Qualifications Coupe du monde 2026 | Israël, Gaza et les atermoiements de l'UEFA

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Jusque-là, l'UEFA et la FIFA étaient restées muettes quant à une possible suspension d'Israël, comme ce fut le cas pour la Russie. Le changement de ton de l'opinion internationale pourrait pousser la première instance à prendre une décision, et d'ailleurs des rumeurs de réunion ont vu le jour. Les pourparlers de paix pourraient finalement changer la donner et arranger tout le monde.

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Video credit: Eurosport

Cela faisait des mois que la pression montait sur l'UEFA, la confédération qui accueillit officiellement Israël en son sein en 1994 après des années d'errance (*). Le durcissement de l'opinion internationale vis-à-vis de la guerre à outrance menée par l'IDF à Gaza s'était traduit par de nombreux appels à la suspension, que l'UEFA – et la FIFA, toujours muette sur le sujet – avaient jusque-là ignoré. 
Ce 23 septembre, une commission d'experts de l'ONU avait ajouté sa voix à ces appels. "Les instances sportives ne doivent pas fermer les yeux sur les graves violations des droits humains", avait-elle conclu, "en particulier lorsque leurs plateformes sont utilisées pour normaliser les injustices. Il existe un impératif juridique et moral de prendre dès maintenant toutes les mesures possibles pour mettre fin au génocide à Gaza."
Ces mesures, dans le cas de l'UEFA, incluaient la suspension immédiate des équipes nationales d'Israël et de ses clubs de ses compétitions. Le précédent existait. L'UEFA n'avait-elle pas mis la Russie à l'écart quelques jours seulement après que les armées de Poutine avaient franchi la frontière ukrainienne ? Combien de temps faudrait-il attendre pour qu'elle agisse cette fois ? Combien de morts ? 

Une réunion d'urgence à l'UEFA ?

Deux jours plus tard, le 25 septembre, donc, une "exclu" du Times révélait que la confédération dirigée par le Slovène Aleksandr Čeferin n'avait pas été sourde à l'intimation des Nations Unies. L'instance allait convoquer une réunion d'urgence de son comité exécutif la semaine suivante pour statuer sur la question. Toujours selon le Times, une majorité des 19 membres de l'ExCo étaient en faveur d'une suspension.
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La afición italiana da la espalda al himno de Israel en el duelo de clasificación del Mundial 2026

Crédit: Getty Images

Mais quel type de suspension ? Car c'est bien l'UEFA qui avait charge d'organiser les matches de qualification pour le Mondial de 2026 de la FIFA dans sa région. Les prochains verraient les Israéliens se rendre à Oslo pour affronter la Norvège ce 11 octobre et à Udine trois jours plus tard pour se mesurer à l'Italie. La fédération norvégienne avait déjà indiqué que les bénéfices enregistrés pour cette rencontre seraient intégralement versés à Médecins sans frontières pour financer leurs opérations à Gaza. Sa présidente Lise Klaveness s'est publiquement déclarée en faveur d'une suspension d'Israël. 
Exclure de facto Israël de la Coupe du Monde de 2026 aurait des répercussions allant bien au-delà du seul football. La FIFA n'aurait pas d'autre choix qu'encaisser le coup asséné par les Européens ; mais cela signifiait que le Mondial serait amputé d'un pays dont l'hôte principal, les Etats-Unis, est le soutien le plus puissant du régime de Benjamin Netanyahou ; et cela, quand Gianni Infantino, président de la FIFA, s'est mis en quatre, en huit, en douze, pour se plier aux désirs de Donald Trump depuis sa ré-élection à la Maison Blanche.

Israël exclu des compétitions européennes... mais pas de la Coupe du monde 2026 ?

Aussi se dit-il que l'UEFA opterait pour une solution hybride : exclusion du Maccabi Tel Aviv (censé jouer contre les Danois de Midtjylland ce 23 octobre) de l'Europa League et de la sélection israélienne de la Ligue des Nations 2026-27, mais pas des qualifications pour la Coupe du Monde, sous prétexte que cette Coupe du Monde était un tournoi de la FIFA. C'était une façon d'éviter le choc frontal avec l'instance de Gianni Infantino, mais aussi de passer le problème à encore plus embarrassé que soi (la FIFA, elle, affirme que, pas du tout, c'est bien à l'UEFA de prendre ses responsabilités). 
Tout cela, dois-je rappeler, la réunion d'urgence, la suspension probable, n'était que des on-dit, des rumeurs – mais qui furent reprises dans les médias du monde entier sur la foi des seules informations du Times, lequel avait clairement eu accès à une source des plus privilégiées. 
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Michael Olise face à Mahmoud Jaber lors d'Israël - France

Crédit: Eurosport

Quelque chose ne collait pas, cependant. Les membres du Comité Exécutif que plusieurs collègues et moi-même contactèrent pour avoir confirmation de la tenue d'une réunion d'urgence dirent tous, sans exception, ne pas avoir connaissance d'une telle réunion ou de son ordre du jour. Aucun d'entre eux n'avait reçu d'invitation. Comme la Norvégienne Lise Klaveness le confirma lors du colloque Play The Game qui vient de s'achever en Finlande, il est exact qu'une vraie tendance - favorable à la suspension d'Israël - s'est dessinée au sein de l'UEFA. Mais la fameuse réunion n'eut jamais lieu. 
Quelques jours plus tard, l'UEFA décida de marquer une "pause" dans son évaluation du dossier israélien après l'annonce du plan de paix annoncé par Donald Trump, et approuvé par de nombreux pays des mondes arabe et musulman, ainsi que par la France et l'Allemagne entre autres nations européennes. Un simple prétexte pour ne pas agir ? Non. Mais ceci ne veut pas dire que l'UEFA et son président n'auront pas poussé un grand soupir de soulagement lorsque les Américians firent leur proposition. L'inaction était redevenue une option. 

L'UEFA et la FIFA pourraient rester dans leur inaction

Or l'inaction, l'UEFA y est accoutumée depuis longtemps. Israël aurait pu, et selon beaucoup, aurait dû être exclu du football international bien avant les attaques du 7 octobre et la catastrophe qui s'ensuivit. Les statuts de l'UEFA et de la FIFA sont des plus clairs. L'inclusion dans les ligues nationales israéliennes de clubs créés dans les territoires occupés constitue à elle seule un motif de suspension, comme nombre d'activistes et d'ONG le disent et le répètent depuis des années. 
On a aussi oublié comment, en 2015, le prédécesseur de Gianni Infantino à la tête de la FIFA Sepp Blatter mit en place une commission dirigée par le Sud-Africain Tokyo Sexwhale, qui s'était donnée pour tâche de sortir de l'impasse. Le rapport de Sexwhale mentionnait spécifiquement l'implantation illégale de ces clubs dans les territoires occupés. Mais 2015, c'est aussi l'année de la descente du FBI sur le Baur-au-Lac à Zurich, du FIFAgate et des suspensions de Sepp Blatter, Michel Platini et beaucoup d'autres.  Élu en 2016, Gianni Infantino ne fera jamais publier ce rapport, et dira même un an plus tard : "L’affaire est déclarée close et ne fera l’objet d’aucune discussion supplémentaire jusqu’à ce que le cadre juridique et/ou de fait ait changé."
Bien des choses ont changé depuis 2017, dira-t-on. 1 200 Israéliens ont péri dans l'attaque du Hamas lors du "samedi noir". 69 000 Gazaouis sont morts sous les bombes de l'IDF. Le tiers de ces victimes palestiniennes avait moins de 18 ans. On peut et doit espérer que les pourparlers engagés au Caire depuis plusieurs jours soient couronnés de succès, encore que chacun aura son idée de ce qui pourrait être considéré un "succès" ; pour l'UEFA (et la FIFA), ce pourrait être une raison de se cantonner dans leur inaction. Comme d'habitude. 
(*) Israël avait été exclu de la Confédération Asiatique de Football (AFC) en 1974, et participa aux tournois de qualification pour la Coupe du Monde en qualité d'invité de l'UEFA puis de l'OFC (la confédération océanienne) pour les éditions de 1986 et 1990.
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