Qualifications Coupe du monde 2026 I Président "clown" et système "à refonder" : en Italie, la guerre est déclarée

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Trop c'est trop. Alors que l'Italie sera de nouveau spectatrice du prochain Mondial, et ce pour la troisième fois consécutive, l'indignation est totale de l'autre côté des Alpes. La colère aussi. Des observateurs aux institutions, en passant par la classe politique, la volonté est désormais une et une seule : tout stopper, tout raser, tout recommencer. De fond en comble.

Gattuso : "Ça fait vraiment mal"

Video credit: Eurosport

Ils sont rentrés chez eux en silence, en catimini et en pleine nuit. Il valait mieux pour eux, d'ailleurs. Battus en finale de barrage de la Coupe du monde 2026 par la Bosnie-Herzégovine (1-1, 4-1 t.a.b) mardi soir dans le petit stade de Bilino-Polje, à Zenica, les Italiens sont rentrés dans la foulée au pays. Dans un anonymat symbolique et un silence assourdissant, accueilli uniquement par le personnel de l'aéroport de Malpensa (Milan).
Les têtes basses, les mines déconfites et les yeux toujours rougis, le capitaine Gianluigi Donnarumma en tête de la délégation, les Azzurri se demandaient certainement encore ce qu'ils avaient fait de mal pour mériter un tel sort. L'été prochain, pour la troisième fois consécutive, ils seront de nouveau devant leur télé pour suivre un Mondial qui leur fuit depuis maintenant douze ans. Même avec un format à 48 places, ils ont réussi l'exploit de se faire chiper la leur. Cette fois par la Bosnie, après la Suède en 2017 et la Macédoine du Nord en 2022.
Le point de non-retour semble désormais atteint pour tout un pays qui, s'il est certes tristement habitué à cet épilogue depuis neuf ans maintenant, ne s'y attendait pourtant pas vraiment. Au point qu'ils étaient presque 13 millions à s'être synchronisés sur la Rai mardi soir pour suivre la rencontre. Un élan populaire voulu et provoqué par la Fédération italienne de football (FIGC), qui sentait bien que, elle aussi, jouait très gros mardi soir.
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Gennaro Gattuso après l'élimination de l'Italie.

Crédit: Imago

Les tifosi se sont ainsi pris au jeu, oubliant le temps d'un rassemblement les querelles entre leurs différents clubs pour se réunir autour d'une seule et même cause : la Nazionale. Et cela faisait bien longtemps que cela n'était plus arrivée. Il n'y avait sur la table que deux options pour elle : soit briser la malédiction des barrages et offrir enfin une joie au peuple italien, soit plonger pour de bon dans les abysses et le désamour. On vous laisse deviner laquelle a choisi la bande à Gennaro Gattuso.

Et maintenant, on fait quoi ?

"Et maintenant, on fait quoi ?" En Italie, cette question a été posée une première fois en 2017, année de la première apocalypse. Le choc était déjà énorme pour tout un pays, qui n'avait plus manqué une édition de la Coupe du monde depuis 1958. Le résultat ? Quelques départs ici et là, dont ceux du président de la FIGC Carlo Tavecchio et le sélectionneur Gian Piero Ventura, mais rien de plus profond. Les normes sont restées globalement les mêmes, et la thèse de l'accident était une carte facile à sortir. Cinq ans plus tard, bis repetita.
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Pio Esposito et l'Italie ne verront pas le Mondial

Crédit: Getty Images

Mais contrairement à son prédécesseur, le nouveau patron du football italien Gabriele Gravina décida de ne pas partir, promettant de grandes réformes à venir avec la promesse d'un renouveau pour tout un mouvement. Sauf que depuis, évidemment, rien n'a bougé. L'Italie a doucement replongé dans son quotidien de clubs en délaissant totalement sa sélection, capable de consommer trois sélectionneurs différents (Mancini, Spalletti, Gattuso) dans cet espace temps, encaisser une élimination humiliante lors de l'Euro 2024 (face à la Suisse en 8e de finale) et enregistrer une campagne de qualifications terminée derrière une Norvège qui ne lui a laissé que les miettes (3-0 à l'aller, 4-1 au retour), sans oublier une victoire rocambolesque en Israël (5-4).
Alors, reposons la question une troisième fois, puisque personne ne semble avoir compris la gravité de la situation : on fait quoi, maintenant ? Ce mercredi, en Italie, le mot d'ordre est simple : tout le monde doit partir sans exception, à commencer par le président Gravina, considéré comme totalement dépassé et auteur d'un discours lunaire à la sortie du match face à la Bosnie. Malgré un nouveau Mondial manqué, le deuxième de son mandat, ce dernier a d'abord refusé de démissionner, remettant son mandat entre les mains d'un conseil fédéral où il demeure très soutenu.

La conférence de presse lunaire du "clown" Gravina

Puis il a également salué la performance de ses joueurs, "héroïques" selon lui malgré la défaite, confirmé Gattuso dans ses fonctions, puisqu'il a réalisé "un grand travail en peu de temps", taclé le monde de la politique, jamais bien loin quand il faut "critiquer", avant de conclure en beauté. "Pourquoi les autres sports fonctionnent en Italie et pas le football ? C'est un sport professionnel, les autres sont amateurs ; faisons des comparaisons sur des bases équitables. Les autres sont des sports d’État, comme les sports d’hiver : à part Arianna Fontana (patineuse de patinage de vitesse qui s'entraîne à l'étranger, ndlr), ils sont tous des employés de l’État."
Une sacrée bonne idée dans ce moment historique traversé par un pays qui vit historiquement au rythme du football, mais qui préfère désormais se rabattre sur les performances de Jannik Sinner et consort en tennis, les courses de Kimi Antonelli en F1 et Marco Bezzecchi en MotoGP, et qui a vibré avec ses athlètes lors des derniers JO de Milan-Cortina.
"Je tiens seulement à dire que je suis fier de faire partie des ”amateurs” qui souffrent et donnent tout pour remporter des médailles avec le maillot azzurro sans recevoir des millions en échange (je vous garantis que les heures d’entraînement sont les mêmes, voire plus nombreuses). Et je suis fier d’être un athlète de l’État, car sans celui-ci, beaucoup de jeunes rêveurs amateurs n’auraient pas pu vivre du sport", a par exemple réagi le fleurettiste Tommaso Marini. "Si le football est du professionnalisme, alors Sinner est un amateur. Continuons comme ça", a ironisé le biathlète Tommaso Giacomel.
"Gravina aurait mieux fait de se taire ; avec l’argent qui circule dans le football, trouver des excuses est ridicule. Nous, les soi-disant amateurs, avons porté l’Italie vers le haut en payant les compétitions de notre poche", s'est indigné le judoka Luigi Busá. "Il y a ceux qui touchent le fond et se relèvent, et ceux qui, non contents, décident de creuser encore plus bas", a résumé l’escrimeur Luigi Samele. Le mot de la fin pour la judokate Alice Bellandi : "Gravina est un sacré clown !".
Solide sur ses appuis, le dirigeant de 72 ans, appelé à la démission par une bonne partie du monde politique — dont le ministre des Sports — et sportif ("je suis habitué", déclarait-il mardi soir), ne tremble pourtant pas et demeure persuadé de pouvoir rester à son poste. Réélu en février 2025 avec 98,7% de voix, il a décidé de convoquer dès jeudi une réunion politique avec toutes les composantes du football italien (Ligues de Serie A, Serie B, Serie C, association des entraîneurs, joueurs...), anticipant un conseil fédéral qui demeure programmé la semaine prochaine.
"Le président a l’urgence de discuter de l’opportunité d’un changement ; il veut mener des évaluations approfondies du système en allant au-delà de l’aspect technique, et il veut le faire avec ceux qui l’ont élu et soutenu, afin de disposer de tous les éléments pour décider s’il faut continuer ou non", indique La Gazzetta dello Sport ce mercredi, précisant que le président de la FIGC dispose quand même d'un plan B.
"Il étudie la possibilité de se mettre en retrait sur la pointe des pieds et maintenir un rôle en vue de l'Euro, lui qui demeure l'un des vice-présidents UEFA les plus appréciés par le président Ceferin (...) À sa place, il pousserait pour parvenir à un retour de Giancarlo Abete, auquel il est lié depuis toujours et sans le soutien duquel il n’aurait jamais réussi à remporter trois élections consécutives", précise le quotidien aux pages roses. Habile, non ?
Il est évident pour tous que le football italien doit être refondé
En coulisses, les téléphones continuent de sonner et la tension est palpable dans tout le petit monde du Calcio qui semble, cette fois, bien décidé à ne plus repousser l'échéance d'une refonte plus que nécessaire. Une décennie trop tard. Des centres de formation aux équipes premières, d'idées à renouveler aux budgets à allouer : tout doit être revu, corrigé, repensé. L'absence d'équipe italienne en quart de finale de la Ligue des champions avait déjà été vécu comme un gros signal d'alerte.
"Il est évident pour tous que le football italien doit être refondé et que ce processus doit repartir d’un renouvellement des instances dirigeantes de la FIGC (...) Je m'attends à une réponse plus ciblée de la Fédération italienne. Le président (Giancarlo) Abete, après la Coupe du monde 2014, a eu un sursaut de dignité, le regretté (Carlo) Tavecchio fit la même chose après les barrages contre la Suède et il démissionna", a prévenu le ministre des Sports Andrea Abodi dans un communiqué. "Je pourrais être contraint d'agir en passant par le Parlement, mais je préférerais laisser cette décision à la FIGC (...) Ce qu'il faut, c'est ne pas nous tromper à nouveau ni faire semblant que rien ne s'est passé", a menacé le ministre.
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Andrea Abodi, Ministro dello Sport

Crédit: Getty Images

"Tout le football italien doit faire son ‘mea culpa’, car les résultats des vingt dernières années sont devant les yeux de tout le monde, à l’exception bien sûr du triomphe isolé de l’Euro 2021", a réagi de son côté Franco Baresi, légendaire défenseur de l'AC Milan et la Nazionale.
Même les éditorialistes ont décidé de prendre des positions très dures dans divers quotidiens italiens ce mercredi. "Et maintenant tout le monde doit partir. Faire reset n’est jamais une solution, mais cela peut être un médicament (…) Le troisième Mondial en tant que spectateur doit porter des conséquences à tous les niveaux. On ne peut pas esquiver les fautes, les responsabilités et les condamnations", peut-on lire par exemple en Une de Tuttosport.
"Notre football ne joue plus un match à élimination directe depuis la finale du Mondial 2006, puis est sorti des poules en 2010 et 2014, avant trois éditions manquées. Plus qu’une honte, c’est une disparition. Nous sommes en voie d’extinction comme les phoques moines", rapporte le journaliste Maurizio Crosetti dans La Repubblica. Cela pourrait prêter à sourire, sauf que personne n'en a vraiment envie aujourd'hui en Italie.

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