Il est Australien. Il a gagné les trois derniers championnats auxquels il a pris part ces trois dernières années. Il est aux portes de la Formule 1 et il fait partie du vivier de l'écurie Alpine mais il ne roulera pas vendredi dans les rues de sa ville natale, Melbourne. Oscar Piastri attendra donc, car à l'heure de la révolution des monoplaces à effet de sol, les équipes ont besoin de faire rouler leurs titulaires.
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Oscar Piastri, 20 ans, est le grand espoir de la Formule 1 ; "The next big thing" comme on dit dans le paddock. Ce week-end, au Grand Prix d'Australie, on le verra caques sur les oreilles dans le garage bleu en train d'écouter les conversations entre Fernando Alonso, Esteban Ocon et le staff technique d'Alpine. Pour préparer la succession du double champion du monde et vétéran espagnol de 40 ans, puisque le patron Laurent Rossi, l'a décidé ainsi.
Grand Prix d'Australie
"Piastri arrive, c'est le prochain gros crack de la Formule 1"
16/06/2022 À 11:55
Pour l'instant, c'est le parcours parfait. Il a remporté l'Eurocup de Formule Renault en 2019, le championnat de Formule 3 en 2020 puis celui de Formule 2, toujours en tant que débutant, en 2021. Mais la Formule 1 n'est pas tout à fait une méritocratie et il s'est fait doubler par le Chinois Guanyu Zhou, le troisième de la Formule 2, qui a acheté son baquet chez Alfa Romeo pour rouler en Formule 1 dès cette année.
Si Fernando Alonso ou Esteban Ocon venait à être indisponible, il les remplacerait. De même que Lando Norris ou Daniel Ricciardo car Alpine a conclu un accord avec McLaren pour lui donner une première expérience en Formule 1, même furtive.

L'excellence par le travail

"Je suis pilote Alpine, et ils ont la priorité, mais si un pilote McLaren ne peut courir, je suis dans leur pool de réservistes", confirme Oscar Piastri, cette semaine pour le site australien theage.com.au. Daniel Ricciardo touché par le Covid-19 avant Sakhir, il s'y est vu. "Ce fut certainement des jours d'attente nerveusement éprouvants. Je me suis préparé comme si j'allais rouler le week-end. Ce fut un peu les montagnes russes", rapporte-t-il, précisant qu'il avait moulé son baquet à Woking pour être sûr qu'il logeait dans la MCL36. "Si je devais y aller, je saurais quoi faire, mais je n'ai pas piloté les voitures de 2022", ajoute-t-il.
"J'ai gagné trois championnats en trois ans avant la Formule 1, je pense donc être prêt", confirme-t-il. Frustré de ne pas avoir eu de baquet de titulaire dès cette année. "Les sports mécaniques ne reposent pas uniquement sur le talent, spécialement en Formule 1 où d'autres facteurs interviennent. Le timing en est un autre", rappelle-t-il. Curieux que ce jeune homme pressé soit obligé d'être patient, mais c'est dans son caractère, comme le confirme les patrons de ses belles années, Thibaut de Mérindol chez R-Ace GP en Formule Renault 2019 et René Rosin en Formule 3 2020 et en Formule 2 2021.
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Le talent d'Oscar Piastri n'avait pas éclaté au grand jour en karting et ses premiers pas en monoplace ont ressemblé à un parcours de montagne russes. "Ce n'est pas la première fois qu'on voit un pilote pas exceptionnel en karting devenir brillant plus tard, note Thibaut de Mérindol. Beaucoup de pilotes entre 10 et 20 ans, du karting à la Formule 2, ne sont pas arrivés à maturité car ils évoluent beaucoup. Un pilote exceptionnel à 10 ans - parce qu'il a des aptitudes naturelles - peut devenir un pilote de monoplace très médiocre à 18 ans s'il ne se développe pas, s'il n'est pas travailleur, s'il est mal encadré. Et inversement, un pilote de karting qui n'avait peut-être pas les aptitudes parfaitement en adéquation avec le karting mais qui travaille bien, se remet en question, développe son potentiel, peut devenir excellent. Je pense d'ailleurs que c'est le cas d'Oscar. Il est ce qu'il est aujourd'hui parce qu'il est extrêmement intelligent. Il se construit chaque année un peu plus."

Un pilote cérébral

Après la découverte de la Formule 4 aux Émirats arabes unis, Oscar Piastri fait une percée en Grande-Bretagne en 2017 en terminant vice-champion mais il retrouve vite l'anonymat de l'équipe Arden en Eurocup (championnat d'Europe) en 2018, en finissant 8e. Heureusement, quelques-unes de ses performances ne sont pas passées inaperçues aux yeux des experts.
"Je suivais ses performances depuis 2017, se souvient le team manager de R-Ace GP. Il avait terminé deuxième de la F4 anglaise et il était premier rookie, une performance déjà remarquable. Puis, il fait une année 2018 assez moyenne, avec quelques coups d'éclats en deuxième partie de saison, poursuit le patron de l'équipe vendéenne. Il fait trois podiums et il est huitième au championnat, ce qui n'est pas exceptionnel mais Arden, son équipe, n'était pas forcément une équipe de référence en Eurocup de Formule Renault. Mais c'était le meilleur pilote de l'équipe."
C'était donc largement suffisant pour s'intéresser à ce jeune australien. "Fin 2018, on est entré en contact avec lui et on a tout de suite organisé un test d'évaluation, se rappelle le patron de l'équipe vendéenne. C'était à Barcelone, au lendemain de la finale du championnat d'Eurocup, qu'on avait gagné. Dès le lundi, on l'a fait rouler avec d'autres pilotes et son potentiel a éclaté au grand jour, du moins pour nous. Il avait fait le meilleur temps de la journée avec une facilité assez déconcertante."
La suite, c'est le coup parfait : un titre en tant que rookie, au volant d'une nouvelle voiture, la Tatuus. Mais il avait tout ce qu'il fallait pour ça. "Il n'était pas dans l'instinct mais dans le contrôle, l'intellectualisation de son sport et de ses sensations, souligne Thibaut de Mérindol. Ça le rendait précis dans la retranscription de ses sensations." Non, pas de doute : "Il est à ranger dans la catégorie des pilotes cérébraux, qui construisent leur performance sur une compréhension globale de leur sport et sur la maîtrise et le développement de leur savoir-faire."
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Plus réfléchi qu'instinctif

"Quand il roule chez nous en 2019, et quand il gagne la F3 en 2020 chez Prema, c'est loin d'être le meilleur en vitesse pure sur un tour, signale encore le patron de l'équipe basée à Fontenay-le-Comte. Pour preuve, il ne fait pas une pole position l'année de son titre en Formule 3. Quand il gagne chez nous, en 2019, il fait cinq pole positions mais son concurrent direct en fait plus. Il gagne l'Eurocup parce que c'est un très bon racer, un très bon gestionnaire de ses pneus en course, qu'il a une très belle intelligence de course et une maîtrise des départs. Tout ça sans commettre de faute. Il a une optimisation sur la course. Ce qui me fait plaisir, c'est qu'il a fait des pole positions en Formule 2 en 2021. Ça veut dire qu'il a été capable de développer sa vitesse pure sur un tour, qu'il a su la travailler."
"A la base, ses qualités étaient plus orientées naturellement vers l'intelligence de course que sur l'explosivité, ce qui correspond d'ailleurs à son caractère. Il n'est pas quelqu'un de forcément instinctif, mais plutôt réfléchi. Ce n'était pas volontaire de sa part. Ce n'était pas la Formule 1, où il y a un vrai compromis à trouver entre la performance sur un tour et sur une course de deux heures, avec des pneus qui se dégradent énormément et des stratégies à un, deux ou trois arrêts."
"On ne l'a pas vécu comme un choix à ce moment-là, mais plutôt comme une carence avec Oscar de ne pas être dominateur en qualification", ajoute-t-il. Et de lui dessiner ainsi un avenir prometteur : "Il a rejoint l'académie Alpine, c'est une bonne chose et même indispensable d'être dans le giron d'une équipe de Formule 1. Nous avons beaucoup travaillé avec elle ces dernières années et je pense qu'elle est bienveillante envers ses pilotes, soucieuse de leur donner leur chance, un bon encadrement de développement, qui place ses pilotes dans de bonnes équipes."

"Il y a plusieurs chantiers ouverts chez Mercedes, ils ne vont pas en voir le bout tout de suite"

Très agressif quand il faut

Mais au-delà de ça, il a aussi retenu les qualités humaines peu communes pour un jeune. "C'est un garçon et une famille extrêmement bien élevés, respectueux de tout le monde. Au-delà, du sportif, ce sont des gens appréciables", conclut Thibaut de Mérindol.
Pendant deux ans, René Rosin a aussi apprécié l'espoir aussie. "Après son titre en Eurocup, on a organisé un test lors d'essais collectifs à Valence, raconte René Rosin, patron de Prema Racing, l'usine à champions avec laquelle Charles Leclerc puis George Russell ont été titrés en Formule 3 et Formule 2. On cherchait un rookie parce qu'on a toujours dans notre équipe un mélange de débutant et de pilotes d'expérience. On a pensé qu'il avait le bon profil de rookie, pour un programme de plusieurs années avec nous. Il a été compétitif lors des premiers tests début 2020. On a recommencé en juillet en Autriche après la pandémie et il a gagné la première course."
"C'est un pilote toujours très agressif, qui veut comprendre ce qu'il va faire, qui veut savoir ce qu'on va passer sur la voiture, explique le patron italien. Il restait avec les ingénieurs pour comprendre où il devait progresser, où la voiture doit s'améliorer. Il voulait toujours comprendre. C'est très positif. La première année, son point faible était la qualification. Il n'était pas le plus performant mais il faut rappeler que dans la première partie de la saison jusqu'à Silverstone, il a eu pas mal de souci avec l'électronique du DRS. Il a été régulier, il a fait un travail solide."
"Son point fort est qu'il ne se met pas de pression, il est vraiment tranquille, il veut gérer au mieux toutes les situations de course, insiste René Rosin. Et il sait être très agressif au moment où il faut. C'est ce qu'il a fait les trois dernières années. En Formule 3 et en Formule 2, il n'a pas fait d'erreur. Bien sûr, il va devoir apprendre beaucoup de choses en Formule 1 mais il a l'humilité et le professionnalisme pour comprendre ça dans un temps limité. S'il fait ça, il n'aura jamais de problème."
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Webber le sauveur

Et avec Mark Webber comme manager, Oscar Piastri a selon lui tout pour réussir : "C'est très important d'avoir Mark Webber comme manager, quelqu'un qui a une grosse expérience de la Formule 1 et toutes les connexions qui vont avec."
Aujourd'hui, la présence de Mark Webber est une évidence, mais à la base, le double vainqueur du Grand Prix de Monaco n'avait aucune connexion avec le pilote. C'est la famille Piastri qui est venu le chercher en 2019 pour sauver la carrière d'Oscar. "Ce fut un gros choc quand on nous annoncé la somme, se souvient son père, Chris. Quelque chose comme un million d'euro pour courir en Formule 3 chez Prema Racing (en 2020)." Même en comptant les 200.000 euros de bourse du titre en Formule Renault et l'apport de l'entreprise de son père, HP Tuner, spécialisée dans la programmation de moteur, il manquait encore 500.000 euros.
Pour éviter que tout ne s'arrête là, Chris a fait appel à l'ex-pilote Red Bull et son associée Ann Neal. "C'est eux qui ont conclu le contrat avec Prema. Mark connait tout le monde. C'est à partir de là qu'il a pris le contrôle, en négociant avec les équipes pour mettre en valeur Oscar", résume Chris Piastri.
Neuf fois vainqueur en Grand Prix, trois fois troisième du championnat du monde, Webber était le manager idéal pour franchir ce nouveau palier, sportif et financier. Car depuis, Chris Piastri a fait ses comptes : il en a coûté au total entre 5 et 6 millions d'euros pour soutenir la carrière de son fils. "On n'a pas hésité à l'aider, confirme-t-il. "Il est difficile d'attirer l'attention des gens, surtout dans le paddock de F1, car ils sont assez difficiles à satisfaire, mais il n'y a pas beaucoup de gens qui ne m'ont pas parlé de lui pour dire à quel point ils sont impressionnés par lui, ce qu'il fait, la progression qu'il a suivie."
Pour l'heure, Oscar Piastri est vu à juste titre comme "the next big thing", pour la plus grande satisfaction de son compatriote. "Il fait bien sentir sa présence, en communiquant et parlant aux gens. Que ce soit en ingénierie, en commerce ou en marketing, ces choses essentielles pour devenir pro. Et quand on l'est, il faut être à un très haut niveau."
"L'une des grandes qualités d'Oscar, comparé aux autres, est son grand calme, note Mark Webber. Si on est faible mentalement, on n'y arrive pas." Pas d'inquiétude, Oscar Piastri est entre de bonnes mains.
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