Sergio Marchionne avait la réputation d'être l'un des présidents de Ferrari les plus impliqués dans la vie de la Scuderia, et on ne soupçonnait pas à quel point. Le PDG du groupe FIAT-Chrysler, détenteur de la marque Ferrari, suivait assidument son équipe, et Mattia Binotto en a révélé un des aspects les plus contraignants dans le dernier numéro de Beyond The Grid.

Placé sous sa responsabilité, le directeur d'équipe de Maranello a vécu du 13 octobre 2014, date à laquelle Sergio Marchionne a repris les fonctions de président de Luca di Montezemolo, au 21 juillet 2018, quatre jours avant son décès, au rythme infernal des comptes rendus exigés par le capitaine d'industrie, qui a laissé l'image d'un visionnaire dans le monde de l'automobile.

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"Indéniablement, composer avec la pression a été la chose la plus difficile avec lui, a confirmé le patron de l'équipe de Maranello, dans le podcast du site officiel de la Formule 1. La pression était telle qu'il fallait toujours avoir son portable près de soi, jour et nuit, parce que lorsqu'il envoyait un message par WhatsApp, il fallait répondre dans les 30 secondes. Si on ne le faisait pas, la journée commençait mal. Bref, il fallait vivre avec le portable à côté de soi et ce n'était pas facile. C'était le genre de pression qu'il mettait. Je m'assurais d'être en alerte en permanence, prêt à répondre. Il m'envoyait des messages en pleine course. Peut-être pas en pleine nuit, mais de bon matin assurément."

Sergio Marchionne (Ferrari) au Grand Prix d'Italie 2017

Crédit: Getty Images

L'erreur du développement en "zones grises"

Et puis, le manager italio-suisse a aussi porté un précieux éclairage sur ce qui avait peut-être poussé la Scuderia à tomber dans le piège des "zones grises" du règlement, des textes techniques ouvrant une interprétation à la limite de la légalité. En 2019, les motoristes des Rouges avaient développé un système permettant apparemment d'aller au-delà du maximum de consommation de carburant permis, afin d'accroître la puissance de leur moteur à certains moments.

Red Bull avait saisi la Fédération internationale de l'automobile à ce sujet et Maranello avait dû modifier son V6 pour le mettre en conformité, selon un accord secret avec la FIA qui avait fait grand bruit dans le paddock. En levant cette ambiguïté, le bloc de Maranello, réputé le plus puissant, avait d'un coup pris un retard de 70 chevaux par rapport au Mercedes. Sixième au classement des constructeurs 2020, sa plus mauvaise saison depuis 1980, Ferrari a même décidé de revoir complètement son moteur en 2021 pour tenter de revenir dans la course.

Rétrospectivement, peut-on voir un lien entre l'intense pression appliquée par Sergio Marchionne et ce développement dévastateur, conduit aux frontières de la légalité ? "Ça pourrait, répond Mattia Binotto, avec l'accent de la prudence. De premier abord, ça fait partie du sport d'interpréter les zones grises du règlement. De ce point de vue, je pense que c'est ce que font toutes les équipes. Entre une zone grise ou pas, la limite est toujours 'borderline'. Mais oui, certainement, il nous a poussés - pas moi mais d'autres - à développer les zones grises autant que nous pouvions."

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