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Comment l’Atalanta vivote au cœur de l’épidémie

Comment l’Atalanta vivote au cœur de l’épidémie

Le 17/03/2020 à 00:08Mis à jour Le 17/03/2020 à 10:33

Au lendemain d’une qualification historique pour les quarts de finale de la Ligue des champions conquise à Valence, l’Atalanta a retrouvé l’Italie, en quarantaine forcée en raison de l'épidémie de coronavirus qui la frappe. Comment continuer à faire vivre une structure sans activité, gérer les joueurs et les salariés ? Le directeur technique du club de Bergame fait le point pour Eurosport.fr.

"Ça va à peu près. On ne peut pas dire que ça va mal car j’ai la santé, mais on vit une situation très compliquée." La voix est grave à l’autre bout du combiné. Giovanni Sartori est en quarantaine chez lui depuis désormais une semaine et l’annonce du premier ministre Giuseppe Conte de la mise en place d’un confinement total de soixante millions d’Italiens. "Bergame est dans l’épicentre (en Lombardie, ndlr), on est un peu préoccupés et on attend des moments meilleurs", ajoute le directeur technique de l'Atalanta. En attendant, comme en témoignent les dizaines de vidéos qui pullulent sur les réseaux sociaux, les Italiens se serrent les coudes, au sens figuré.

Le club de Bergame a vécu une semaine plus qu’agitée. Après l’annonce de la mise en quarantaine du pays, alors que le club était déjà à Valence pour le huitième de finale retour de la Ligue des champions, tout a changé. La joie de la qualification, acquise mardi soir, n’a pas duré et s’est à peine propagée alors que l’exploit est retentissant. "C’est un sentiment bizarre, confirme Sartori avant de rembobiner la chronologie des évènements. On n’a pas pu fêter la qualification avec nos supporters comme ils auraient aimé le faire et comme ils le font à chaque fois en nous attendant par milliers à l’aéroport et en ville. Nos tifosi se sont comportés de manière exemplaire. Ils comprennent le moment que toute l’Italie traverse. Passer de l’euphorie de la qualification à l’actualité du coronavirus a été difficile à gérer."

Le football lui semble secondaire : "Ce n’est pas juste une histoire de quarantaine, c’est lié au moment tragique que vit la ville de Bergame, la région de Bergame, avec plus de 1200 morts en Lombardie. Il n’y a pas de quoi être serein ou heureux. Bien sûr qu’on pense à l’Atalanta, notre club, mais toutes nos pensées vont aussi aux docteurs, au personnel de santé, aux familles touchées. Le football passe au second plan."

Josip Ilicic (Atalanta), auteur d'un quadruplé à Valence (3-4), à huis clos

Josip Ilicic (Atalanta), auteur d'un quadruplé à Valence (3-4), à huis closGetty Images

Des joueurs gérés à distance

Comme tous les résidents italiens, les joueurs doivent rester chez eux. Les dérogations sont rares et doivent être bien argumentées. Le sport ne fait pas partie des exceptions. Seuls les commerces alimentaires, les banques et assurances, les kiosquiers et buralistes et le personnel de santé sont encore habilités à circuler. Tous les salariés qui n’ont pas un rôle essentiel dans la vie quotidienne italienne aujourd’hui sont invités, avec fermeté, à rester chez eux. Les rues sont désertes, les rideaux des magasins baissés et l’activité industrielle a logiquement chuté.

"C’est très difficile à gérer, commente le directeur technique de l’Atalanta. Les joueurs sont chez eux et ils n’ont pas tous la possibilité de s’entraîner sur des tapis roulants ou des machines spécifiques. C'est normal que cela soit plus compliqué pour certains." Le club a néanmoins tenu à faire respecter quelques règles élémentaires : "Ils ont tous un programme à suivre, mais c’est vraiment difficile. Ils n’ont que deux obligations vis-à-vis du club : faire attention à leur alimentation et essayer de se maintenir en forme, en fonction de leurs moyens."

Les joueurs de l'Atalanta Bergame lors du match à Valence

Les joueurs de l'Atalanta Bergame lors du match à ValenceGetty Images

Le club fonctionne au ralenti

Dans le club de Bergame, les portes sont closes. Le centre d’entraînement, le centre de formation, les bureaux administratifs, les terrains, les vestiaires... le verrouillage est complet. Dès lors, pour s’organiser et continuer à faire tourner un club qualifié en quart de finale de Ligue des champions, quatrième de Serie A et qui doit, déjà, penser à la prochaine saison, il faut maintenir le contact, même en quarantaine. Le téléphone redevient un allié essentiel. "Tous les employés travaillent depuis chez eux, certifie Sartori. La partie administrative est gérée depuis nos domiciles, à commencer par le président. Nos recruteurs sont également bloqués en télétravail. On s’appelle régulièrement, on utilise aussi Skype au quotidien, on essaye de rester en contact avec le monde extérieur, mais c’est clair que c’est différent."

La vie sociale et la gestion du club ont changé à Bergame, comme dans tous les clubs où l’activité sportive est suspendue. C’est une conséquence des mesures appliquées aux quatre coins de l’Europe. Le confinement total est en passe d’être appliqué dans tous les territoires. C’est une mesure radicale, mais aussi la seule réponse actuelle pour éviter la propagation du Covid-19. Dans la province de Lodi (Lombardie), la première à avoir été mise en quarantaine totale le 23 février dernier, les premiers signes positifs arrivent enfin. Une bouffée d’oxygène pour tout le monde. Même si les habitants sont encore confinés chez eux et que des personnes sont soignées, il n’y a aucun nouveau cas déclaré ces deux derniers jours.

"On pensait pouvoir s’entraîner en toute sécurité la semaine passée"

Difficile cependant de se projeter. "Ici, on a une évolution d’heure en heure, témoigne le dirigeant de l’Atalanta. On n’est même pas sur du ‘au jour le jour.’ Chaque heure, des choses peuvent changer. On pensait pouvoir s’entraîner en toute sécurité la semaine passée mais le gouvernement a mis en place la quarantaine. Ensuite, on pensait reprendre ce lundi (16 mars, ndlr), puis on a repoussé à mercredi car on attendait le conseil des ministres et la réunion de l’UEFA pour d’éventuelles annonces. Et puis, Valence a annoncé dimanche l’apparition de cinq cas de Coronavirus dans son effectif. Du coup, par obligation, on est en quarantaine jusqu’au 24 mars minimum vu qu’on a affronté le club espagnol la semaine passée (mardi 10 mars, ndlr). On ne peut pas sortir et si quelqu’un le fait, il est arrêté car la quarantaine est très stricte en Italie. C’est la situation actuelle de notre club. Tous les salariés du club sont à la maison sans pouvoir sortir."

Pas qu’une histoire de football

Le football. La vie. Si proches, mais aussi si loin. Au sein des organisations sportives, clubs, ligues, fédérations et en dehors de quelques personnes à l’indécence prononcée, les pensées s’éloignent du terrain. "On a tous un peu la tête ailleurs et à la situation que vit le pays, confirme Giovanni Sartori. Croyez-moi, ce n’est vraiment pas simple."

Tandis qu’à Paris, une partie de la population a passé son week-end dehors, dans les parcs et les lieux de détente, le directeur technique de l’Atalanta voit un parallèle se dessiner : "C’est un peu ce qui nous est arrivé. Au départ, on a sous-évalué la situation. Avant le décret et la mise en quarantaine du pays (9 mars, ndlr), on sortait d’un week-end où tout le monde était dehors, se promenait, allait dans les parcs... Tous n’avaient pas compris la gravité du moment. Maintenant, je pense que tout le monde a bien compris ce que nous vivions, on est à 2000 morts dans le pays, dont 1200 rien que pour la région de Lombardie, qui est l’épicentre."

La France. L’Italie. Les meilleurs ennemis. Mais aussi, et surtout en cas de crise, des conseils d’amis qui suivent les recommandations politiques et sanitaires. "Vous devez comprendre vous aussi cette situation rapidement en France, en Espagne et dans tous les autres pays, parce qu’autrement, le virus se propagera et ne pourra être contenu", conclut le dirigeant italien.

Gian Piero Gasperini, entraîneur de l'Atalanta

Gian Piero Gasperini, entraîneur de l'AtalantaGetty Images

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