Serie A | Lazio Rome | Juan Bernabe, L'affaire grotesque du fauconnier exhibitionniste
Eurosport sur GoogleC'est une affaire qui n'en finit plus de faire parler en Italie. Coupable d'avoir montré son sexe sur les réseaux sociaux après la mise en place d'un implant pénien, le fauconnier de la Lazio Rome Juan Bernabe a été licencié dans la foulée. Même chose pour le chirurgien qui a réalisé l'opération. Si les deux contestent leur mise à pied, Claudio Lotito, le président romain, est inflexible.
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C'est probablement la parenthèse "la plus absurde et grotesque" de l'histoire de la Lazio Rome, comme le déplorait jeudi le prestigieux quotidien généraliste italien Il Corriere della Sera. Une histoire tragicomique qui a fini par dépasser les frontières de la Botte, au point d’atterrir même aux États-Unis, où le New York Times n'a pas hésité à se saisir de l'affaire. On pourrait même citer des médias espagnols, allemands ou encore britanniques. Mais la liste serait beaucoup trop longue.
Cette histoire, devenue virale en l'espace de quelques heures sur les réseaux sociaux, c'est celle de Juan Bernabe, un musculeux Espagnol de 56 ans. Son métier ? Depuis la saison 2010-2011, il est le fauconnier de la Lazio Rome, chargé de faire voler son aigle, baptisé Olimpia, lors des avant-matches du club romain. Jusque-là, rien de bien fou, bien que ce dernier avait déjà fait parler de lui en 2021 pour avoir fait, après un match de championnat, un salut fasciste et crié "Duce, Duce" en direction des tribunes occupées par des ultras de la Lazio, dont certains ne cachent pas leur admiration et nostalgie pour Benito Mussolini et le régime fasciste. La Lazio l'avait alors suspendu. Mais c'est samedi dernier que tout bascule.
Bernabè subit alors une opération pour se faire poser un implant pénien, afin d'améliorer notamment sa vie sexuelle. Dans la foulée, il décide de partager son histoire... et ses photos les plus intimes. Dont notamment celles de son sexe sur les réseaux sociaux. "Il n'y a rien de mal à faire cela (...) Je pense que c'est une solution que tous les hommes devraient étudier, avoir une sexualité fait du bien", estime-t-il.
Viré dans la foulée
La polémique ne tarde pas à éclater. Mise au courant, la Lazio publie rapidement un communiqué pour se dissocier. "La Lazio, choquée de voir les images et la vidéo de Juan Bernabe et de lire les déclarations qui les accompagnent, annonce qu'elle a cessé, avec effet immédiat, toute relation avec lui, compte tenu de la gravité de son comportement", peut-on y lire. "Le club est conscient de la douleur, qu'il partage, que la perte de l'aigle causera à ses supporters lors des prochains matches à domicile, mais il estime qu'il n'est pas possible d'être associé, d'autant plus quand il s'agit du symbole historique de l'aigle, à une personne qui, de sa propre initiative, a rendu impossible la poursuite de la relation", poursuit le club romain. Hors de lui, Claudio Lotito, président de la Lazio et vrai personnage dans le monde du Calcio, explose. En coulisses, celui qui est également sénateur multiplie les appels auprès de ses nombreux conseillers et avocats. Pour lui, c'est clair : Bernarbe doit être licencié. Et vite.
"Cela fait 67 ans que je ne manque pas une messe, j'ai toujours eu un comportement irréprochable, je fais des batailles de changement et moralisation, et toi tu te comportes de cette manière ?, lâche-t-il. Il travaillait avec nous depuis 15 ans, je l'ai viré en l'espace d'une heure. Je n'ai peur de personne. Même le chirurgien ? Même le chirurgien. À la vitesse de la lumière." Mais sa colère ne retombe pas. Il rappelle que son club est coté en bourse, et ne goûte que très peu au fait que l'affaire prenne une dimension internationale. "On va passer pour quoi ?", s'indigne-t-il en coulisses. De son côté, le fauconnier, qui comprend rapidement son erreur, demande pardon à son président. En vain.
Il vaut mieux un salut fasciste
Interrogé mercredi soir dans la célèbre émission de radio La Zanzara, connu pour son franc-parler et son langage plutôt cru, Lotito en rajoute même une couche. "C'est un problème moral, regrette-t-il. C'est quelqu'un qui allait dans les écoles, oh ! Je m'en fous qu'il se soit opéré. Personne ne conteste ça, mais tu ne peux pas associer ça à la Lazio. Il vaut mieux ça qu'un salut romain ? Je ne suis pas d'accord, peut-être chez toi (au journaliste, ndlr), mais pas chez moi ! Nous avions un contrat, avec un code éthique. Si tu ne le respectes pas, même partiellement, tu es immédiatement viré. Il y a des règles qui valent tout le monde, moi compris. Ils en ont profité pour se faire de la publicité, la clinique a eu une marée de demandes depuis... Ici, c'est la Lazio ! Nous ne sommes pas là pour parler de la Cicciolina (une célèbre actrice de films pornographiques, chanteuse et femme politique italienne, ndlr), on est où là ? Si tu es fauconnier, tu ne vas pas dire ici et là que tu as besoin d'éjaculer deux fois par jour. Il y a même eu un communiqué très dur des ultras, qui sont aussi dès pères de famille. Il n'y a aucun pardon possible. On parle d'un acte volontaire. Cette affaire a fait le tour du monde entier... Ça fait 20 ans que je travaille pour soigner l'image du club, ma femme est présidente de la Fédération. Qui pourrait être content de ça ?"
Avant l'annonce de la résiliation de son contrat, Bernarbe s'était défendu sur la même station locale Radio24, assurant qu'il "ne regrettait pas d'avoir publié ces images". "J'aime le sexe (...) Pour moi, la nudité est quelque chose de normal, car j'ai grandi dans une famille naturiste et avec un esprit ouvert. Je ne comprends pas qu'on présente cette photo comme de la pornographie", expliquait-il. Avant d'évoquer Mussolini : "Je l'admire beaucoup. Faire partie de la Lazio est un honneur à tous les sens du terme, cela me fait sentir plus homme". Pas vraiment de quoi arranger son cas.
Mais bien décidé à rester au sein du club romain, le fauconnier espagnol s'est retranché à Formello, le centre d'entraînement, où il a ses quartiers depuis 15 ans. Il se justifie notamment en évoquant une convalescence encore longue, entraînant une incapacité à se mouvoir dans les prochains jours, certificat médical à l'appui. Pas vraiment du goût de Lotito, qui aimerait le voir plier bagages au plus vite. "La police est venue, mais je ne peux pas bouger. J'ai un certificat. Je demande pardon pour les problèmes causés, j'ai été stupide (...) Mais ce que j'ai fait et montré était seulement à titre médical", a-t-il soupiré jeudi.
Et le chirurgien dans tout ça ? Gabriele Antonini, qui a rappelé être consultant et non salarié du club, ne peut être licencié. Mais peu importe pour le patron de la Lazio. Pour lui, au-delà de la situation contractuelle des deux hommes (Bernabe serait un prestataire non employé par la Lazio), le code éthique du club a été violé. Et il est donc en droit, selon ses dires, de réclamer une indemnité pour atteinte à l'image. Cette fois, et contrairement à l'épisode du salut fasciste de 2021, la grâce ne sera pas accordée. "J'ai pu être indulgent dans le passé, mais je n'avais pas eu les indications des organismes concernés. Dans ce cas, on m'a communiqué de façon catégorique ce que je devais faire, et ce que j'ai fait", a conclu Claudio Lotito, qui a déjà reçu plusieurs candidatures de fauconniers ces derniers jours.
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