Catane fait confiance aux Argentins

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Catane s'appuie sur une énorme colonie argentine pour signer un début de saison ambitieux (7e de Serie A). Analyse de notre expert, Johann Crochet.

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Crédit: Eurosport

Ce n’est pas le clan des Siciliens mais bien celui des Argentins. Dans le club de Catane, on en dénombre pas moins de neuf cette saison, ce qui en fait la deuxième nationalité de l’effectif. La grande majorité est titulaire et réalise d’excellentes performances, qui conduisent le club à concurrencer sérieusement son plus grand rival sicilien. Car tandis que Palerme et Zamparini coulent, Catane progresse avec une gestion saine et rigoureuse. Sans ambitions démesurées, les Rossoazzurri comptent bien s’imposer et se stabiliser au plus haut niveau.
Grandir doucement
Catane n’est certainement pas l’équipe la plus talentueuse de Série A. Des deux équipes siciliennes, elle n’est pas celle à qui l’on colle de la pression, qu’il s’agisse des supporters ou de la presse. Il y a bien sûr des attentes, car cela reste un club du Sud de l’Italie, où l’euphorie du bon résultat n’a d’égal que la haine de la mauvaise performance, mais c’est un club habitué à faire le yoyo entre Série A et Série B. L’histoire de Catane ne permet aucune exigence démesurée. La véritable ambition du club sicilien est de se maintenir en Série A le plus longtemps possible. Les Siciliens ne font pas encore partie de la catégorie des "trop gros pour descendre" où l’on retrouve le Genoa, Palerme, l’Udinese, mais ils peuvent s’en approcher grâce à une gestion rigoureuse et une excellente génération, qui a laissé et laissera, pour ceux qui partiront dans les prochains mois, les caisses du club dans le vert.
Si dans le monde entier, on connaît désormais la colonie sud-américaine de Catane, le club est aussi réputé pour sa créativité sur coups de pieds arrêtés. Ce travail a commencé avec Walter Zenga et le préparateur spécial Gianni Vio, une encyclopédie de schémas sur cette séquence de jeu. Célèbre pour son travail dans ce domaine, Vio a concocté une cinquantaine de situations et les a appliquées aux Rossoazzurri. Cela a rapidement porté ses fruits jusqu’à l’excellente saison l’année passée, où Montella a su s’appuyer sur les qualités de Gianni Vio. Lors du dernier exercice, Catane a ainsi marqué 57% de ses buts suite à un coup de pied arrêté, direct ou indirect, et a établi un nouveau record en Série A. Vio parti à la Fiorentina avec Montella cet été, les joueurs n’en ont pas oublié l’apprentissage de leur mentor et ont déjà inscrit quatre de leurs neuf buts cette saison sur cette séquence de jeu. Le ballet des joueurs dans la surface est proche d’une œuvre d’art.
Dans les plans du propriétaire, Antonino Pulvirenti, le club doit grandir doucement et avec des ambitions mesurées. Ainsi, après trois maintiens successifs en Série A, le club a décidé de se doter d’un nouveau centre d’entraînement afin d’améliorer les structures du quotidien pour les joueurs. Souhaitant toujours gérer son club comme un bon père de famille, à l’inverse d’un Zamparini, Pulvirenti ne fait pas de folies sur le marché des transferts et sait qu’il peut compter sur les plus-values à la revente de ses meilleurs joueurs, de Martinez à Silvestre, en passant par Vargas, trois sud-américains, revendus pour près de 31M€.
Pour continuer à grandir, le patron du club sicilien a lancé un projet de nouveau stade. Il faut dire que l’actuel est digne des pires stades italiens et la nouvelle enceinte permettra de débloquer de nouvelles recettes. Le projet prévoit un stade de 30000 places avec toutes les tribunes couvertes pour un coût total d’environ 80M€. Mais comme pour chaque projet de stade en Italie, entre l’annonce du projet et sa réalisation, il peut se passer des années car la bureaucratie italienne mérite bien sa réputation.
La filière sud-américaine
Pour grandir sportivement et économiquement, il faut aussi une équipe compétitive. L’excellent travail dans le recrutement de Pietro Lo Monaco depuis des années a porté ses fruits et Gasparin a pris le relais après le départ de Lo Monaco au Genoa, et maintenant à Palerme. Si Catane veut s’en sortir, il doit être malin dans le recrutement et dénicher des joueurs moins chers mais néanmoins efficaces.
Alors que le marché argentin semble saturé par les plus grands clubs européens, Catane réussit pourtant à faire de jolis coups sur le "second marché", celui des joueurs un peu moins talentueux et surtout moins chers. Ces joueurs réussissent à avoir une adaptation rapide grâce à la présence d’autres Sud-Américains, grâce au climat clément et à la faible pression qui entoure le club. Et lorsqu’ils sont recrutés, leur caractère est également étudié. Le joueur doit être footballistiquement intéressant, mais il doit avoir également l’envie de se montrer et doit cumuler des qualités indispensables comme le courage, l’abnégation, le don de soi, etc. Résultat, l’équipe est très solidaire, toujours en mouvement, multiplie les courses pour le pressing ou le repli défensif et lâche rarement un match mal embarqué.
L’équipe n’est pas uniquement composée de joueurs besogneux. Il y a d’abord la pièce maîtresse du jeu de Catane par qui tous les ballons passent : Francesco Lodi. Replacé au poste de regista par Montella, son pied gauche fait des miracles et il est également l’élément clé sur coup de pied arrêté. Alejandro Gomez et Pablo Barrientos sont, eux, les dynamiteurs du 4-3-3 sicilien. Sur leurs ailes, ils percutent, provoquent, accélèrent et déstabilisent toutes les défenses. Aucune n’a réussi à parfaitement les contrôler lors d’un match de Série A. Ils sont parfaits pour les contre-attaques de Catane, là où l’équipe est redoutable. À la perte de balle des adversaires, les deux ailiers s’excentrent, Bergessio multiplie les appels et les latéraux viennent soutenir les actions, permettant aux ailiers de rentrer vers l’intérieur. Les milieux verticalisent très vite le jeu afin d’être dangereux avant que les adversaires puissent s’organiser. Montella a beaucoup apporté dans ce domaine et Rolando Maran s’inscrit dans la même philosophie. Seul vrai point faible, la finition. Avec la débauche d’énergie des joueurs offensifs, ceux-ci n’ont souvent pas la lucidité nécessaire au moment de conclure et il faut bien cinq occasions pour en voir une au fond.
Début de saison entre polémiques et bonnes performances
Le propriétaire de Catane a fait les titres des journaux cet été. Car pendant que sa compagnie aérienne Wind Jet était obligée de cesser son activité à cause de son endettement, Pulvirenti clamait haut et fort qu’il allait prolonger le contrat de plusieurs joueurs à la hausse. Ce genre de propos a choqué le pays et notamment le Sud de l’Italie où la situation économique est catastrophique, et a contribué à la dégradation de l’image du foot.
Les joueurs n’ont pas été touchés par cette polémique et ont commencé la saison par un nul à la Roma et une victoire sur le Genoa. Aujourd’hui, le club est septième et a déjà affronté la Roma, Naples, la Fiorentina et l’Inter. Mais ce n’était qu’une mise en appétit puisque les trois prochains matches sont contre la Juve, à Udine puis face à la Lazio. Les gros peuvent trembler, Catane n’a perdu aucun match à domicile contre les favoris à la Coupe d’Europe depuis plus d’un an. C’est un calendrier infernal pour Maran et ses joueurs, mais, l’enfer dans une ville au pied de l’Etna, c’est du déjà-vu et cela ne fait plus peur à personne…
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