"J'ai honte de t'avoir choisi" : Thiago Motta viré par la Juventus, et maintenant ?
Eurosport sur GoogleL'histoire aura tourné au fiasco. Et les promesses en désillusions. Alors que la Juventus Turin avait fondé de grands espoirs en Thiago Motta l'été dernier, le technicien a fini par prendre la porte, dimanche, abandonné par son vestiaire et condamné par ses résultats. Son départ va coûter une vingtaine de millions d'euros à son club. Et sa cote a inévitablement baissée.
Thiago Motta, pourquoi ça n'a pas fonctionné
Video credit: Eurosport
Plus qu'un chapitre refermé, c'est surtout une page arrachée pour la Juve. À neuf journées du terme d'une saison qu'elle bouclera sans trophée, la Vielle Dame a décidé d'en finir avec Thiago Motta, débarqué l'été dernier pour un projet de trois saisons. Il était terriblement prometteur et alléchant. Il s'est achévé sur un fiasco retentissant, qui coûtera au club piémontais une bonne vingtaine de millions d'euros. "Au total, on parle même de 252 millions d'euros après seulement neuf mois", calculait de son côté le Corriere dello Sport, englobant les dépenses sur les deux derniers mercatos.
C'est beaucoup, forcément, pour une équipe éliminée de la Ligue des champions dès les barrages, humiliée en quart de finale de la Coupe d'Italie, puis claquée coup sur coup par l'Atalanta Bergame (0-4) et la Fiorentina (0-3) lors des deux dernières journées de Serie A, au point de glisser à la cinquième place du classement juste avant cette trêve internationale. Et pourtant, rien ne laissait présager un départ de Motta, soutenu publiquement par son directeur sportif Cristiano Giuntoli après le revers en Toscane. "Nous devons être tous unis dans ce moment difficile", avait-il déclaré, assurant qu'un changement d'entraîneur n'était pas à l'ordre du jour. Il disait probablement vrai. Sauf que tout a changé les jours qui ont suivi.
J'aii honte de t'avoir choisi
Mardi dernier, lors d'un déjeuner au sommet entre Cristiano Giuntoli, le directeur sportif, Maurizio Scanavino, administrateur délégué, et Thiago Motta, il est demandé à ce dernier un changement de posture dans son management, souvent décrié et critiqué par les joueurs eux-mêmes. Pour faire simple : une plus grande empathie avec son vestiaire, une remise en question profonde et moins de confusion dans ses choix, techniques comme tactiques. "Motta se serait montré froid en apparence et plutôt serein malgré le moment difficile, écrivait La Gazzetta dello Sport lundi. Le club aurait aimé une reaction plus intense. Mais lui pensait probablement pouvoir trouver des solutions sans se remettre plus que ça en question, convaincu d'avoir donné le maximum jusqu'ici. À partir de là, les dirigeants ont demandé au propriétaire de pouvoir procéder à un changement."
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John Elkann, PDG d'Exor et petit-fils de Gianni Agnelli, donnera rapidement son feu vert. Parti au Portugal pour quelques jours de repos en famille, Thiago Motta, qui a toujours refusé de démissonner, sera mis au courant dimanche de son licenciement. Par téléphone, autant dire bien loin du style et la tradition d'un grand club comme la Juve. Pendant ce temps, Igor Tudor, son successeur désigné, montait dans sa voiture depuis la Croatie pour prendre la destination de Turin.
Alors qu'il avait misé gros sur son désormais ex-coach, Cristiano Giuntoli, lui, aurait notamment balancé à Motta : "J'ai honte de t'avoir choisi". Un peu culotté si La Gazzetta dello Sport venait à dire vrai. Car l'ancien dirigeant du Napoli est lui aussi fortement critiqué, tant pour ses choix de mercato, où il a depensé à foison pour peu de résultats (Koopmeiners, Nico Gonzalez, Douglaz Luiz...), que pour ses sorties médiatiques. Mais comme toujours, le premier fusible à sauter reste de toute façon celui de l'entraîneur. Et celui qui est également passé par le banc des U19 du PSG, de Spezia et du Genoa l'a quand même un peu cherché. Alors que son arrivée l'été dernier avait suscité un grand engouement, des supporters jusqu'aux joueurs.
Une grande déception
À l'époque, Motta était courtisé par plusieurs grandes écuries. Il faut dire que le protégé de Nasser Al-Khelaïfi sortait alors d'une saison historique avec Bologne, où il était considéré comme un héros après avoir envoyé son équipe en Ligue des champions. Le tout avec un jeu proactif, flamboyant et séduisant. Ses joueurs n'en disaient que du bien, parlant d'un technicien aux idées avant-gardistes et promis à un avenir radieux. Son départ était devenu inéluctable, et c'est donc la Juve qui avait su anticiper la concurrence. "Admettons-le : quand le club a misé sur lui, personne ne pouvait imaginer que ce choix était mauvais. Son équipe de Bologne avait pratiqué du grand football, ses résultats étaient excellents, les joueurs valorisés (...) Alors Motta est la grande déception de la saison", regrettait la Gazzetta lundi.
Comme si l'ADN de la Juve, où le résultat demeure plus important que tout le reste, n'était compatible qu'avec un certain type d'entraîneurs. "Cette équipe s'exalte uniquement quand elle a un entraîneur concret et clinique sur le banc. Quand elle mise sur un entraîneur qui pense y arriver à travers le spectacle, cela marche difficilement. L'unique prophète du beau football qui a gagné à Tutin est Maurizio Sarri", ajoutait le quotidien. Sauf qu'à l'époque, ce dernier avait reconnu avoir trahi ses idées pour rafler le Scudetto et faire ses valises ensuite. Motta, lui, est resté droit dans ses bottes jusqu'au dernier jour. Quitte à tomber, il a voulu le faire avec ses idées. Et maintenant ?
Certes, cette première expérience sur un banc prestigieux a tourné au fiasco. Qu'on se le dise : rien ou presque n'a fonctionné. Ni le jeu, ni son management, ni sa communication, ni les résultats. Malgré sa grande expérience de joueur, Motta s'est heurté à la réalité et à l'exigence d'un grand club, sous pression quotidienne des résultats. Gérer le vestiaire de Bologne est une chose, celui de la Juve une autre. Responsable mais pas seul coupable, Motta doit maintenant tirer les enseignements de ce rendez-vous manqué. Surtout qu'il l'est dans des proportions totalement inattendues, ce qui ne plaide pas vraiment sa cause. "Plus aucun joueur ne le suivait", a même lâché Fabio Capello, ancien entraîneur de la Vieille Dame.
Forcément, sa côte va en prendre un coup. Il y a un an, on parlait de "hype Motta" en Italie. Plus aujourd'hui. À lui de faire maintenant le dos rond pour repartir de plus belle. Après tout, il en a vu d'autres. En coulisses, il maintient que ses dirigeants ont également failli à leurs missions, tout comme ses joueurs. C'est d'ailleurs pour ça qu'il tentait de les responsabiliser au maximum, en public comme en privé. Pour l'ancien milieu de terrain, cet échec est avant tout collectif.
"J’ai vécu des moments intenses, toujours confronté à une détermination maximale et à la volonté de m’améliorer chaque jour. Je remercie les propriétaires de m’avoir donné l’opportunité de faire partie de ce grand club, la direction et toutes les personnes du club qui m’ont soutenu dans mon travail quotidien, les joueurs pour leur travail et leur engagement depuis le premier jour ensemble. Je souhaite aux supporters et à la Juventus le meilleur pour l’avenir", a réagi le principal intéressé lundi, bien conscient que le sien sera maintenant conditionné par cette tâche blanche et noire. Heureusement pour lui, elle n'est pas indélébile.
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