Pourquoi le football anglais a tu si longtemps le nom de David Sullivan, co-propriétaire de West Ham, soupçonné de viols et agressions sexuelles

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D'après une enquête de BBC Panorama et du Times, sept femmes, mineures pour certaines au moment des faits, ont poursuivi en justice le milliardaire David Sullivan, co-propriétaire de West Ham, pour viols et agressions sexuelles présumés. Si son nom n'est dévoilé publiquement qu'aujourd'hui, c'est qu'il s'est assuré de n'être cité nulle part. Avec l'appui d'un milieu qui a su se taire.

David Sullivan le 6 avril 2024.

Crédit: Imago

Enfin. On connait enfin le nom du "milliardaire propriétaire d'un club de Premier League" (il l'était lorsque les accusations se sont fait jour, il y a trois ans) soupçonné d'une série d'agressions sexuelles et de viols. Il s'agit de David Sullivan, co-propriétaire de West Ham, lequel vient de démissionner de son poste de co-président des Hammers, et nie ce qui lui est reproché en bloc.
Ce nom, je le connaissais depuis des mois, comme tant d'autres, comme presque tout le monde en fait ; enfin, tout le monde... du football. Mais les lois sur la diffamation du Royaume-Uni sont à ce point hostiles à la presse que personne n'avait osé révéler l'identité du suspect. Mis en cause depuis plus de trois ans, Sullivan lui-même avait dépensé une fortune en frais d'avocat pour s'assurer que quiconque briserait l'omerta en paierait les conséquences.
Ç'aura été en vain au bout du compte. La BBC obtint d'un juge que l'interdiction de rapporter les faits soit levée et, ce lundi 8 juin au soir, Panorama, le magazine d'investigation télévisé phare du service public, avec le concours du Times, a révélé les grandes lignes de la sordide affaire au pays tout entier. Certains détails manquaient à l'appel, mais ce sont probablement les conseillers juridiques de la BBC qui sont à blâmer pour cela.

Une fortune tirée de la pornographie

Qui en parle ? Tout le monde. Qui est surpris ? Personne. Le parcours de l'accusé y est pour quelque chose. C'est dans la pornographie que ce Gallois aujourd'hui âgé de 77 ans a fait fortune dans les années 1970, en compagnie de feu David Gold, l'ami avec lequel il prit le contrôle de Birmingham City en 1993, puis de West Ham en 2010. Ce duo contrôlait la moitié du marché britannique des magazines porno à la fin des années 1970.
On aura peut-être une meilleure idée du personnage quand on saura qu'il continua d'exploiter l'image de sa compagne d'alors, l'actrice "adulte" Mary Millington, après qu'elle se soit donné la mort en août 1979, faisant tourner un film intitulé Les Confessions érotiques de Mary Millington quelques mois plus tard.
Sullivan, condamné pour proxénétisme en 1982, a aussi de drôles de fréquentations. Dans les années 2010, il prêta 800 000  livres à un ami dans le besoin, David Hunt, dit "Long Feller" ("le grand mec"), l'un des gangsters et narco-trafiquants les plus dangereux du pays, soupçonné de plusieurs meurtres, si dangereux, en fait, qu'il est devenu un "intouchable" que même Scotland Yard craint de confronter.

Au moins deux victimes présumées âgées de quinze ans au moment des faits

Les crimes qui sont imputés à Sullivan sont ignobles. Au moins deux de ses victimes présumées étaient âgées de quinze ans seulement au moment des faits. Sept d'entre elles se battent aujourd'hui pour obtenir justice, dont une a eu le courage de se montrer à visage découvert face aux caméras de la BBC. Il y en a apparemment d'autres, beaucoup d'autres, alors âgées de 20 ans ou moins, qui se sentiraient prêtes à parler maintenant, des modèles glamour qui se rêvaient de devenir la reine du Sun Samantha Fox et pour qui le rêve tourna au cauchemar.
Leurs histoires se ressemblent. L'invitation au luxueux domaine du roi du porno britannique. L'ordre de se déshabiller. Les promesses qui sont aussi des menaces. Si tu fais ci, tu pourras faire ça. Tu veux poser pour le Daily Sport ou le Sunday Sport ? Tu sais ce qu'il te reste à faire. La porte est fermée à clé.
Le monde du football n'ignorait rien de ces accusations. La Football Association avait apparemment lancé une enquête sur Sullivan "il y a quelques années de cela" et jure ses grands dieux qu'elle "prenait les allégations très au sérieux", mais qu'elle ne fait pas de commentaires sur les "cas particuliers". OK.
L'an dernier, West Ham devint même le premier club de Premier League – ils l'étaient alors – à recevoir l'accréditation de l'association White Ribbon UK, en reconnaissance "de l’engagement du club à mettre fin aux violences masculines" dont les femmes sont victimes.
C'est le réflexe du football : faire bloc quand l'un des siens (ou l'une des siennes) est mis en cause. Se taire. Se servir de la présomption d'innocence comme d'une sorte de preuve  a contrario que les victimes affabulent ou mentent, en se fichant pas mal de ce qu'il en coûte à une de ces victimes de parler, de ce qu'elles devront avaler d'insultes et de haine.

Thomas Partey bientôt face aux juges

Combien de clubs ont "couvert" leurs joueurs quand ils connaissaient la gravité des actes dont ils étaient accusés ? Quasiment tous. Arsenal, par exemple, continua de faire jouer Thomas Partey quand il ne faisait plus aucun doute qu'il était bien le "footballeur de Premier League" accusé de viols multiples, qui devra faire face à ses juges en novembre prochain.
Il y a des exceptions, la plus ironique, si c'est le mot, étant Gylfi Sigurdsson, innocent de ce qui lui était reproché, mais qu'Everton exclut de son groupe, et qui perdit tout – emploi, enfants, famille – en conséquence. Jamais nommé dans les gazettes, assassiné sur les réseaux sociaux, roué sur la place publique sans qu'on dise son nom.
Mais pour un Gylfi, combien de Parteys, et de Sullivans ? Ce n'est pas de leur culpabilité qu'il est question ici : les tribunaux trancheront. C'est de la protection dont ils jouissent dans un milieu qui n'en finit pas de s'auto-congratuler sur ce que le football a de rassembleur, mais qui ne se sent de loyauté que vis-à-vis de ceux qui en font partie.
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"Ce qu'il fait est de nature à planter une graine dans la tête de Deschamps"

Video credit: Eurosport


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