Semaine du sport féminin | Lena Grandveau : "La santé mentale, c'est encore un tabou"

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Lena Grandveau vient d'avoir 22 ans mais connait une carrière fulgurante au plus haut niveau avec l'équipe de France avec un titre de championne du monde et une médaille d'argent aux Jeux Olympiques de Paris 2024. C'est forte de sa nouvelle notoriété qu'elle s'est engagée auprès de la MGEN pour apporter son soutien aux jeunes de son sport qui manquent encore d'aides psychologiques.

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Video credit: Eurosport

Vous avez un titre de championne du monde, une médaille d'argent olympique, vous avez connu trois équipes pro différentes et vous venez d'avoir 22 ans tout juste. Il y a comme une impression que tout va très vite pour vous : peut-on vous considérer comme une sorte d'OVNI dans le milieu ?
L.G. : Oui, c'est sûr que tout va très vite pour moi depuis que je suis arrivée dans le monde professionnel... après, un OVNI je ne sais pas. Mais c'est sûr que c'est très rare à cet âge de faire trois clubs professionnels et de connaître l'équipe de France à 19 ans. Mais en tout cas, ce que je sais, c'est que derrière ça, il y a quand même du travail et de la persévérance malgré les échecs qu'il y a pu avoir. Donc après, forcément, la dimension mentale est très importante pour y arriver.
Et la famille derrière vous et votre projet a eu une place importante également…
L.G. : Oui ma maman a un peu baigné dans le handball. Malgré les difficultés, tous ont toujours été derrière moi. Et pour ça, je les en remercie parce que c'est rare qu'une famille soit autant derrière et continue à l'être dans le monde professionnel. Aujourd'hui, je leur dois quand même beaucoup parce qu'ils m'ont toujours accompagnée où que j'aille, même si cela n’a pas été facile de laisser partir leur fille à 13 ans.
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Léna Grandveau lors du Championnat du monde de handball 2023

Crédit: Eurosport

C'est vrai que des filles qui explosent aussi jeunes comme vous, à ce point en haut niveau, restent une exception. Pourtant, la France est un pays de handball, les femmes comme les hommes ont remporté des titres importants ces trente dernières années. La détection peut sembler naturelle, tout comme l'accompagnement des jeunes au plus haut niveau : est-ce que vous êtes d'accord avec cela ?
L.G. : Oui, c'est sûr que d’arriver à un âge où on est derrière nous et on nous suit, c’est super, mais il y a encore beaucoup de progrès à faire parce que forcément, partir tôt chez soi, comme je l’ai fait, ce n'est pas facile et des fois ce n'est pas compris. Tout le monde ne le prend pas en compte. Oui on peut être détecté très tôt, et c'est archi-bien, mais il faut aussi comprendre qu'on a aussi une jeunesse et que c'est parfois difficile si les parents ne suivent pas. On n'est pas forcément très bien accompagnés, donc là-dessus on essaye de changer les choses.
Vous êtes devenue ambassadrice MGEN, une mutuelle santé engagée dans la progression des droits des femmes dans le sport aussi bien amateur que professionnel : pourquoi un tel engagement de votre part ?
L.G. : Parce que, pour moi, il ne faut pas oublier d'où l'on vient. J'ai connu deux clubs amateurs avant d’entrer dans le monde professionnel et on remarque que ces petits clubs amateurs ont besoin de budget, et de soutien de marque comme la MGEN qui va pousser pour le sport féminin, les sports amateurs en général, pour offrir des tenues par exemple, ou mettre en avant les clubs féminins pour encourager les femmes à faire du sport, notamment après l'adolescence. On voit quand même une sacrée différence entre les hommes et les femmes qui arrêtent le sport à l'adolescence faute d’accompagnement suffisant. On a envie de changer les choses. Quand on m'a contactée pour être ambassadrice de ce projet, ça m'a tout de suite parlé ; ça me tient vraiment à coeur d'être là pour les clubs amateurs mais surtout pour les jeunes filles qui hésiteraient à continuer le sport.
Est-ce que les clubs dans lesquels vous étiez amateurs (Beaune Handball et Chevigny Saint-Sauveur, NDLR) ont été réceptifs à votre situation ? C’est-à-dire au fait d’être loin de chez vous et avec un grand besoin d’accompagnement ?
L.G. : Oui, j'étais à l'internat pendant trois ans quand j'étais à Chevigny. Ils ont tout mis en place pour venir me chercher à la gare, pour que je puisse faire mes activités du mieux que je peux avec le moins de fatigue possible. Ils avaient compris ma situation, ils avaient envie que je réussisse dans ce sport. Ils savaient que j'allais quitter le club à un moment donné, mais ils n'ont pas baissé les bras, je les en remercie et j'espère que d'autres clubs prendront exemple sur ça pour mettre en place des choses pour les jeunes filles qui elles aussi aspirent à devenir comme moi malgré les difficultés.
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Lena Grandveau avec l'équipe de France

Crédit: Getty Images

Quand on parle de sport de haut niveau, on parle aussi d’épanouissement et de la libération de la parole sur des problèmes moins mis en lumière. Pensez-vous que cela est le cas de plus en plus autour des problèmes féminins plus intimes ou est-ce que cela est un peu exagéré à votre avis ?
L.G. : Non, la parole est de plus en plus libérée et c'est essentiel, parce qu'aujourd'hui quand on parle de santé mentale, santé physique et les ‘burn-out’, ça passe par là. Les points les plus importants pour le sport féminin sont la santé physique et la santé mentale. Il faut parvenir à trouver le bon équilibre pour pouvoir mener notre vie, sportive et personnelle. Sans cela, on ne peut pas avancer, être bien dans sa peau. Pour moi, le côté psychologique est super important parce qu'on a besoin de se défouler, et trouver des petits rituels pour se rassurer.
Est-ce qu'il y a des choses par exemple, pour entrer dans un sujet plus intime, qui sont mises en place spécifiquement pour les handballeuses pendant les cycles menstruels ou pour celles qui souffriraient de problèmes de santé graves comme l'endométriose ?
L.G. : Particulièrement, non. Mais aujourd'hui on essaie de libérer la parole pour informer les autres lorsqu'on est en période de menstruation, c'est hyper important moi. Je vois qu'il y a une avancée en équipe de France où on nous fait remplir des questionnaires pour identifier cette période délicate. Parfois, des jeunes filles arrivées dans l'adolescence arrêtent le sport parce que leur corps change et qu’elles n’ont pas toutes les réponses à leurs questions sur leur projet professionnel. Il faut pouvoir être écoutées à ce moment-là, ce serait alors plus naturel pour trouver notre voie en forgeant notre personnalité.
Est-ce que vous avez ressenti une évolution sur le sujet ? Vous parlez de l'équipe de France : est-ce que vous voyez une différence de traitement entre les clubs amateurs dans lesquels vous étiez et l'équipe de France qui est censée prendre les problèmes à bras-le-corps ?
L.G. : Le problème est indéniablement plus important dans le milieu amateur. Je n'ai aucun souvenir d’enseignants qui ont abordé nos problèmes. C'est ici où il faut qu'on arrive à faire changer les choses. Dans le monde professionnel, je suis arrivée au moment où on commençait à en parler : on commençait à trouver quelques solutions même s’il reste énormément d'efforts à faire. Nous avons la possibilité d'être suivies que ce soit médicalement avec un kiné, un médecin… mais dans le monde amateur on n'a pas ça et je pense que c'est important. Tout devrait partir de l'entraîneur, qu’il commence à parler, à libérer la parole sans avoir le stress de poser de questions à une femme s’il voit qu’elle est plus fatiguée que d’habitude par exemple. Le risque de blessure est multiplié par deux quand on est en période de menstruation, donc il faut pouvoir en parler et savoir écouter. J’ai conscience que ces sujets sont un peu compliqués à aborder pour un homme avec une jeune fille, ce n'est pas facile pour un homme de parler de ça, mais c’est la même chose pour les entraîneurs femmes : ils ont envie d'en parler mais ils n'osent pas, ils ne savent pas si la femme plus mûre ou la jeune fille vont bien le prendre. Le sujet est d’autant plus complexe qu’une jeune fille parfois ne se connaît pas encore très bien. C'est là que nous, les sportives de haut niveau, devons intervenir pour dire : on sait ce que c’est, on est là pour toi.
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Video credit: Eurosport

Maintenant vous êtes dans un club important au niveau national, à Metz : avez-vous senti un suivi aussi important qu’en équipe de France ou pas du tout sur ces sujets-là ?
L.G. : Pas trop. Je pense qu’en équipe de France, nous sommes vraiment très bien suivies par rapport à ça. Dans un club, c'est un peu différent : on est là tous les jours avec les mêmes personnes, donc si on a vraiment un problème, on arrivera toujours à trouver quelqu’un pour parler au quotidien.
Elle n’est pas la seule à s'exprimer dans le sport de haut niveau, mais côté handball, Cléopâtre Darleux s’est engagée elle-même dans l’accompagnement des femmes ayant un désir de maternité tout en laissant une porte ouverte à un retour à la compétition par la suite : est-ce qu’il y a encore des sujets tabous ou la parole s’est vraiment libérée grâce à ce genre d’actions ?
L.G. : Cléopâtre fait partie des femmes qui ont vraiment libéré la parole à un moment donné où on s'est dit que ça pourrait ne pas l'être. Je pense qu'il reste plein de tabous, mais si je ne devais en citer qu’un, ce serait la santé mentale : pour moi, c'est encore un tabou. On a beaucoup de mal à dire aujourd'hui : ‘je ne suis pas fatigué physiquement mais mentalement, ça ne va pas’. L'enchaînement des saisons est compliqué, on a besoin de souffler, il y a quelquefois des moments de creux. C’est difficile de dire ‘stop’ à nous-mêmes. On a envie de repousser ce moment jusqu’au jour où tu te blesses et où tu regrettes de ne pas avoir fait de pause avant qu’il ne soit trop tard. Je pense que le plus grand sujet, c'est la santé mentale qui reste très dure à évoquer parce que nous, sportifs, on n’a beaucoup de mal à s'arrêter. Parfois, on n'est pas forcément écoutées quand on en parle… donc pour moi c'est le sujet qu’il ne faut pas éluder.
Quelles actions aimeriez-vous faire, ou voir se faire pour aller plus loin ?
L.G. : A mon degré, je dirais aller intervenir dans les clubs, dans mon club à Metz avec les jeunes, pour pouvoir aborder ces sujets tabous, leur dire qu'il ne faut pas hésiter à en parler et qu'ils seront écoutés quoi qu'il arrive. Aujourd'hui le plus important est de rester soi-même, il ne faut pas s’oublier et ne pas cacher les choses parce que c'est comme ça qu'on se renferme et qu'on risque de se blesser ou de tomber dans le mal-être. J'ai envie de leur dire que nous, les sportifs professionnels, sommes aussi passés par là.
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