Fernando Alonso a toujours su montrer qu'il était prêt à remuer ciel et terre pour réussir dans un nouveau projet. C'est sur cette base que Cyril Abiteboul l'avait choisi l'an dernier pour remplacer Daniel Ricciardo en 2021, sans même discuter avec les deux autres candidats au poste, Valtteri Bottas et Sebastian Vettel. L'Espagnol avait rassuré sur sa motivation dans ses échanges avec le patron de l'équipe Renault d'alors. D'entrée, il avait disqualifié le lieutenant finlandais de Lewis Hamilton chez Mercedes et l'Allemand fatigué de ses échecs chez Ferrari.
Champion du monde dans ses jeunes années avec Renault (2005, 2006), revenu au bercail en 2008 en attendant qu'un baquet se libère à Maranello, "Nando" tente à 39 ans un dernier comeback qu'il ne se voit pas prolonger au-delà de 2022, échéance de son contrat avec Alpine. Parce qu'il est prêt à tout donner pendant deux années et qu'il serait hasardeux de se projeter plus loin. Surtout, ce gros tempérament qui marche à la hargne a un dernier compte à régler avec son sport. Il est intimement persuadé de pouvoir redorer son blason de champion du passé, corriger son image de pilote volcanique, effacer ses échecs chez Ferrari - relatifs puisqu'il est passé près du titre en 2010 en 2012 -, faire oublier le fiasco de l'association McLaren - Honda.

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"Nous avons accompli tant de choses ensemble"

Il était parti plus écoeuré que fatigué de Woking fin 2018, et avait pris acte des refus de Mercedes et de Red Bull de relancer sa carrière en raison de son passé explosif chez McLaren - sa cohabitation avec Lewis Hamilton et son rôle dans la révélation de l'affaire d'espionnage au détriment de Ferrari -, et son tempérament ne supportant pas la concurrence interne.
Il n'a pas perdu son temps en vivant le meilleur aux 500 miles d'Indianapolis, en lice pour la victoire pour ses débuts en 2017, ou le pire à travers une non qualification humiliante en 2019. Il a été récompensé de ses efforts avec une bonne dose de chance sur une autre piste légendaire en remportant les 24 Heures du Mans en 2018 et 2019, lors de ses deux participations. Il a développé l'image d'un pilote éclectique au rallye-raid Dakar, et il a jugé qu'il était temps de revenir à la définition la plus extrême de la compétition sur circuit.
Renault s'est souvenu qu'il était son seul champion et que l'histoire d'amour méritait un troisième chapitre. Et pas de doute pour le principal intéressé : les planètes sont alignées, humainement et sportivement. Et même techniquement, ce dont on pouvait douter lorsque Daniel Ricciardo a signifié la fin de l'aventure, avant même de découvrir que la Renault valait mieux que ce qu'il pensait. "C'est une occasion fantastique pour nous tous, clame à l'envie Fernando Alonso, pour qui Renault est une famille. Nous avons accompli tant de choses ensemble dans le passé que nos vies sont à jamais liées. C'est vraiment motivant de retravailler avec les gens d'Enstone et de Viry et j'ai énormément de respect et de confiance en cette organisation." Même sans Flavio Briatore, son mentor de la glorieuse époque.
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"Il est intense, il a un engagement incroyable"

Ça fait d'ailleurs longtemps que "Nando" a commencé à saisir cette chance qu'il doutait de pouvoir profiter. Après l'officialisation de son retour, l'an dernier, il a fait du Alonso en scannant l'équipe, en passant en revue ses méthodes avant de vivre de l'intérieur le Grand Prix d'Emilie-Romagne, à Imola. Il rôdait encore autour de la Renault sur la grille du dernier Grand Prix à Abou Dabi deux jours avant de prendre le volant pour les tests réservés aux jeunes pilotes. Une sacrée farce qui a montré à quel point Renault voulait qu'il soit d'attaque pour cette saison.
Le capital confiance était au plus haut mais Cyril Abiteboul n'avait pas éludé la question qui fâche, regrettant de ne pas connaître le niveau de "performance pure" de l'Asturien après deux saisons en marge de l'élite. Pour l'état d'esprit, c'était tout vu du côté d'Alain Prost : "Il est intense, il a un engagement incroyable, tout le temps à se renseigner auprès des ingénieurs. Ça peut être perturbant pour l'autre pilote", avait tranché le quadruple champion du monde, qui avait conseillé à Esteban Ocon de se blinder mentalement pendant l'hiver.
"J'avais essayé la voiture de 2018 pour me préparer mais celle-ci m'a semblé plus intense et elle a ranimé un peu plus ma compétitivité", avait commenté Fernando Alonso le 15 décembre dernier, auteur du meilleur temps des essais à bord du modèle 2020. C'était formidable de ressentir ce dont les monoplaces modernes sont capables." Méticuleux, il avait peaufiné l'ajustement de son baquet, la position du pédalier, en vue de la journée et demie d'essais hivernaux à laquelle il a eu droit ce week-end à Sakhir, comme chacun de ses confrères. Un délai bien court pour tout passer en revue, assimiler les nouveaux pneus renforcés de Pirelli. Un constat sans appel est quand même ressorti de tout ça, selon Marcin Budkowski : "Il est en pleine forme, il est affûté", a assuré le directeur exécutif d'Alpine.
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L'accident de vélo simple contretemps ?

Fernando Alonso ne se sent plus "rouillé" comme il l'avait dit après son retour dans un baquet mais il s'est fait renverser le 11 février lors d'une sortie à vélo près de Lugano, en Suisse, où il réside. Un accident qui l'a obligé à passer sur la table d'opération pour traiter une fracture de la mâchoire supérieure. Un fâcheux contre-temps, pour le moins, et un facteur d'incertitude qu'il s'est chargé de balayer en parlant d'un "petit imprévu". "Ma préparation et ma forme physique ne seront fort heureusement pas impactées et je serai prêt", a-t-il promis.
Quelles conséquences de l'accident pour l'équipe Alpine ? "Aucune en ce qui nous concerne, à part qu'il a dû manquer l'évènement du lancement (de l'A541, le 2 mars), mais ce n'est pas essentiel, avait rassuré Laurent Rossi, le directeur général de la marque, qui va passer les premiers Grands Prix avec l'équipe avant de se consacrer entièrement à sa mission de développement du réseau de vente. Le pilote s'était empressé de confirme sa présence aux essais à Sakhir, mais ça pouvait passer pour de la com. "On avait un peu de crainte que ce ne soit que beaucoup de positivisme mais en fait il est en très bonne forme, avait précisé Laurent Rossi, lors du lancement. Il a eu un problème à la mâchoire qui est aujourd'hui réglé. Pour le reste, toutes ses fonctions 'moteur' et intellectuelles sont intactes. On va retrouver le champion qu'il est."

Davide Brivio et Laurent Rossi (Alpine) lors des tests 2021 à Sakhir

Crédit: Renault

"Un gars normal"

Fernando Alonso a 39 ans tout de même, et on le jugera sur la longueur. Parce que d'autres sont sortis exténués d'une saison 2020 rythmée par 17 épreuves en 5 mois et demi. Et que la campagne 2021 va compter un record de 23 rendez-vous. Et bien sûr, les optimistes rappelleront que Nigel Mansell a été champion du monde avec Williams à 39 ans justement, en plein milieu d'une saison à 16 Grands Prix. Et que l'année suivante dans son baquet, un autre papy, Alain Prost, a enchaîné à 38 ans bien sonnés. Et les pessimistes ont encore en mémoire le come back raté de Michael Schumacher à 41 ans, pour trois saisons en demi-teinte chez Mercedes, plus faites d'approximations que d'exploits. Les premières ayant parfois gâchées les secondes comme ce freinage bizaremment raté derrière la Williams de Bruno Senna à Montmelo en 2012, qui lui avait valu de perdre sur tapis vert sa pole position à Monaco.
Pour sa part, Davide Brivio, le nouveau directeur de la Compétition d'Alpine, préfère parler du team player qu'il est dans l'organisation Alpine F1 Team et les perspectives sportives qu'il porte : "C'est un grand champion, et je le sens extrêmement motivé, et il revient dans un sport très difficile, a confié le manager italien, à l'origine de la saga Valentino Rossi - Yamaha en MotoGP et qui vient d'abandonner son poste de directeur de l'usine Suzuki sur le titre de Joan Mir. Il s'est éclaté dans d'autres activités et il a le désir de revenir dans la discipline la plus concurrentielle, pour se battre contre tout le monde, montre à quel point il est motivé. En discutant avec lui, j'ai constaté à quel point il bosse dur. Si nous lui donnons le bon package, il se battra pour être devant." "C'est un gars normal. Il revient, et pas seulement pour conduire une voiture, mais pour obtenir des résultats. Il a la faculté de pousser tout au maximum", a-t-il ajouté.
"J'ai vraiment pris du plaisir à Abou Dabi, rappelle le pilote aux 32 victoires, dont la dernière remonte à Montmelo 2013. Après avoir assisté à quelques courses l'an dernier, je voulais vraiment avoir l'occasion d'être au volant et j'ai pu le faire une fois la saison terminée. C'était d'autant plus plaisant que j'ai pu commencer le travail et créer une dynamique avec les personnes qui m'accompagneront dans le garage cette année."
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"Besoin de trois ou quatre courses pour tout optimiser"

Pas sûr qu'il ait appris quelque chose sur son métier à proprement parler en Indycar, les organisations étant tellement plus petites. En revanche, il confirme en creux avoir profité de son passage en Endurant chez Toyota. "Je suis devenu un pilote plus complet", atteste celui dont on a toujours mis en avant les qualités de racer. Et qui a toujours aimé être présenté comme le pilote le plus complet du plateau, faute de pouvoir être vu comme le pilote le plus rapide, un statut confisqué depuis des années par Lewis Hamilton. "Vous apprenez sans cesse lorsque vous cherchez de nouvelles limites ou que vous êtes en dehors de votre zone de confort. Je suis sans aucun doute un pilote plus chevronné qu'il y a deux ans", complète le natif d'Oviedo.
Fernando Alonso sera-t-il dans le match d'entrée face à Esteban Ocon, c'est toute la question. A laquelle il a répondu en suggérant qu'il pourrait effectivement avoir besoin d'un délai pour se caler. "Je pense que chaque pilote sur la grille a normalement besoin de trois ou quatre courses pour tout optimiser sur une nouvelle voiture, peut-être un peu plus si vous changez d'équipe ou si vous débutez en F1, a expliqué le double vainqueur des 24 Heures du Mans. Cela peut prendre au moins les deux premières courses pour être à 100 %, mais c'est pareil pour tout le monde."
"Je prépare ce retour depuis un moment et je regorge d'énergie. Je suis prêt !", a-t-il conclu. On est impatient de voir cet Alonso à la mode Alpine by Renault version 3.0, bientôt quadra et en même temps homme neuf.
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