Serie A I Quatre licenciements d'un coup, Zlatan Ibrahimovic tout-puissant : à l'AC Milan, silence ça coule...
Eurosport sur GoogleLe grand ménage. Lundi, au lendemain de l'une des plus tristes soirées de l'histoire récente de l'AC Milan, capable de perdre contre Cagliari (1-2) à domicile et manquer une qualification en Ligue des champions qui lui tendait les bras, le grand patron américain Gerry Cardinale a tout simplement décidé de virer l'ensemble de ses dirigeants et son entraîneur. Et maintenant ?
"Il a recadré des joueurs" : De Zerbi, le pari réussi de Tottenham
Video credit: Eurosport
"You're fired !" Avant d'accéder à la Maison Blanche, Donald Trump, alors simple homme d'affaires, s'était rendu célèbre avec ces deux mots, littéralement "vous êtes viré", dans l'émission de téléréalité The Apprentice diffusée à partir de 2004 sur la chaîne NBC. L'actuel président des États-Unis, qui faisait passer des entretiens d’embauche à plusieurs candidats, se voulait sans pitié au moment de leur montrer la porte.
Il n'a pas eu plus de compassion, d'ailleurs, et cette fois dans la réalité et sans télé, au moment de licencier plusieurs membres de l'administration américaine depuis son retour au pouvoir en janvier 2025. Toujours avec son "you're fired !", évidemment. Un modèle qu'a visiblement décidé d'exporter un autre homme d'affaires américain, Gerry Cardinale, patron du fonds d'investissement RedBird Capital Partners et qui détient notamment le TFC en France mais surtout l'AC Milan en Italie.
Devenu le "boss" du club lombard à l'été 2022, ce dernier avait par exemple viré un an plus tard Paolo Maldini, légendaire capitaine milanais devenu dirigeant victorieux. Un petit-déjeuner en tête-à-tête dans la capitale lombarde en quinze minutes chrono, un communiqué laconique de quelques lignes et l'affaire était pliée.
Un style très "américain" qui passe parfois mal en Europe. Mais qu'importe pour le très peu empathique Gerry Cardinale, qui a décidé de remettre ça lundi après le nouveau fiasco de son équipe, capable de terminer sa saison à la cinquième place et sans qualification en Ligue des champions après avoir même rêvé du titre. Présent dans les tribunes de San Siro lors de la défaite fatale contre Cagliari (1-2) dimanche soir, copieusement sifflé et insulté par la majorité des tifosi, qui réclament son départ depuis la saison passée, l'homme d'affaires, dans une colère noire, a provoqué un séisme en annonçant... quatre licenciements. Quatre "you're fired" en une seule fois.
Quatre années, un bilan catastrophique
"L'heure est venue d'un changement et d'une profonde réorganisation du secteur sportif du club. Se concluent avec effet immédiat les missions de l'administrateur général Giorgio Furlani, du directeur sportif Igli Tare, de l'entraîneur en chef Massimiliano Allegri et du directeur technique Geoffrey Moncada", indiquait le communiqué de RedBird lundi sur le site du club, rappelant que "la mission fixée par le propriétaire était claire : revenir en Ligue des champions et poser les bases pour gagner et rester durablement au sommet de la Serie A". Un grand coup de balai avant de regagner les États-Unis, mardi, mais avec la promesse de revenir très vite en Lombardie. Où la pagaille est totale.
Car si d'un côté du Naviglio (le plus ancien et le plus célèbre des canaux de Milan), les tifosi de l'Inter Milan continuent de célébrer son doublé Scudetto-Coupe d'Italie, de l'autre ceux de l'AC Milan se demandent bien de quoi l'avenir de leur club sera fait. Ils pensaient enfin être sortis d'un long tunnel avec la victoire du titre en 2022 ? Les revoilà replongés dans l'obscurité depuis 2023 et le rachat de RedBird Capital.
Le bilan est en effet sans appel : une 4e place la première saison (grâce à la pénalité de 10 points de la Juve), puis une deuxième, une huitième et une cinquième, pour un retard cumulé de 75 points sur les différents champions. Un gouffre. Sans oublier quatre entraîneurs consommés (Pioli, Fonseca, Conceiçao, Allegri), des millions jetés par les fenêtres et des contestations qui se multiplient. Invité à faire ses valises par les supporters, parfois de manière très virulente, Cardinale ne lâche pourtant rien. Bien au contraire. Après avoir fait table rase, le voilà décidé à prendre les choses en main. Avec l'ambition non seulement de relancer la machine milanaise, mais aussi de servir carrément de modèle pour tout le football italien.
Des journalistes en colère
C'est en tout cas ce qu'il a assuré, lundi, au moment de discuter avec plusieurs journalistes triés sur le volet dans un célèbre hôtel de la capitale lombarde. L'homme d'affaires de 59 ans, qui n'a toujours pas donné la moindre conférence de presse publique depuis son arrivée à Milan, estimant que son point de vue serait incompris par la plupart, préfère ainsi communiquer via des entretiens écrits. Et pas avec n'importe quel média.
Il y a quinze jours, au vu d'une situation devenue très tendue sur le terrain comme en dehors, il acceptait de donner un entretien commun à La Gazzetta dello Sport, le principal quotidien sportif italien, et au Corriere della Sera, le média généraliste le plus lu de l'autre côté des Alpes. Cette fois, il a innové en conviant plusieurs confrères pour du "off the record". Comment ont-ils été choisis ? Vraisemblablement selon leur média d'appartenance et leur communication des derniers mois. Les suiveurs les plus "hostiles", eux, n'ont pas été invités.
"La Chief Brand Officer, Francesca Montini, a décidé de ne pas inclure de nombreux journalistes dans la rencontre avec Cardinale (y compris notre rédaction) parce qu’ils avaient trop critiqué le travail du propriétaire. D’ailleurs, qu’aurait-on dû écrire après quatre échecs consécutifs ? Comme si Cardinale n’avait jamais pris de décisions durant ces quatre années. Malheureusement, il en a pris, et elles se sont toutes révélées mauvaises", écrivait mardi Antonio Vitiello, directeur du site spécialisé et très suivi MilanNews.
Au cours de cette rencontre, Cardinale, accompagné d'un traducteur, a notamment dressé les futures lignes directrices du Milan. Il veut par exemple profiter de ce fiasco pour tout recommencer à zéro, regrettant d'avoir trop délégué au cours des dernières années. Le patron du club lombard souhaite aussi mettre fin aux divisions internes (Tare-Allegri d'un côté, Moncada-Furlani-Ibrahimovic de l'autre), qui ont fini par miner la saison des Rossoneri, et sa volonté est celle de miser sur un entraîneur aux idées modernes, offensives, à la Cesc Fàbregas (entraîneur de Côme). Cardinale souhaite tout simplement rompre avec le modèle italien, jugé vieillissant et trop conservateur, que ce soit sur le terrain ou dans les infrastructures. "Son plan est de tout effacer pour tout reconstruire en gérant personnellement le club", précisait le Corriere della Sera.
Zlatan le survivant
"Après une nuit blanche (de dimanche à lundi, ndlr), le propriétaire du Milan et de RedBird a décidé de faire table rase. Convaincu qu’ils ne sont pas nombreux à partager ses tourments au sein de l’équipe (à l’exception de Modric, Pulisic, Pavlovic et Saelemaekers) et peut-être aussi à Casa Milan : le manque de passion, le fait que pour beaucoup de ceux qui portent le maillot rossonero, gagner ou perdre ne fasse finalement pas une grande différence, est considéré comme l’un des principaux problèmes", indiquait encore La Gazzetta dello Sport.
Le vestiaire milanais n'a que très peu apprécié ces allégations. "Il y avait des joueurs au bord des larmes dimanche, tous les joueurs étaient anéantis", précise un agent de l'un d'entre eux. Le Corriere della Sera précisait, de son côté, que seul Igli Tare a été aperçu en train de célébrer l'ouverture du score de l'international belge Alexis Saelemaekers dimanche soir. Comme si les autres se souvenaient qu'en cas de qualification en Ligue des champions, le contrat de Max Allegri se prolongeait automatiquement d'une saison...
Pour l'accompagner dans cette reconstruction totale, Gerry Cardinale a décidé de garder à ses côtés Massimo Calvelli, membre du conseil d'administration et ancien directeur général de l’ATP de 2020 à 2025, et surtout Zlatan Ibrahimović, son conseiller mais aussi associé, puisque l'ancien attaquant suédois a investi dans RedBird Capital. Il est le seul survivant de l'épuration de lundi.
S'il avait décidé de se mettre en retrait cette saison, Zlatan avait eu un rôle central lors de la précédente, présentant notamment l'entraîneur de l'époque (Paulo Fonseca) et toutes les recrues arrivées sur le mercato. Sa présence était quotidienne à Milanello. Ces derniers mois, il n'y a plus mis les pieds en raison de sa relation glaciale avec Allegri, avec qui il en serait presque venu aux mains. Plusieurs médias ont également révélé des interférences de la part de l'ancien avant-centre du PSG, qui n'aurait pas hésité à appeler certains joueurs pour leur donner des conseils tactiques, en plus de leur expliquer que le club envisageait de s’en séparer cet été.
Face à ce marasme, celui qui était pourtant l'idole des tifosi a également été invité à faire ses valises. "Personne ne doit rester : Ibra doit dégager, maintenant", pouvait-on lire sur une banderole de la Curva Sud devant les bureaux de Casa Milan lundi, avant que celle-ci ne soit rapidement retirée par un salarié. "Allegri et Tare les seuls vrais hommes, Ibra le mal absolu", récitait une autre devant San Siro. Et pourtant, c'est bien lui qui ressort le grand gagnant de cette lutte interne.
Alors qu'il endossera bientôt le costume de consultant pour la chaîne Fox Sports en vue de la Coupe du monde de la FIFA 2026, Zlatan, qui va désormais s’éloigner du club pendant plusieurs semaines, compte tout régler avant son départ. Administrateur délégué, directeur sportif, responsable du scouting, entraîneur : tous devraient être nommés dans les prochains jours. Le nom de Ralf Rangnick, grand artisan du projet Red Bull à Salzbourg et Leipzig au début des années 2010, revient avec insistance pour le poste de responsable technique. Signe d'une volonté nette de rompre avec le passé et démarrer un tout nouveau projet. Andoni Iraola, qui va quitter le banc de Bournemouth, semble lui destiné à rejoindre celui de Crystal Palace malgré le grand intérêt milanais. Tant pour des raisons familiales (ses proches souhaitent rester en Angleterre) que techniques (budget etc).
Viendra ensuite le temps du mercato, avec un effectif à reconstruire et des envies inévitables de départ à gérer. Quid de Luka Modrić sans Ligue des champions ? Adrien Rabiot ? Mike Maignan ? Rafael Leão ? L'international portugais a d'ailleurs laissé filtrer sa déception après avoir appris que le propriétaire du club l'ait considéré cette semaine comme un joueur sans caractère et sans personnalité, loin du leader espéré. Son cycle serait même considéré comme terminé dans les hautes sphères du club lombard, un constat que l’intéressé rejette totalement. Face à tout ce marasme ambiant, l'AC Milan ressemble aujourd'hui plus au Titanic qu'à un bateau ivre. Silence, ça coule...
Publicité
Publicité
/origin-imgresizer.eurosport.com/2025/11/13/image-5cd09111-6363-41cb-85a6-74092166487e-68-310-310.jpeg)