Il faudrait se prosterner. Un titre mondial aurait quelque chose d'absolu, définitif, péremptoire. Pourtant, cette impression ne domine pas le sacre du champion 2009. Loin de là. Car à la course des épiciers, Jenson Button a été le roi. Il l'a d'ailleurs reconnu. "Je pense personnellement que je le mérite. J'ai été le meilleur sur seize courses et c'est comme ça que ça fonctionne", a-t-il sèchement rappelé, à Interlagos. C'est acté, le garçon calculateur n'appartient pas (encore) à la caste des grands champions du monde de la trempe des Schumacher, Alonso, Räikkönen ou Hamilton pour ne citer que les derniers en date. Schumacher parce qu'il s'est couronné de toutes les façons possibles, Alonso parce qu'il en avait remontré à Schumi, Räikkönen parce qu'en challenger il avait gagné in extremis à un contre deux. Et Hamilton parce qu'il avait exorcisé, dans l'avant dernier virage d'une saison à suspense, l'échec crânement consommé un an plus tôt sur le même circuit dans des conditions non moins rocambolesques.

Cependant, il faut rétablir la vérité : Button avait un côté "revenu de nulle part" cette saison depuis le shocking retrait de Honda de la F1, le 5 décembre 2008. "From zero to hero" aiment synthétiser les Britanniques. Transparent en 2007 et en 2008, l'Anglais a ainsi eu l'énorme mérite de garder la confiance de Ross Brawn, le génie refoulé par Ferrari qui a eu l'habileté de se glisser dans la cohorte des trois techniciens du Technical Working Group de la FIA ayant écrit le règlement technique 2009... Voilà comment, en qualité de membre du controversé "gang des diffuseurs", "JB" a enfilé les victoires comme des perles en début de saison : six lors des sept premiers Grands Prix. Après ? Plus rien ou presque, et c'est ça le problème. Neuf meetings à soigneusement gérer un pactole de 26 points de garde sur Rubens Barrichello au soir de sa victoire stambouliote, le 7 juin. Lièvre mué en tortue mais toujours plus cigale que fourmi, il en a conservé suffisamment jusqu'à la fin.

Formule 1
Button, le patient Anglais
19/10/2009 À 12:38

Quatre mois sans gagner, série en cours... En cinquante-neuf ans de Mondial, seuls Hawthorn (1958), G. Hill (1968), Fittipaldi (1974), Lauda (1977), Jones (1980), Rosberg (1982) et Piquet (1983) avaient connu pareil passage à vide. Tous en avaient souffert, Hawthorn et Rosberg plus encore pour n'avoir gagné qu'une fois l'année de leurs sacres. Mais Rosberg fonçait dans un style de bûcheron, Jones et Piquet faisaient d'infatigables hâbleurs. Button a contre lui de n'avoir jamais cultivé une forme de charisme propre à donner de l'épaisseur à son personnage. Dans ses frasques de playboy de la vitesse, il s'est surtout cru "arrivé" à ses débuts chez Williams en 2000, emporté par la Buttonmania d'un public orphelin de l'antihéros Hill et frustré des limites de Coulthard. Un glamour insouciant. Ensuite, les échecs l'ont responsabilisé mais il est resté propre, lisse, l'invariable "type bien" de tous les paddocks écumés. De toutes les pistes aussi, où il n'a eu que de très rares accrochages avec des confrères, accueillant d'un flegme so british celui essuyé en août à Spa-Francorchamps, à l'origine de son seul "zéro" de 2009.

Du dandysme au dilettantisme

Aussi, du dandysme au dilettantisme il n'y avait qu'un pas qu'il avait déjà franchi dans ses deux années de sport automobile préparatoires à l'élite. Ses patrons de Formule Ford et de Formule 3 se souviennent d'un garçon rapidement auto satisfait, et Alain Prost, qui lui offrit sa première vraie séance de tests en Formule 1, aussi. Le quadruple champion du monde a souvent raconté que le gamin avait très vite claqué un chrono en test à Montmelo sans pouvoir améliorer une journée durant. Un contentement technique qui eut des effets de bords en 2007 et 2008. Ces millésimes Honda furent vite décrétés irrécupérables et Barrichello était bien d'accord. Bien pratique. Quand bien même il aurait remué ciel et terre, il serait passé de la 18e à la 14e place sur la grille. Alors, quand le contrat pour la saison suivante est déjà signé, à quoi bon ? C'est là où il faut insister sur le fait que le nouveau N.1 n'est pas du calibre d'un Alonso ou d'un Hamilton, qui ont montré en 2008 et 2009 être capables d'astreindre leurs équipes au travail pour s'extraire de la misère technique. Par nature ou fierté, peu importe.

Puisqu'on y est, notre champion imparfait aurait-il d'autres défauts ? Oui, bien sûr. A commencer par celui de la mauvaise foi. Distillé à bon escient, ça s'appelle de l'art politique, et il en usa en début de saison lorsque Barrichello comprit qu'il avait le second rôle. "Mais voyons Rubens, nos calculs avaient montré que trois arrêts étaient la meilleure stratégie ici ! Pourquoi te plains-tu ? », assena-t-il au dinosaure brésilien après le GP d'Espagne. Le Pauliste était curieusement passé sur trois haltes, un plan de course notoirement utopique vu l'inévitable trafic catalan. Jenson et ses petits mensonges encore à Imola, en 2005, quand de perspicaces commissaires avaient découvert un système de double réservoir. En dessous du poids pendant la course, l'Anglais était passé au stand à treize tours de la fin pour prendre vingt-deux tours d'essence. Le surplus impossible à vidanger sans connaître la supercherie, la Honda avait fini au poids légal et lui juré ne s'être aperçu de rien. Aussi confondant que le mensonge de Hamilton à Melbourne cette année ou le bobard de Schumacher après son créneau en plein Monte-Carlo en 2006. Voilà pour le côté obscur de la force auquel il est visiblement difficile d'échapper.

Dimanche, à Sao Paulo, Button s'est montré intraitable dans les dépassements, n'hésitant pas à interpeller en direct le directeur de course Charlie Whitting sur sa difficulté à passer Kobayashi, à la Toyota muée en chicane mobile. Une grande première peu reluisante. Gagner à Abou Dhabi n'effacerait pas le scénario minimaliste d'un champion à l'usure mais ça lui permettrait de ne plus avoir à répondre à cette question : "Dis Jenson, quand est-ce que tu gagnes ? "

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