gros changement, c'est que c'est un championnat hyper offensif. Avec le salary cap, l'investissement est principalement fait sur les joueurs offensifs. Du coup, ils sont d'un niveau très très élevé. Le jeu est énormément porté sur l'offensive et la solidité défensive est moins au rendez-vous qu'en France. T'es plus exposé en tant que gardien, je prends beaucoup plus de buts ici, c'est sûr, mais je me régale aussi. En France, il y a énormément de coaches novateurs qui prônent le jeu et énormément de coaches très très frileux, il y en a beaucoup qui se cachent derrière une soi-disant philosophie de jeu. En France, on m'a beaucoup dit : 'Dégage le ballon le plus loin possible'. Ici à Toronto, on utilise beaucoup plus le gardien.

Le charme de la MLS, c'est ce mélange de joueurs plus confidentiels et de stars. D'ailleurs, vous êtes le seul gardien au monde à avoir encaissé un doublé de Zlatan non pas Ibrahimovic mais Irbahimovic (le Suédois avait un problème de flocage sur son maillot, ce qui ne l'a pas empêché de punir Toronto 2-0 avec le L.A. Galaxy le 5 juillet)...

C'est moi qui ai ce maillot ! Ibra, je suis fan. J'étais déjà fan à Paris. Je ne suis pas forcément fan du trash talk mais de pouvoir assumer comme il assume derrière, c'est exceptionnel, c'est la trempe d'énormes joueurs. Contre nous, il a joué 20, 25 minutes plus ou moins au service de son équipe. Il avait un rôle de pivot sans être très impliqué dans le jeu. Dès qu'il a passé la seconde, il a eu trois occasions et marqué deux buts. Il nous a tués. Ibra, ce sont des gestes que peu d'attaquants au monde sont capables de réaliser dans un si petit périmètre, c'est quelque chose. Ici, il s'amuse un petit peu de la ligue, de la couverture de la ligue mais je pense qu'en plus d'être un attaquant de top top niveau, c'est quelqu'un d'intelligent.

Zlatan et son maillot floqué Irbahimovic contre Toronto, le 4 juillet 2019.

Zlatan et son maillot floqué Irbahimovic contre Toronto, le 4 juillet 2019.Getty Images

C'est le joueur qui vous a fait la plus forte impression en MLS ?

Oui. C'est quand même un joueur de classe différente. Entre lui et Wayne Rooney, c'est vraiment pour moi un niveau encore différent. Tu sens le top top niveau, qu'il voit des choses que personne d'autre ne voit. Rooney, il te met sur les talons à cinquante mètres. Parfois, tu le vois lever la tête avec le ballon dans les pieds en première intention, tu te retournes et tu te dis : 'ah oui, je suis peut-être cinq mètres trop haut'. Là, il n'a pas frappé mais tu sais que ça peut arriver à n'importe quel moment. C'est là où tu sens vraiment le hyper haut niveau chez eux. Rooney, Ibra, leur capacité à être létal, à être tueur avec peu, c'est vraiment intelligent et tu sens toutes les années de top top niveau.

"Ibra ? C'est un niveau encore différent de Rooney"

Toronto a déjà été gâté cette année avec le sacre inattendu des Raptors en NBA. Êtes-vous prêts à en remettre une couche ?

Après avoir vécu le titre de champion du monde des Bleus depuis la France, vivre le titre des Raptors ici, c'était quelque chose d'énorme, on a kiffé avec la ville de Toronto. Ça se ressemblait dans la ferveur. Ce n'était pas le titre d'une ville, mais de tout un pays. D'avoir pu vivre ça avec les enfants, c'était vraiment top. On sait qu'une victoire dimanche n'aurait pas la même portée, mais les habitants de Toronto aiment leurs équipes et on sent la ferveur, le soutien et ça nous donne encore plus de force.

Le match de dimanche est le remake de la MLS Cup remportée par Toronto 2-0 en 2017. Sebastian Giovinco n'est plus là, Jozy Altidore est blessé. Ça va quand même le faire ?

Ça l'a fait lors des matches précédents. Les derniers mois ont montré qu'énormément de monde a répondu présent dans notre équipe. Les équipes qui ont connu le succès en 2016 (MLS Cup perdue contre... Seattle 0-0, 5 tirs au but à 4) et 2017 dépendaient beaucoup plus des individualités. Là, elles amènent un plus, c'est certain, mais il y a une profondeur avec beaucoup de joueurs qui prennent leurs responsabilités. Certains, qui étaient des "soldats" en 2016 et 2017, s'affirment un peu plus maintenant, avec davantage d'expérience. Ça donne un socle plus homogène, le danger peut venir de partout. Et parce qu'on a aussi galéré au cours de la saison régulière avec des moments pas faciles, on se sent apte à renverser des montagnes, comme le prouve notre parcours en playoffs (avec notamment une victoire 1-2 en finale de conférence sur le terrain du champion en titre, Atlanta, après avoir été mené 0-1, ndlr). On est en mission, on ne se pose pas de questions. On s'est frotté aux meilleurs jusqu'à présent, on va encore se frotter à une excellente équipe dans un stade entièrement acquis à sa cause, c'est une raison de plus d'être reconnaissant d'en être arrivé là, d'être fiers de nous comme de marquer de notre empreinte cette saison.

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