Droits TV : Mais pourquoi la Serie A n’est toujours pas diffusée en France ?
Eurosport sur GoogleC’est une anomalie qui n’est toujours pas corrigée. Pourtant considérée comme l’un des cinq grands championnats européens, la Serie A reste sans diffuseur en France. Si un accord était espéré et souhaité pendant la trêve internationale, le statu quo a finalement primé. Le tout alors que sept journées ont déjà défilé…
Lautaro Martinez, Matteo Gabbia, Milan-Inter, Getty Images
Crédit: Getty Images
À chacun ses moyens. Il n’y a pas le choix. "Pour moi, c’est l’IPTV", nous indique par exemple Matteo*, un supporter de longue date de l’Inter Milan. D’autres ont opté pour Telegram. "On se partage les liens sur des groupes de supporters en commun. C’est l’entraide", révèle cette fois un tifoso de la Juventus Turin, qui regrette amèrement la situation actuelle. Car oui, à l’aube de la huitième journée, la Serie A n’a toujours pas trouvé un diffuseur en France. Rien. Personne. Alors, face à l’impasse, les nombreux supporters des clubs italiens présents en France n’ont pas eu le choix : place au système D.
"J’avais mon abonnement à beIN SPORTS, comme beaucoup. Cela faisait des années. Mais là, que vouliez-vous faire ?", s’interroge un autre amateur du football italien, qui avoue avoir résilié son abonnement pour passer à l’IPTV. Avant d’ajouter, comme pour se justifier : "Ce n’est pas comme si je le voulais, au contraire. J’ai même demandé conseil à des amis car je n’avais jamais utilisé ce système. Mais si je ne le faisais pas, alors je ne voyais rien… Je sais que c’est illégal mais pour le coup, il n’y a aucune autre possibilité."
Du côté de beIN SPORTS, diffuseur du championnat italien depuis douze ans, on "ne souhaite pas faire de commentaires sur l’appel d’offres en cours". Le groupe qatari, dont le contrat expirait en fin de saison dernière, ne considère tout simplement plus les droits de la Serie A comme prioritaires. Du moins pas au prix des précédentes années. Les équipes (commentateurs, journalistes…) ne sont que rarement informées sur le dossier. Le flou est total. Et au vu du temps écoulé et des journées passées, plus personne n’y croit.
Nous sommes à l’arrêt total
Deux autres diffuseurs ont alors tenté leur chance. Et sont toujours dans le coup : DAZN, qui a récupéré les droits TV de la Serie A en 2021 en Italie au nez et à la barbe de Sky Italia, la chaîne historique (qui a récupéré depuis trois matches en co-diffusion), et La Chaîne L’Equipe, qui semblait proche de toucher au but avant la trêve internationale pour l’affiche de la journée. En vain. "Nous sommes à l’arrêt total", déplore la Lega, qui espérait pourtant trouver un dénouement pendant la pause. Encore raté. Mais comment expliquer cette situation ubuesque ?
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Si rien n’a filtré sur le prix fixé par l’instance transalpine, cette dernière aime rappeler que plusieurs internationaux français évoluent dans le championnat. De Mike Maignan à Marcus Thuram, de Théo Hernandez à Benjamin Pavard en passant par Florian Thauvin… L’ancien Marseillais, auteur d’un début de saison canon, a récemment déploré cet écran noir permanent en France. "Les joueurs français sont nombreux, c’est la colonie étrangère la plus grande. Avec des gros noms. Les diffuseurs français ont donc un intérêt à récupérer la Serie A", précise une autre source. Hasard (ou pas) de toute cette histoire : la Ligue 1 n’est pas diffusée non plus en Italie après diverses saisons sur Mediaset, DAZN et Sky. "C’est vrai, mais les enjeux sont quand même moindres. Il n’y a plus de stars dans ce championnat et aucun international italien n’évolue en France à part Donnarumma", rappelle un acteur du dossier.
La Lega visait 250 millions d’euros
Si elle a récemment trouvé preneur au Danemark jusqu’à 2026, un pays qui manquait à son catalogue, l’Italie attend donc de trouver son bonheur en France. Les négociations sont menées par une équipe interne à la Ligue, chapeautée par Anna Guarnerio, directrice des droits TV à l’étranger. Contrairement aux autres années, l’instance n’a pas fait appel à un consultant externe pour réaliser les démarches, se passant ainsi des services de groupes comme MP Silva, Infront et IMG. Avant le début de l’exercice 2024-2025, l’espoir était de se maintenir aux alentours des 250 millions d’euros annuels pour la diffusion à l’étranger. La France reste un manque à gagner important, mais personne ne semble vouloir faire un effort.
Sur les réseaux sociaux, les amateurs du Calcio ont fait part de leur colère au fil des semaines, déplorant notamment un manque de clarté sur ce dossier des droits TV. Même les gros comptes (non officiels) des mastodontes italiens (Juve, Inter, Milan, Roma, Lazio, Napoli…) ne cachent plus leur mécontentement, presque persuadés de l’écran noir pour l’intégralité de la saison. "On arrive à la 8e journée, des gros chocs ont déjà eu lieu, ça ne sert presque plus à rien. Tout le monde a trouvé une solution pour suivre les matches, plus personne ne reviendra en arrière encore moins pour payer plus cher. C’est un gâchis pour le monde", nous confie un suiveur de la Fiorentina, qui a fini par se rendre à l’évidence à l’issue de la trêve internationale de septembre.
Lui a opté pour Telegram pour ne rien rater des aventures la Viola en championnat, tout en maintenant un abonnement à Canal+ pour suivre les matchs de Ligue Europa Conference. Il conclut : "Pour un tifoso, rater un match de son équipe est impossible. Qu’il soit en France ou ailleurs, qu’un diffuseur existe ou non, il trouvera toujours un moyen de regarder, vous pouvez me croire…"
*Le prénom a été modifié
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