Il sauve à lui tout seul ce Championnat du monde dont il ne sera pas le roi cette saison. Ses défaites sont des morceaux de bravoure et la preuve de ce que l'on peut faire de mieux contre la machine à gagner Lewis Hamilton. Il ne saisit pas des occasions, il se les crée lui-même. Parfois pour tomber dans un piège qui n'existait pas comme à Silverstone dimanche dernier en courant après le point du meilleur tour en course. Etre où on ne l'attend pas, en piste ou dans la voie des stands, c'est son credo. Il pilote comme un joueur d'échec capable de sacrifier sa pièce la plus importante pour ouvrir une brèche qu'il s'est promis d'agrandir. Farouche partisan de la solution offensive, il a fait dire à Flavio Briatore qu'il est "le gladiateur que les gens aiment". Bref, même lorsqu'il trouve plus rapide que sa Red Bull, il est l'incarnation de cet autre adage de la course qui rappelle qu'on n'est jamais battu tant que quelqu'un d'autre n'a pas franchi la ligne d'arrivée en vainqueur.

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Max Verstappen, c'est tout ça. De l'opportunisme et bien plus, depuis le début. Sa première course dans un top team - Red Bull - à Montmelo en 2016, en fait. Un triomphe construit sur un suicide des Mercedes et une résistance impassible à Kimi Räikkönen et sa Ferrari. Vis-à-vis de beaucoup de pilotes prometteurs, on se demande toujours quand viendra le temps de la révélation. Le Batave n'est pas passé par là : il a apporté la réponse avant la question.

A 18 ans et demi, il tenait son premier record de précocité. Il fonçait sur le boulevard de la gloire. On le croyait inarrêtable façon Fernando Alonso ou Sebastian Vettel, plus jeunes vainqueurs jamais vus en Formule 1 et champions deux ans plus tard. L'histoire n'était pas faite pour se répéter, la courbe de ses résultats s'est nettement infléchie : il n'est pas devenu le détenteur du record de la pole position la plus précoce, en Hongrie l'an dernier, et ne sera pas le plus jeune pilote sacré. Encore faudrait-il qu'il le soit un jour, ce que l'on espère pour lui et pour le sport.

A défaut d'être proche de cet objectif cette année, il s'y prépare en façonnant son pilotage, en lissant son comportement. En 2016, à Spa, il avait défrayé la chronique par ses actions défensives effrontées contre les pilotes Ferrari. Il s'attaquait à un puissant du paddock, et un autre - la FIA - l'avait absout. "Il n'y a pas eu de pénalité, donc il n'y a aucune raison de changer quoi que ce soit", avait-il lancé. Quand bien même aurait-il été sanctionné, il n'aurait peut-être rien changé.

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Le Honda "best of the rest"

On commençait donc à le connaître à travers cette arrogance dérangeante. Il avait ce pouvoir de cristalliser les critiques pour mieux les laisser glisser sur lui en se trouvant des défenseurs de circonstances. Jusqu'à ses rivaux. Le vide était une providence, mais pas pour longtemps : la FIA allait clarifier la règle, codifier les manœuvres d'obstruction que l'on pensait pourtant claires. L'interdiction de se décaler sur un freinage était une jurisprudence à sa mesure. D'ailleurs, elle est encore appelée aujourd'hui "règle Verstappen".

Pourtant, on n'avait pas tout vu ! A Austin, en 2018, l'as de Red Bull franchit les limites qu'il pensait impunies en passant Kimi Räikkönen avec les quatre roues hors de la piste. Dans les annales de la FIA, il existait bien une règle pour prévenir ce genre d'écart. Droit dans ses bottes, il avait rejeté son déclassement au motif qu'il fallait le laisser produire du spectacle, parce qu'il y parvenait mieux que d'autres. A l'entendre, c'est Mozart qu'on assassinait. Il avait le visage de l'effronté, il n'a jamais recommencé et c'est à l'aune de ce fait qu'on peut le cerner. Comprendre que l'outrance est son arme et qu'il sait y renoncer.

Avec Max Verstappen, le subterfuge n'était jamais loin et il ne paraissait pas tellement avancer sur le plan de la gestion de sa carrière, la nécessité d'appréhender un championnat dans sa globalité pour devenir un candidat crédible au titre. De ce point de vue, il a évolué et, il faut le reconnaître, la polémique ne le suit plus en piste depuis Austin 2018, et non plus dans les médias depuis sa sortie à Austin (encore !) en 2019, lorsqu'il avait accusé Ferrari de tricher. Ce qui, question transfert, lui avait fermé les portes de Maranello pour un bon moment.

Non, Max Verstappen a aussi pris une nouvelle dimension l'an dernier en se forgeant un vrai statut de leader d'équipe, à 22 ans, à travers les risques qu'il a pris. Il a cru au projet Honda et il en est aujourd'hui récompensé : la RB16 est la machine la mieux pourvue en termes de puissance derrière Mercedes. Le moteur nippon, qui a fait des progrès notables en matière de fiabilité, affiche selon les révélations de motorsport.com 994 chevaux contre 1022 au propulseur allemand. Le Renault suit avec 985 chevaux et le Ferrari ferme la marche avec 980 chevaux. Certes, le concept d'Adrian Newey de châssis dont le fond plat est incliné vers l'avant a peut-être vécu, mais la perspective d'un renouveau est désormais de mise. Car l'aéro a enfin offert le rendement espéré à Silverstone le week-end dernier. "Une fois que l'on sait où est le problème, il suffit de mettre les bonnes pièces sur la voiture pour recommencer à progresser", dit-il. Ça paraît simple et ça pourrait l'être si Mercedes ne boxait pas dans une autre catégorie.

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"Je n'ai même plus besoin de regarder les data"

Abonné à la deuxième ligne sur la grille, il sait qu'il ne lui manque pas grand-chose pour être dans le match. En tous les cas il en est persuadé et va s'évertuer à le prouver. "J'espère qu'on va pouvoir augmenter un peu la pression (sur Mercedes), lance-t-il, avant le cinquième rendez-vous de la saison, le Grand Prix du 70e anniversaire. Ça reste très difficile de vraiment se battre avec les Mercedes pour des victoires ou le titre, mais notre voiture s'améliore. Elle est plus prévisible", note-t-il.

"Lewis Hamilton n'est pas Dieu", avait-il lancé en début d'année, mais son chemin va peut-être s'avérer long avant de retrouver la plus haute marche du podium. Quoique. Sans un arrêt pour viser le point-bonus dimanche, il aurait profité des déboires des Mercedes. Mais ça aussi, il ne le regrette pas.

Obligé à la patience, il a aussi conscience qu'il pourrait être aujourd'hui dans la Mercedes s'il avait rejoint le programme de jeunes pilotes en 2015. Lewis Hamilton et Nico Roberg étaient quand même bien installés au sein de l'équipe allemande et les perspectives d'accéder à un poste de titulaire étaient quasiment nulles. "Je n'ai aucun regret", a-t-il assuré à la chaîne britannique Channel 4, à ce propos. Mieux, la suite de sa réponse en dit long sur son état d'esprit : "Ce qui doit arriver arrive, en bien comme en mal pour moi dans le but de devenir un meilleur pilote."

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A ses dires, 2019 a été déterminante. "On peut le voir dans les décisions cruciales que nous avons prises (ndlr : passer au Honda entre autres), dit-il. Nous avons eu une bonne communication et une compréhension mutuelle. Je n'ai même plus besoin de regarder les data car nous savons exactement ce que nous voulons."

Si Honda n'a pour l'heure confirmé sa présence en Formule 1 que pour 2021, il a rempilé jusqu'en 2023. Avec un salaire doublé de 30 millions d'euros par an. Une façon bien concrète pour Red Bull de lui montrer elle aussi sa confiance.

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