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Du "fond du gouffre" au sommet de l'Olympe, l'histoire d'une résurrection

Du "fond du gouffre" au sommet de l'Olympe, l'histoire d'une résurrection

Le 20/08/2016 à 08:09Mis à jour Le 20/08/2016 à 08:29

JO RIO 2016 - L'équipe de France féminine est en finale des Jeux et va décrocher, quoi qu'il arrive ce soir contre la Russie (20h30), sa première médaille olympique. Un paradoxe, au sortir d'une Olympiade catastrophique, et alors que les filles étaient à la dérive fin 2015.

Le sport est parfois une drôle d'histoire. A l'heure des préparations millimétrées, où le moindre paramètre est soupesé, où tout ou presque est programmé, il reste quand, et c'est heureux, une place pour l'imprévu, l'inattendu. Prenez le handball français. Il aura ses deux équipes en finale des Jeux ce week-end, ce qui constitue une performance réellement extraordinaire. Mais autant la présence de ces messieurs était attendue, autant celle des filles aurait semblé totalement improbable il y a quelques mois.

Rien, ni le présent ni le passé, n'annonçait la marche triomphales des Bleues. Il y a d'abord ce "Je t'aime moi non plus" avec le rendez-vous olympique. Aucune médaille en quatre participations, si ce n'est celle en chocolat à Athènes en 2004, et une accumulation de frustrations. "On a réglé un compte avec les Jeux Olympiques et cette soi-disant malédiction", a souri Olivier Krumbholz après la demi-finale, même si le sélectionneur a toujours été agacé par cette théorie : "Ça fait des mois que je dis que ce genre de raisonnement est ridicule. On a déjà fait quatre finales de Championnat du monde."

Laura Glauser dans les bras d'Olivier Krumbholz aux JO de Rio

Laura Glauser dans les bras d'Olivier Krumbholz aux JO de RioAFP

Krumbholz n'est pas devenu Achille Zavatta, mais il s'est assoupli

Bien plus que ce passé olympique contrarié, c'était ce présent contrariant qui incitait à la prudence, voire à un certain pessimisme. Depuis la médaille d'argent du Mondial 2011, c'était le désert. Le Mondial 2015, en décembre dernier, achevé à une anonyme septième place, avait marqué le cinquième rendez-vous international consécutif sans podium. Une disette inédite pour la sélection féminine au XXIe siècle. Une crise sportive doublée d'une autre, interne à l'équipe, avec les rapports conflictuels d'Alain Portes avec une grande partie de ses joueuses. Résultat, un retour à la case départ avec le départ de Portes et le "comeback" du gourou Krumbholz, qui avait lui-même été débarqué à l'été 2013.

C'est dire si l'Olympiade, à défaut d'être riche en résultats, l'aura été en rebondissements. Vu le contexte, il y a huit mois, il aurait semblé bien optimiste, voire un peu fantaisiste, de miser sur une telle aventure olympique à Rio. "Au mois de décembre, témoigne Siraba Dembélé, nous étions vraiment au fond du gouffre." Paradoxalement, c'est le fait d'avoir traversé ces phases de doutes et ces galères qui a fini par cimenter le groupe, pour le faire converger vers un défi commun. "Peut-être que tout ce qu'on a vécu nous a renforcées mentalement et collectivement", ajoute la capitaine des Bleues.

Alexandra Lacrabère - France handball JO Rio 2016

Alexandra Lacrabère - France handball JO Rio 2016AFP

Puis il y a incontestablement eu un effet Krumbholz. En acceptant de reprendre son poste de sélectionneur, la grande figure emblématique du handball féminin a été motivée par ce défi olympique. Dans un premier temps, il fallait qualifier l'équipe. Une fois le billet composté, le groupe s'est libéré. Le grand mérite d'Olivier Krumbholz est d'avoir su évoluer. Lui que l'on disait ultra autoritaire, sévère et rigide n'est pas devenu Achille Zavatta du jour au lendemain, mais il a accepté de laisser plus de libertés et de responsabilités à ses joueuses.

" Cette fois-ci, on est arrivé avec l'air con et la vue basse et ça nous a bien convenu"

"Elles ont voulu du changement, elles l'ont obtenu et elles démontrent qu'elles sont capables d'avoir un grand résultat", dit le technicien en guise d'hommage à "ses" filles. "On le mérite tellement. On a tellement travaillé", confie l'ailière Manon Houette. S'il est toujours capable de hausser le ton quand c'est nécessaire, le sélectionneur a lâché du lest sur la bride. Il a même autorisé les filles à assister à la cérémonie d'ouverture, chose inimaginable à Athènes, Pékin ou Londres. Tranquillement, entre souplesse et autorité, il a remis son équipe en selle, sans faire de bruit.

Alexandra Lacrabère - Handball France Pays-Bas JO Rio 2016

Alexandra Lacrabère - Handball France Pays-Bas JO Rio 2016AFP

Pour autant, pas grand monde ne misait un real sur les Bleues avant le coup d'envoi de ces Jeux. Poliment, on les classait parmi les outsiders. "Personne ne nous considérait parmi les meilleures", jubile aujourd'hui le sélectionneur. Mais c'était sans doute à la fois légitime, au vu des difficultés récentes du hand féminin français, et salutaire.

Trop souvent, les Françaises avaient déboulé aux J.O. avec une pancarte, ce qui ne leur avait jamais réussi. "Par le passé, nous étions arrivés avec des résultats exceptionnels et nous n'avions peut-être pas réussi à les gérer", confirme Olivier Krumbholz, avant de conclure dans une formule que n'aurait pas renié son alter ego Claude Onesta : "Cette fois-ci, on est arrivé avec l'air con et la vue basse et ça nous a bien convenu".

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