Serie A I Cremonese I Jamie Vardy, la symphonie italienne
Eurosport sur GoogleJamie Vardy avait promis, un jour, qu'il jouerait encore au football de haut niveau à ses quarante ans. Pas encore quadragénaire, l'attaquant anglais est bien parti pour tenir sa promesse. Débarqué en Italie cet été pour vivre une drôle d'aventure à la Cremonese, l'ancien buteur de Leicester a déjà inscrit deux buts, dont un face à la Juventus Turin.
Jamie Vardy (Cremonese)
Crédit: Getty Images
C'est l'un des transferts qui a échappé à bien du monde l'été dernier. Vous compris, d'ailleurs, et on ne vous en voudra pas. Car qui s'était aperçu, honnêtement, que Jamie Vardy avait rejoint l'Italie et le petit club de la Cremonese, promu en Serie A cette saison ? Oui, on parle bien du héros de Leicester, capable d'inscrire 200 buts en 500 matches toutes compétitions confondues entre 2012 et 2025 pour les "Foxes" et qui a remporté, surtout, le titre de champion d'Angleterre en 2016, considéré comme le sacre le plus improbable de toute l'histoire de la Premier League sous la conduite de Claudio Ranieri.
Jamie Vardy, c'est aussi l'histoire d'un joueur habitué à évoluer dans des niveaux inférieurs et devenu, lors de la saison 2019-2020, le meilleur buteur de Premier League avec 23 buts. Sans oublier ses 26 capes en équipe d'Angleterre (7 buts). Adoré par une bonne partie de son pays, tant pour sa simplicité que sa trajectoire hors norme, Vardy a donc décidé de tenter l'aventure italienne. À 38 ans, lui ne se voyait pas s'exiler dans un championnat mineur. Qu'importe s'il l'aurait rendu plus riche. Le natif de Sheffield avait un vœu : poursuivre au haut niveau. Et quand la Cremonese, tout juste promue dans l'élite transalpine, a décidé de tenter le coup un peu à l'aveugle, Vardy a tout de suite été séduit.
"StradiVardy est là", annonçait sur ses réseaux sociaux le club lombard début septembre, en commentaire d'une photo de Vardy posant aux côtés d'un Stradivarius, célèbre violon fabriqué aux XVIIème siècle à Crémone dans l'atelier du luthier Antonio Stradivari. Dans le sillage d'autres vétérans débarqués dans la Botte, de Luka Modric à l'AC Milan à Kevin de Bruyne à Naples, sans oublier Raul Albiol du côté de Pise, l'attaquant britannique s'est engagé pour un contrat d'un an, jusqu'en juin 2026, assorti d'une option pour une saison supplémentaire. Son salaire ? Un million d'euros, pas plus. Lui n'est pas venu à Cremone pour ça.
Un champion extraordinaire
"Si quelqu'un m'avait dit que j'aurais recruté Vardy, je lui aurais dit qu'il était fou, a avoué Simone Giacchetta, le directeur sportif du club, lors de la conférence de presse de présentation du joueur. Mais dans le football, certaines distances peuvent être comblées... C'est un champion extraordinaire et de très haut niveau. Mais c'est surtout sa personne, plus que le joueur en lui-même, qui nous a poussé à foncer. On nous a proposé beaucoup de joueurs, mais nous ne voulions pas nous éloigner des valeurs fondamentales de notre groupe. Nous avons cherché des joueurs qui avaient faim, envie de se remettre en jeu. Et c'est ce que lui veut faire ici. Nous sommes fiers d'avoir avec nous un exemple d'un homme normal qui est devenu spécial à travers ses valeurs."
Mais avant d'accepter cette destination, Jamie Vardy a consulté tous les aspects de ce possible transfert. "Je n'ai omis aucun facteur : avant tout la famille, et heureusement la technologie peut nous aider avec la distance, reconnaissait-il. J'ai parlé en visio avec l'entraîneur pendant environ 45-60 minutes, et il m'a transmis sa passion. J'ai ensuite dit à mes enfants que nous allions partir à l'étranger. Ils ont tout de suite montré beaucoup d'enthousiasme. Ils arriveront dans un second temps en raison du visa, mais nous sommes tous très heureux de cette nouvelle expérience (...) Pendant toute ma carrière, j'ai été sous-côté, mais j'ai travaillé pour faire taire tout le monde, et j'ai réussi. L'objectif de la Cremonese est de se sauver, cela me rappelle Leicester. Je crois au maintien de cette équipe et je veux me battre pour démentir les pronostics, c'est ce qui m'a aussi convaincu à venir."
Enzo Maresca a lui aussi joué un rôle décisif dans le transfert Vardy. L'entraîneur de Chelsea, qui a eu l'attaquant anglais sous ses ordres durant la saison 2023-2024, n'a pas hésité à lui recommander cette destination. "On a parlé tout l'été, il a eu de très belles paroles sur la ville et le club. À partir de ce moment, je n'ai plus hésité une seconde", avouait l'intéressé, à qui on avait promis "un endroit calme et paisible". Sauf que les tifosi, presque incrédules de le voir débarquer dans leur ville d'un peu plus de 70.000 habitants, lui ont réservé un accueil triomphal. Certains ont même sauté dans leur voiture pour se rendre à l'aéroport de Linate, à Milan, situé à une bonne centaine de kilomètres, afin de le célébrer dès sa sortie de l'avion.
"C'est vraiment tout l'inverse du calme qu'on m'avait dit", plaisantait-il en conférence de presse. Son maillot floqué du numéro 10 est d'ailleurs l'un des plus vendus cette saison à la Cremonese, qui est l'une des surprises de ce début de saison en Italie. Avec 14 points, elle figure actuellement à la dixième place du classement à seulement quatre points des places européennes, et surtout huit devant la zone rouge.
"Il a encore faim"
Très rapidement, Vardy s'est mis au charbon. Peut-être trop, même, puisqu'il a subi une première alerte musculaire après avoir disputé ses premières minutes face à l'Hellas Vérone le 15 septembre. Absent face à Parme puis sur le banc contre Côme, il a ensuite retrouvé du temps de jeu lors du déplacement à Milan face à l'Inter juste avant la trêve internationale d'octobre. L'occasion pour lui de se retaper définitivement, et d'enchaîner à la reprise quatre titularisations consécutives, quatre fois 90 minutes... et surtout ses deux premiers buts. Le premier contre l'Atalanta (1-1) en bon renard des surfaces. Puis le deuxième le week-end dernier lors de la réception de la Juventus Turin (1-1), où il s'est mis dans sa poche le défenseur turinois Federico Gatti, incapable de le suivre dans le duel physique. "Jamie Vardy fait des choses à la Jamie Vardy", écrira sur X le compte officiel de la Serie A. "C'est tout simplement un champion", résumera quant à lui Luciano Spalletti, le nouveau technicien de la Juventus, après la rencontre.
"C'est un plaisir que les personnes puissent l'admirer dans ce championnat, s'est félicité Davide Nicola, l'entraîneur de la Cremonese, jeudi, alors que Vardy devrait enchaîner son cinquième match de suite comme titulaire. C'est un professionnel incroyable qui sait parfaitement comment se gérer et doser. C'est un animal de match, et ça, c'est une grande qualité pour un athlète, comme il a ce pouvoir de s'activer dans les moments décisifs du match qui est extraordinaire. Il se sent bien physiquement, je pense seulement qu'il avait besoin de reprendre un certain rythme à l'entraînement avec l'équipe et, aujourd'hui, il répond présent. Son comportement donne de la confiance à toute l'équipe."
À l'entraînement aussi, où il multiplie les exercices pour maintenir sa vitesse et ses jambes de quasi quadragénaire, mais qui ont toutefois moins de saisons professionnelles au compteur que d'autres, puisque lui a vu sa carrière décoller sur le tard. "Mes articulations sont moins usées, c'est vrai (...) Mes exercices sont basés sur la haute vitesse, et visés pour casser les lignes avec un sprint tranchant", analysait-il dans des propos relayés par La Gazzetta dello Sport.
Continue-t-il avec son célèbre rituel d'avant-match, révélé en 2016 et basé sur trois canettes de Red Bull (la première chez lui, la deuxième en arrivant au stade, et la troisième juste avant le coup d'envoi), une omelette au fromage et au jambon et un double expresso ? Seul lui le sait. "Ce qui est certain, c'est que c'est un joueur qui a encore une grande faim", répétait Davide Nicola jeudi. Et il ne parlait pas de sa collation.
Plus de détails
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