Y a-t-il trop de footballeurs en Italie ?

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SERIE A - Entre faillites et réglementation restrictive sur les effectifs, il devient de plus en plus compliqué pour un footballeur transalpin de trouver un employeur.

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"Plus tard, je veux être footballeur professionnel !". Voilà une réponse qui pourrait ne plus sortir de la bouche des enfants lorsque l’on leur demande ce qu’ils veulent faire quand ils seront grands. Même les conseillers d’orientation pourraient très vite convaincre les adolescents d’opter pour une branche moins bouchée.
C’est que dix équipes professionnelles ont encore fait faillite cet été, et de plus en plus de footballeurs se retrouvent sur le carreau. Ajoutez à ceci, la nouvelle réglementation concernant les effectifs de Serie A, et on arrive logiquement à la problématique suivante : n’y a-t-il pas trop de footballeurs professionnels dans la Botte ?

La 3ème division au bord de la faillite

Il y a un an, Carlo Tavecchio, tout fraîchement élu à la tête de la fédé', avait été très clair, l’Italie doit réduire son nombre d’équipes professionnelles. "Encore ?", répondirent les joueurs en chœur. En effet, en quelques années, nous sommes déjà passés de 132 clubs répartis en quatre divisions à 102 sur trois niveaux. L’objectif annoncé est 72. Une Serie A, une Serie B, deux poules de Serie C, le tout à 18 équipes chacun. Une réforme voulue pour sauver un système qui coule à pic. Moins de clubs, plus de droits TV à se partager, et donc des finances plus solides.
Sans les repêchages, la sélection naturelle ferait d’ailleurs déjà une bonne partie du travail. Parme, Monza, Venise, Reggina, Savoia, Barletta, Castiglione, Varese, Grosseto, Real Vicenza ont tous renoncé à s’inscrire dans un championnat professionnel. Une équipe de Serie A reléguée en Serie B, huit de Lega Pro (la troisième division) qui se sont sauvées en mai et une montant de Serie D, mais renonçant donc au professionnalisme. Depuis le nouveau millénaire, la Lega Pro a vu disparaître 107 équipes. Un véritable carnage.
Julien Rantier fait partie de ces nombreux français partis tenter l’aventure en Italie dès leur plus jeune âge. C’était en 2001, à l’Atalanta, depuis, il a porté sept maillots différents en seconde et troisième divisions : "Cela fait déjà quatre ou cinq ans que la situation se détériore, et c’est pire en pire chaque année. On ne prend plus en compte la carrière d’un joueur. Nous sommes traités comme de la viande, les propositions de salaire sont de plus en plus basses et font parfois très peur. Mais il y a tellement de joueurs sur le carreau, que si vous refusez, ce n’est pas un problème, ils prendront quelqu’un d’autre."
Le Nîmois sort pourtant d’une belle saison avec l’Alessandria, mais a dû partir à la Pro Piacenza, dans la même division : "C’est difficile de trouver des clubs qui veulent investir. A cause de la crise économique, il y a tout à perdre, et presque rien à gagner." Julien en a été directement témoin lorsque son équipe de Taranto a mis la clé sous la porte il y a quatre ans : "Le syndicat des joueurs nous aide en nous mettant des avocats à disposition pour essayer de récupérer l’argent perdu, mais jamais vous ne ré-obtiendrez tout. C’est seulement l’an dernier que j’ai touché une petite partie de mon dû."

Des effectifs soumis à des restrictions bien précises

A ces nombreuses faillites d’employeurs, s’ajoute le règlement inhérent à chaque division. En Lega Pro, les clubs sont subventionnés s’ils font jouer des jeunes. "Le problème, c’est que c’est au détriment d’une logique technico-tactique, explique l'avant-centre qui va sur ses 32 ans, les clubs se font prêter des jeunes qui sortent des U19 des équipes de Serie A et les alignent peu importe leur niveau." En Serie B, c’est autre chose, depuis deux saisons, il y a ce que l’on appelle des "liste chiuse" où l’on peut inscrire 25 joueurs dont seulement 18 ayant plus de 23 ans en échange d'un nombre illimité d’U21.
Mais si vous êtes le 19e joueur "Over 23", vous restez sur le carreau malgré votre contrat. Une idée qui a été reprise par la Serie A, laquelle applique cette fois les fameux critères des listes UEFA. 25 joueurs, 4 formés en Italie, 4 au club et toujours ce nombre infini d’U21. Seul le Genoa était dans les clous la saison passée, il y a donc du boulot ! Heureusement, une dérogation d’un an permettra d’inscrire 8 joueurs "made in italy" (et non 4+4), mais cela contraint les dirigeants à recruter en conséquence. Surtout, ils vont enfin devoir dégrossir leurs effectifs. Oui, mais vu que les autres divisions sont tenues elles aussi à des réglementations strictes, où la centaine de joueurs superflus va-t-elle atterris ?

Quelles alternatives ?

Finalement, la médaille d'or remportée par l’Italie aux Universiades d’été de Gwangju en Corée du Sud le 14 Juillet dernier est très symptomatique de cette situation. Il s'agissait d'une sélection de vingt joueurs provenant principalement de la Serie B et la Lega Pro et, bien entendu, tous étudiants comme le veut le principe de ces mini-Olympiades.
Parmi eux, Alberto Paleari, l’un des trois gardiens de but et qui évolue à la Giana Erminio en Lega Pro : "En seconde ou troisième divisions, ce n’est pas le foot de la Serie A. Les faillites sont récurrentes et avec le salaire moyen, on ne peut pas être rentier toute notre vie. Sans un diplôme, c’est compliqué de trouver quelque chose pour l’après-football. Alors, on est de plus en plus de joueurs à couvrir nos arrières." Lui a opté pour STAPS afin de rester dans le milieu, d’autres pour les sciences de la communication ou les langues étrangères.
Certains choisissent carrément de tout plaquer. C’est le cas de Michele Pini, titulaire à Lumezzane en Lega Pro jusqu'en février dernier, un club pourtant en bonne santé financière. L’arrière gauche a décidé d’arrêter le foot à 28 ans pour accepter un poste de tourneur-fraiseur dans une fabrique de moules qui lui garantissait un avenir plus serein, surtout depuis la naissance de son fils. Julien Rantier en a vu un paquet des comme ça.
"Si vous saviez le nombre de coéquipiers qui en ont eu marre. Après plusieurs faillites, ils arrêtent, reprennent un commerce avec leur famille et jouent dans un club amateur local pour le plaisir." Reste aussi la solution de l'exil, pas forcément prisée par des italiens traditionnellement "mammoni", c'est à dire aimant rester bien au chaud dans les jupons de la Mamma. Beaucoup risquent d'opter pour la Serie D et autres divisions amateurs, avec quelques primes, des défraiements, mais surtout, le plaisir de taper dans un ballon.
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