Serie A I AS Rome - Atalanta Bergame I Psychodrame à Rome : Claudio Ranieri - Gian Piero Gasperini, coulisses d'un improbable clash

Eurosport sur Google

Entre Gian Piero Gasperini et Claudio Ranieri, un est désormais de trop à l'AS Rome. Pourtant en symbiose depuis l'été dernier et la venue du premier cité pour assurer la succession du second, ce duo a complètement volé en éclats cette semaine. Entre déclarations, tensions et tentatives d'explications, la situation est devenue irrespirable ces derniers jours au centre d'entraînement de Trigoria.

"Je ne vois pas comment Mbappé et Vinicius peuvent continuer à cohabiter au Real"

Video credit: Eurosport

Gian Piero Gasperini n'a même pas laissé le temps aux journalistes de poser la moindre question. Vendredi, à son arrivée sur l'estrade de la salle de presse du centre d'entraînement de Trigoria (Rome), le technicien de l'AS Rome, qui en avait probablement trop gros sur le cœur, a décidé de prendre les devants. "Avant de commencer, je vais laisser la parole à Mister Gasperini", a ainsi lancé l'attaché de presse du club, suscitant la surprise des journalistes présents. "Je vais vous anticiper", a alors souri l'ancien entraîneur de l'Atalanta, qui affronte son ancienne équipe ce samedi soir (20h45) à l'Olimpico. À bientôt 70 ans, le "Gasp" savait de toute façon très bien ce qui l'attendait.
"Alors, il y a eu cette interview (de Claudio Ranieri, ndlr) vendredi dernier qui a créé toute cette situation pendant la semaine, a-t-il lancé en introduction. Pour moi, ça a été vraiment une surprise incroyable, parce qu’il n’y a jamais eu, je dis bien jamais, un ton différent entre moi et Ranieri, que ce soit lors des conférences que nous faisions éventuellement avec d’autres personnes, ou dans notre relation à nous deux. Donc, ça a été quelque chose de vraiment inattendu. Et je peux dire que pendant de nombreux mois, je n’avais jamais ressenti cela, ce ton de sa part."
Rembobinons avant de poursuivre. Vendredi dernier, Ranieri, devenu senior advisor (une sorte de conseiller spécial) de la famille Friedkin, propriétaire des Giallorossi depuis l'été dernier, s'est présenté au micro du diffuseur DAZN avant la réception de Pise (3-0). D'ordinaire très calme et avisé du haut de sa grande expérience en tant qu'entraîneur, le dirigeant de 74 ans s'est cette fois emporté en lâchant plusieurs piques en direction de Gasperini, un coach dont il avait pourtant validé l'arrivée l'été dernier en allant même le rencontrer à Florence pour le convaincre de signer.
J’avais proposé cinq à six noms d’entraîneurs, trois n’ont pas voulu venir
"J’avais choisi cinq ou six entraîneurs, trois ne sont pas venus. Le club a choisi Gasperini. Nous l’avons choisi pour ce qu’il avait fait à l’Atalanta : partir avec les jeunes et, petit à petit, les amener sur les grandes scènes. J’ai arrêté d’entraîner pour cela ; si nous devons perdre une année de construction, je le fais volontiers", avait-il lancé, faisant comprendre que le "Gasp" n'était finalement que le 4e choix dans son ordre des priorités. Puis, probablement lassé des critiques de son entraîneur sur le mercato et les recrues débarquées entre l'été dernier et cet hiver, il confiait que tous les profils avaient été validés en amont.
"C’est exactement ce que nous attendions : nous avons recruté des jeunes, Gasperini et moi avons choisi les joueurs, prévenait-il. Il n’y a pas eu un seul joueur venu sans son approbation. Jan Ziolkowski, Lorenzo Venturino, Bryan Zaragoza… C’est vrai, nous pouvions prendre Jonathan Rowe, mais il n’a pas été recruté à sa demande. Nous avons essayé de donner à l’entraîneur une équipe qui l’an dernier a terminé à un point de la Ligue des champions, ainsi que des jeunes à faire grandir. Si ce rôle (de senior advisior, ndlr) me plaît, je continuerai, sinon non. Je ne suis pas là pour être le garant de qui que ce soit, moi, j'aime la Roma. Comme je me suis mis de côté en tant qu’entraîneur, je pourrai aussi le faire en tant que senior advisor (...) Les erreurs sur le mercato ? L’an dernier comme cette année, on m’a demandé quels joueurs on pouvait recruter, et tous les joueurs arrivés ont été observés par moi et par l’entraîneur (...) C’est trop facile de ne parler que de Donyell Malen et Wesley. Nous avions aussi choisi Evan Ferguson, et nous avons perdu du temps derrière Jadon Sancho, qui finalement n’a pas voulu venir. Certains joueurs ne plaisaient pas à l’entraîneur et nous ne les avons pas pris."
Depuis cette sortie choc et totalement inattendue, prenant totalement de cours Gasperini, qui estime en privé avoir été victime "d'une agression verbale", plus rien ne va entre les deux. Mais nous y reviendrons. Avant, retour à ce vendredi et la suite des propos du technicien romain. "À partir de ce moment-là (l'interview de Ranieri, ndlr), je me suis seulement préoccupé, d’abord de ne pas répondre, ensuite d’essayer - même si je suis impliqué involontairement - de ne créer aucun type de dommage, aucune difficulté pour l’équipe, principalement, et aussi par respect pour le public", lançait-il, avant de rappeler tout au long de sa conférence de presse à quel point "l'unité" a été le point fort de ses neuf ans de succès à l'Atalanta.
"Je suis venu à Rome parce que j’y ai vu une opportunité extraordinaire pour moi et, je le répète, je suis content de ce choix que j’ai fait. Bien sûr, ça a été une longue histoire, neuf ans. En moyenne, je suis resté huit ans à Gênes et neuf ans à l’Atalanta, ce qui veut dire que je ne suis peut-être pas une personne si terrible que ça. Que travailler avec moi pendant de nombreuses années n’est pas si difficile ; évidemment, en neuf ans, il arrive parfois qu’il y ait des points de vue différents, mais toujours dans les limites et le respect des choses", regrettait-il.
Symbole d'une semaine très (trop ?) intense nerveusement, puisque toute la presse italienne s'en est donnée à cœur joie, Gasperini, réputée pourtant comme quelqu'un de froid et distant, finissait sa conférence de presse en larmes au moment d'évoquer sa relation avec Antonio Percassi, son ancien président à Bergame, qui "l'a toujours soutenu" pendant ses années avec la Dea. Les yeux humides, il leva la main, avant de se lever et foncer vers une porte de sortie... fermée. Il la força, cassant même au passage un crochet, pour partir s'isoler un peu plus loin.

Entre les deux, il n'en restera qu'un

Pourtant sixième au classement, à seulement trois points de son objectif d'une qualification en Ligue des champions, la Roma est de nouveau plongée en plein psychodrame, comme elle seule sait le faire. Ce qui est surprenant, cette fois, c'est que tout est donc parti d'un homme qui connaît pourtant tout des rouages de cette ville, et qui sait à quel point l'environnement qui gravite autour du club peut devenir toxique.
Ranieri, le gamin du quartier de Testaccio, sorti de sa retraite pour venir sauver un club en perdition la saison passée, et qui l'a emmené aux portes d'un retour en C1. Probablement trop irrité et agacé par les critiques d'un entraîneur dont il connaissait pourtant toutes les caractéristiques, dont notamment celle de dire généralement - et publiquement - tout ce qui ne lui convient pas, l'ancien technicien de Chelsea, Leicester ou encore Monaco a fini par céder à la tentation de lui répondre. Tout d'abord pour défendre son travail, évidemment, mais aussi celui de Frédéric Massara, le directeur sportif du club romain, avec qui Gasperini est également en conflit ouvert. Lors des deux derniers mercatos, les Giallorossi ont dépensé une centaine de millions d'euros pour recruter douze joueurs dont deux seulement sont devenus des titulaires (Welsey et Malen).
Durant toute cette semaine, les deux clans se sont opposés à Trigoria. Il y a eu tout d'abord la carte de l'ignorance, en s'évitant ainsi le maximum possible dans les couloirs et durant les repas, même en présence des joueurs. Puis il y a eu celle de la confrontation, puisque Dan Friedkin, le grand patron américain, a multiplié les visioconférences pour calmer tout ce petit monde. En vain. Ranieri, son homme de confiance, a prévenu qu'il était prêt à faire ses valises si Gasperini ne partait pas. Et Gasperini, qui pensait recevoir le soutien public de son président, a lui aussi fait savoir qu'il ne repartirait pas pour une saison de plus dans ces conditions. Pour poursuivre son projet de trois saisons, il souhaite que le duo Massara - Ranieri soit remercié et qu'une partie du staff médical, avec qui il a eu également des tensions au sujet du retour de certains joueurs, dont son arrière droit Wesley, qui s'estime prêt à revenir sur les terrains mais qui fait face à l'avis contraire des médecins.

Totti tape du poing sur la table

Face à cette situation ubuesque, Dan Friedkin ainsi que Ryan, son fils, ont réclamé une trêve jusqu'à la fin de saison. Ensuite, viendra certainement le temps de prendre une décision radicale. Mais comment trancher entre ces deux figures cruciales ? Comment choisir entre Gasperini, cet entraîneur si méthodique qui a su se faire apprécier par le vestiaire, les tifosi, et qui devait symboliser enfin la stabilité et l'avenir du club, et Claudio Ranieri, considéré comme une figure clé du projet mais qui semble désormais prêt à rendre son tablier ? Cette décision marquera sans aucun doute un tournant pour le futur proche de la Roma, un club fragile qui souffre d’instabilité chronique depuis trop d'années. Au point que Francesco Totti a fini par se mêler de toute cette histoire.
picture

Ranieri et Gasperini, Roma

Crédit: Getty Images

"En tant que supporter de la Roma, l’objectif commun et principal est de rester unis, même s’il existe des tensions internes, a déclaré le légendaire capitaine cette semaine lors d'un évènement publicitaire. Gasperini comme Ranieri doivent avoir du respect envers les supporters de la Roma et envers le club. J’espère qu’ils uniront toutes les forces disponibles, puis à la fin du championnat, on fera les comptes. Le seul objectif, c’est la Roma, et nous, les Romanisti, espérons pouvoir aller dans la même direction. Des problèmes, il y en a partout, mais exposer ces problèmes n’est pas juste. Ou du moins, ce n’est pas juste de le faire maintenant. Cela pouvait se faire à un autre moment."
Annoncé comme proche ces dernières semaines, son retour dans l'organigramme du club a finalement été mis en stand-by par les Friedkin, dans l'attente d'y voir plus clair sur l'issue du conflit entre Gasperini et Ranieri. Sans le savoir, ce dernier avait d'ailleurs été prophétique. Le 17 juin 2025, au moment de présenter son nouvel entraîneur à la presse, il avait déclaré : "Gasperini ? Il m’était antipathique à moi aussi (rires). C’est lui qui a été choisi et, parmi tant de noms, j’ai proposé le sien parce que je suis convaincu que la Roma a besoin d’une forte personnalité, d’un entraîneur qui ne se contente jamais, qui est toujours impliqué, toujours en colère, à qui rien ne va jamais, qui veut progresser, qui veut faire progresser l’équipe, qui veut faire progresser chaque joueur. Je crois que c’est de cela dont la Roma a besoin pour devenir grande." Pas certain que "Sir Claudio" soit encore du même avis aujourd'hui...
Rejoignez Plus de 2M d'utilisateurs sur l'app
Restez connecté aux dernières infos, résultats et suivez le sport en direct
Télécharger
Partager cet article
Plus de détails
Publicité
Publicité