L'espace d'une soirée, Zlatan Ibrahimovic a décidé de prendre la place de la "Madonnina" tout en haut de la cathédrale située sur la fameuse Piazza Duomo. "Milan n'a jamais eu de roi, elle a un DIEU", écrivait ainsi le géant suédois après son doublé dans le derby remporté par l'AC Milan contre l'Inter samedi dernier (1-2). Du Zlatan dans le texte, lui qui n'avait pas raté le tweet de Romelu Lukaku quelques mois auparavant, lorsque l'international belge s'était auto-proclamé "Roi de Milan" après le derby remporté par les siens (4-2). Tout le folklore d'un match unique rassemblé en deux tweets. C'est aussi ça, le derby de Milan.

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Si Ibrahimovic a donc fait valser la couronne du Belge samedi dernier, il a surtout littéralement marché sur toute la défense de l'Inter, certes fragile en ce début de saison et amputée de Milan Skriniar et Alessandro Bastoni, alors positifs au Covid-19. Mais lors du précédent derby en février, Zlatan avait déjà pesé avec un but et un poteau en fin de rencontre. Il n'était alors de retour que depuis un mois en Serie A. Après sa parenthèse en MLS, les doutes étaient légitimes autour de l'état de forme du presque quadragénaire (il a eu 39 ans début octobre, ndlr). Pouvait-il tenir le rythme et l'intensité de certains matches ? Allait-il parvenir à redresser une équipe en perdition totale ? Deux questions, deux réponses. Depuis son come-back, Ibrahimovic a inscrit 16 buts en 24 matches. Certaines grosses cylindrées y sont passées : l'Inter, la Juventus ou encore la Lazio Rome. Et avec lui, l'AC Milan reste actuellement sur 21 matches sans défaite depuis le 8 mars dernier. Le patron, c'est toujours lui.

Ibra, Palacio, Buffon...

Ce qui impressionne le plus avec Zlatan, ce n'est pas tant son influence positive dans un vestiaire totalement acquis à sa cause. Ou encore ses statistiques. Mais bien son état de forme et sa capacité à encore dominer ses adversaires directs. Lorsque le numéro 11 rossonero marque ses deux buts dans le derby, il revient alors d'une absence de presque un mois en raison du Covid-19. Pas grave quand on s'appelle Ibrahimovic. Avec sa stature et sa souplesse, le géant suédois sait parfaitement se placer sur le terrain. Dos au but, il reste un élément presque incontrôlable, en témoigne sa prestation face à l'Atalanta Bergame la saison dernière lorsqu'il remporta pas moins de 14 duels. Son corps, Zlatan le connaît mieux que personne. Il sait l'orienter de manière parfaite afin de protéger le ballon ou le transmettre. Et son intelligence de jeu reste bien au-dessus de la moyenne. Pas besoin de grandes courses quand on sait se placer. "Là où les jambes n'arrivent pas, la tête le fait, écrivait justement La Gazzetta dello Sport cette semaine à propos du joueur milanais. C'est un fuoriclasse infiini."

Ibrahimovic gagne son duel face à Kolarov (Inter-Milan)

Crédit: Getty Images

"Quand tu es professionnel, tu dois faire une cavité pour soigner plusieurs détails, nous explique Cristian Zaccardo, champion du monde 2006 et retraité des terrains depuis juillet 2019 à 38 ans. Il y a par exemple l'alimentation. Le repos est essentiel après le cap des 30 ans, tout comme la récupération. Il faut aussi une part de chance et ne pas avoir connu beaucoup des blessures durant sa carrière." Car Zlatan n'est pas le seul "papy" de la Serie A. Il y a par exemple Bruno Alves (38 ans, Parme), Rodrigo Palacio (38 ans, Bologne), Gigi Buffon (42 ans) ou bien évidemment Franck Ribéry (37 ans). A un degré moindre, on pourrait également citer Cristiano Ronaldo (35 ans) ou encore Edin Džeko (34 ans). Pour les plus nostalgiques, comment oublier Francesco Totti, Paolo Maldini, Javier Zanetti, Alessandro Costacura, Alessandro Del Piero ou encore Antonio Di Natale ? Le football italien est habitué aux joueurs plutôt avancés dans l'âge. Aujourd'hui, la donne n'a presque pas changé.

Si j'avais la condition de mes 20 ans...

"Avec les nouvelles technologies et les nouvelles méthodes de récupération, il est plus facile de protéger le corps d'un athlète malgré le grand nombre de rencontres, assure Zaccardo, passé notamment par Palerme, Parme et l'AC Milan. Et aujourd'hui, chaque détail est pris en compte afin de se préserver. Avant, tu ne faisais pas forcément attention à ton alimentation, à la prévention avant et après les entraînements..." Interrogé au micro de Sky Italia après le derby face à l'Inter, Ibrahimovic était revenu sur son parcours des dernières années, de sa grave blessure à Manchester United à son retour en Serie A, sans oublier sa pige de deux saisons en MLS.

Ibrahimovic, le roi du derby

"Aujourd'hui, je me sens beaucoup plus complet, affirmait-il. Quand tu es jeune, tu grandis et tu passes par des moments où tu apprends les choses, tu joues plein de matches... J'ai plus d'expérience aujourd'hui. Si j'avais la condition de mes 20-30 ans, personne n'aurait pu m'arrêter. Mais il n'y arrive pas quand même (rires). Quand j'étais revenu à Manchester après mon opération du genou droit, j'avais dit à Mourinho que je n'étais pas prêt à jouer. Je ne voulais décevoir personne et j'avais demandé à ne pas être convoqué. Après, je suis parti en MLS et Mino Raiola (son agent, ndlr) m'a dit que c'était trop facile d'arrêter là-bas et que je devais démontrer que j'avais encore le niveau pour jouer en Europe. Je lui ai demandé quel club avait le plus besoin de moi, et il m'a répondu Milan."

Pour Bergomi, Ibrahimovic peut jouer jusqu'à 45 ans

Fidèle à ses principes, Ibrahimovic reste très exigeant avec lui-même. Les entraînements se font toujours à1000%. Positif au Covid-19, il est resté comme "un lion en cage" chez lui. "Je n'aime pas ça, confiait-il. Mon physique avait envie de travailler encore et encore. Il veut jouer. Mais j'étais isolé et j'ai continué à m'entraîner depuis chez moi." Pour durer dans le temps, une hygiène de vie irréprochable est évidemment requise. Et un professionnalisme de tous les instants. Franck Ribéry en est l'exemple type, lui qui "vit pour le football", son "métier" et sa "passion".

Franck Ribéry sous le maillot de la Fiorentina

Crédit: Getty Images

"Après avoir passé 30-32 ans, le corps change et tu t'en rends compte au moment de la récupération des efforts fournis, indique Zaccardo. Tu dois presque avoir moitié d'une journée supplémentaire par rapport aux plus jeunes. Plutôt que la quantité, il faut donc travailler la qualité." Francesco Totti, "contraint" de stopper sa carrière à 38 ans malgré la conviction d'en avoir beaucoup d'autres sous le pied droit, représentait plutôt bien ce concept. A l'arrêt, l'ancien capitaine de la Roma pouvait vous délivrer une passe venue d'ailleurs. Le génie n'a pas d'âge. La qualité et l'intelligence non plus. "Pour moi, un joueur comme Ibrahimovic peut jouer dans notre football jusqu'à 45 ans", assurait Beppe Bergomi pendant le derby milanais samedi dernier. La légende de l'Inter Milan, devenue consultant sur Sky Italia, a peut-être vu un peu grand. Ou pas...

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