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Milan en reconstruction
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Publié 06/10/2012 à 23:32 GMT+2
Alors que les deux clubs de Milan sont en pleine restructuration, le derby de ce soir n’échappe pas à la morosité ambiante.
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Alors que les deux clubs de Milan sont en pleine restructuration, le derby de dimanche soir n’échappe pas à la morosité ambiante, causée par deux clubs n’ayant plus les moyens de leurs ambitions, ou plutôt, ne voulant plus dépenser sans compter. D’une catastrophe annoncée en début de semaine, il ne restait plus qu’une légère inquiétude. San Siro sera finalement bien garni !
Les tifosi sceptiques et l’appel du Milan
En début de semaine, le service commercial et marketing a tiré la sonnette d’alarme et a fait remonter l’information au siège de l’AC Milan : avec seulement 55000 places vendues, le stade risquait de sonner creux pour le derby contre l’Inter, alors que cette rencontre affiche toujours complet. Une mauvaise nouvelle de plus pour les Rossoneri qui naviguent dans le ventre mou du classement.
Les joueurs et les dirigeants ont alors multiplié les appels au soutien du peuple rouge et noir ; allant même jusqu’à faire une vidéo de promotion du derby. Dans ce clip diffusé en milieu de semaine, Massimo Ambrosini, Massimiliano Allegri, Riccardo Montolivo et d’autres exhortaient les tifosi milanisti à prendre un billet pour le derby, afin de colorer le stade en Rossonero et apporter un élément majeur du derby, le soutien indispensable des supporters.
Cet appel au peuple a fonctionné puisque vendredi soir, il ne restait plus que 8000 places à vendre, contre 22 000 lundi, et tout le monde espère que ces billets trouveront preneur et que San Siro affichera complet dimanche.
Les difficultés de l’AC Milan à remplir son stade s’expliquent par plusieurs facteurs. D’abord, la crise économique qui oblige certains supporters à faire des choix et les loisirs sont les premiers budgets à sacrifier. Ensuite, Milan, comme l’Inter, est en reconstruction et plusieurs grands joueurs sont partis, ainsi que ceux auxquels les tifosi s’identifiaient comme Nesta, Gattuso ou Inzaghi. Ces grands joueurs, ces stars, ont laissé leur place à des joueurs d’équipes. C’est moins sexy, cela fait moins vendre (le merchandising est en chute libre) et cela draine moins de monde au stade. D’ailleurs, cette saison, le club bat tous les records négatifs : plus faible total d’abonnements depuis le début de l’ère Berlusconi et plus faible affluence lors d’un match (28000 face à Cagliari) depuis trente ans. C’est, entre autres, la conséquence de la baisse des ambitions du Milan et de son mercato peu généreux.
Il y a également le contexte. La popularité du football est en chute libre en Italie et, là encore, les raisons sont multiples : stades vétustes, scandales répétés (Calciopoli, Calcioscommesse), l’indécence de l’argent roi dans un moment de crise économique, le fait que les joueurs restent de moins en moins longtemps dans les clubs (effet dit "mercenaire"), etc. Il devient de plus en plus difficile de croire en ce sport révèle une enquête récente menée en Italie.
Des hauts et des bas sportifs
Après un début de saison cauchemardesque, l’AC Milan est dans une phase un peu meilleure et n’a plus perdu depuis trois matchs. Il y a également du mieux dans le jeu, même s’il est encore perfectible et que les lacunes techniques sont toujours présentes et ne seront de toute façon pas comblées.
Cette série de bons résultats correspond avec le changement tactique imposé par Allegri et réclamé depuis des semaines par les tifosi. Le 4-3-1-2 ne correspondant plus aux joueurs de l’effectif, l’entraîneur toscan a décidé de passer en 4-3-3 afin d’exploiter les qualités d’Urby Emanuelson et de Stephan El Shaarawy sur les ailes. Les deux jouent du côté de leur mauvais pied et rentrent souvent dans l’axe et libèrent ainsi des espaces dans leur dos pour les latéraux. El Shaarawy est d’ailleurs le milanais le plus en forme et vient de marquer cinq buts lors des quatre derniers matchs, dont un doublé contre Cagliari lors de la 5e journée. Surtout, il vient de faire une performance remarquée et remarquable contre le Zenit en Ligue des Champions, avec un très joli but et une activité incessante, aussi bien devant que derrière, quand il se repliait pour aider son défenseur latéral.
Du côté de l’Inter, la même série que son rival est en cours : trois matchs sans défaite. Là encore, elle correspond avec un changement tactique d’Andrea Stramaccioni qui a parié sur une défense à trois, grande mode en Italie depuis deux ans maintenant. Cette décision répond également à la particularité de son effectif. En effet, l’Inter dispose de nombreux défenseurs centraux (Silvestre, Ranocchia, Juan Jésus, Samuel, Chivu) et de latéraux vraiment moyens qui n’ont pas les qualités tactiques pour répondre au défi de la Série A.
Stramaccioni montre là toute sa culture tactique et sa capacité à faire évoluer ses schémas de jeu. C’est une petite revanche pour ce jeune entraîneur qui s’était fait dézinguer, et le mot n’est pas trop fort, par la presse italienne après la défaite à domicile face à la Roma lors de la deuxième journée. La Gazzetta dello Sport avait notamment tiré à vue sur Stramaccioni, parlant de la leçon de "maître Zeman" et analysant point par point les défauts de l’entraîneur et de son équipe concoctée ce soir-là. Aujourd’hui, tandis que Zeman fait la grimace après plusieurs contre-performances, Stramaccioni peut afficher un large sourire.
Dimanche soir, le derby della Madonnina se jouera donc entre deux équipes soufflant le chaud et le froid depuis le début de la saison, mais sur une bonne série depuis trois matchs. Une rencontre qui se déroulera dans un stade finalement bien garni, malgré l’absence de Silvio Berlusconi qui préfère aller célébrer l’anniversaire de Vladimir Poutine à Moscou, plutôt que soutenir son équipe dans un match très important. Drôle de signal envoyé aux joueurs et aux tifosi. En attendant, ce choc n’a pas connu de match nul depuis Octobre 2004 et affiche une moyenne de trois buts par match sur les quinze dernières rencontres. Ce n’est ni un classique, ni un clasico, mais bien un derby qui vaudra le coup d’œil !
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