La FA Cup, un nouveau sacrilège

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La fédération anglaise a décidé d'innover encore une fois, qu'importe ses traditions. Désireuse de "moderniser" sa Cup, la FA a décidé de commander une musique pour associer une "image de marque sonore" à la FA Cup. Le souci : la plus ancienne coupe de l'histoire du football possède déjà son hymne avec Abide With Me. Un crime de lèse majesté pour Philippe Auclair.

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LA FA Cup a déjà son hymne, et quel hymne: Abide With Me ("Reste avec moi, Seigneur"), composé par le pasteur anglican - écossais! - Henry Francis Lyte, chanté avant le coup d'envoi de la finale depuis 1927 (*). Quiconque a entendu sa magnifique mélodie ne peut l'oublier, quand bien même, depuis plus d'une décennie, la FA croit bon de devoir en confier l'interprétation à des ténors et sopranos de qualité discutable, dont les voix suramplifiées couvrent immanquablement celles de la foule. Cela ne suffit apparemment plus. Comme le Times l'a révélé, la FA a accouché d'une idée qui fera frémir tous les amoureux de la plus ancienne coupe de l'histoire du football.
Une filiale du groupe Américano-Néerlandais Universal, la plus grosse holding de l'industrie musicale au monde, s'est vue charger par la fédération de confectionner - accrochez-vous, ces mots font plutôt mal à lire ou à écrire - une "image de marque sonore" (sonic branding), comprendre: un morceau qui serait joué dans les stades avant le coup d'envoi, lors de la traditionnelle poignée de mains entre joueurs et arbitres. La Coupe d'Angleterre féminine n'échappera pas au massacre et se verra dotée d'un hymne différent.
Nous sommes uniques !
C'est peu dire que personne ne ressentait la nécessité de cette innovation avant que les responsables du marketing de la FA convainquent leur hiérarchie que c'était ce dont la Cup avait besoin. Leur argument, selon le Times, est que la vieille dame, dont la 145e finale se jouera le 16 mai, a besoin d'un nouveau maquillage, plus "frais" et plus "moderne", fin de citation. Que faire ? Eh bien, faire comme l'UEFA, dont l'hymne est connu et reconnu dans le monde entier.
Il n'a apparemment pas traversé l'esprit des augustes décideurs de la FA que l'UEFA avait besoin de donner une identité à une nouvelle compétition, pas d'en rafraîchir une déjà établie depuis presque un siècle et demi, à laquelle les supporters restent passionnément attachés. Curieuse logique. "Nous sommes uniques !", dit la FA à qui veut l'entendre, pour conclure, "alors, faisons comme les autres".
Une ironie supplémentaire est que l'hymne de la Ligue des champions fut composé par un musicien britannique, Tony Britten, qui se contenta de décalquer l'air de Zadok the Priest, écrit par George Handel pour le couronnement de George II en 1727. Cette fois-ci, Dieu sait qui - ou quoi - pondra cet oeuf qu'on espère musical. Le choix d'une multinationale basée à Hilversum et Santa Monica plutôt qu'à Londres ou Manchester n'est pas fait pour rassurer.  Comme si l'Angleterre n'avait pas suffisamment de musiciens pour s'atteler à la tâche s'ils y tiennent tant que ça, à leur hymne.
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C'est quoi qu'ils ne comprennent pas ?
On ne peut pas dire que les supporters aient réservé un accueil chaleureux au projet de la FA.  Voici quelques morceaux choisis picorés sur les réseaux. "La finale de l'année dernière [entre Crystal Palace et Manchester City, qui donna aux Eagles le premier grand trophée de leur histoire] aurait vraiment dû leur montrer que ce sont les supporters qui font la magie de cette journée, et que le meilleur moyen de rendre la compétition unique est de leur donner la parole et de créer une ambiance incroyable. Cela serait bien plus efficace à la télévision qu'un hymne qui sera noyé dans la clameur [de la foule]". "C'est quoi qu'ils ne comprennent pas ? On n'a pas besoin de ce genre de merde ! Les supporters créent une ambiance cent fois meilleure que ce que ces types peuvent inventer!" Le reste était à l'avenant.
Quelle mouche a donc piqué la FA, qui n'en finit pas pourtant de bassiner le grand public avec la "magie" de sa Cup et sa "tradition unique"? Seraient-ils hantés par la peur de voir leur compétition devenir une note en bas de page du Grand Livre du Football anglais?
C'est que le désir de la FA de "rafraîchir" et de "moderniser" sa Cup pourrait faire croire que celle-ci est victime du désenchantement des foules; mais aucune base statistique n'étaye l'hypothèse d'un déclin de son attractivité auprès des supporters. Les affluences se sont stabilisées aux alentours de deux millions de spectateurs par saison (1,97 en 2024-25) depuis le début des années 2020, en dépit de l'abandon total des matches à rejouer en avril 2024, et ce, dès le premier tour du tournoi, malgré l'opposition de la Football League.
De fait, ces affluences sont en hausse depuis 2020-21, quand "seulement" 1,5 million de spectateurs avaient pris place dans les tribunes: 1,9 million en 2021-22, puis 2,02 et 2,33 millions (record au 21ème siècle) les années suivantes, la fin des replays expliquant le tassement des chiffres la saison passée. Mieux: dans les années 1980, et donc avant la création de la Premier League en 1992-93, la compétition peinait souvent à dépasser le million de spectateurs in toto. Les affluences ont quasiment doublé depuis et ne donnent aucune indication de fléchir.
De plus, nous sortons d'un grand cru 2025, qui vit le triomphe de Crystal Palace, et sommes partis pour un autre tout aussi prometteur, avec la victoire aux tirs au but de Wrexham sur Nottingham Forest et, surtout, l'invraisemblable succès de Macclesfield (D6) face au tenant, Palace, justement, qui fit la une de tous les journaux et l'ouverture de tous les programmes d'informations télévisés il y a moins d'un mois de cela.
La FA n'a pas à se plaindre non plus du désintérêt des diffuseurs, puisque TNT a emporté les droits TV pour la période 2025-29 en enchérissant à hauteur de 306 millions d'euros, un nouveau record, la BBC conservant les droits de diffusion en clair pour 15 matches, dont la finale. Cela ne se passe pas trop mal à l'étranger non plus, où, par exemple, le 32ème de finale entre Port Vale (D3) et Fleetwood Town (D4) fut diffusé en direct ce 9 janvier dans plus de cinquante pays, dont les USA, le Brésil...et Vanuatu. Liverpool-Barnsley, autre 32 ème de finale, était visible dans plus de cent territoires. Il y en aura le double pour la finale. Cela n'empêche pas les fossoyeurs de la FA Cup de se relayer au chevet de la supposée agonisante et de la pleurer comme si le corbillard était déjà garé à la porte. Il est vrai que la FA est au volant; et c'est cela qui doit inquiéter.
 
(*) Cet hymne anglican fut entendu pour la première fois à Wembley en 1923, quand le choeur réuni pour l'occasion l'entonna pour calmer les esprits. Une foule immense s'était pressée au stade (300 000 personnes environ, alors que la capacité du Imperial Stadium  était de 133 000) et avait envahi la pelouse. La chanson Abide With Me fut officiellement ajoutée au programme de la finale quatre ans plus tard.
 
 
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