"Le rêve américain". Depuis qu'elle a intégré notre langage courant, l'expression a été utilisé à tort et à travers, et en a même fini par perdre son sens : à l'origine, elle ne traduisait pas seulement l'aboutissement, mais tous les sacrifices qu'il avait impliqués. Simon Pagenaud, lui, peut l'utiliser à l'envi. Depuis quelques dizaines d'heures, et un succès mémorable aux 500 Miles d'Indianapolis, il l'incarne probablement plus que personne d'autre, tous domaines confondus.

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Son temps des doutes, à lui, était celui de tous les jeunes pilotes qui, pour la plupart, ont fini par renoncer à l'ambition d'une carrière en Formule 1. Faute de talent, d'opportunité, voire de réussite. Le Poitevin n'a pourtant jamais manqué d'aptitudes, performant dans toutes les formules de promotion qu'il a abordées à l'adolescence, au début du millénaire. Mais après une saison de découverte aux Worlds Series, l'un des championnats situés à la base du système qui doit mener vers la plus prestigieuse des disciplines, le Tricolore avait totalement dissous l'important bagage financier nécessaire pour voir plus loin.

Pagenaud, de la location d'une télé…

Il a alors choisi de devenir une exception. "Je peux vous dire que c'était inconcevable que je renonce", s'est-il souvenu, dimanche, après son exploit au Motor Speedway d'Indianapolis. Au moment où tout aurait dû le conduire à jeter l'éponge, Pagenaud s'est tourné vers l'Amérique, fin 2005, où son compatriote Sébastien Bourdais avait déjà décroché deux titres en Champ Car. Pour tenter sa chance, encore. La dernière, sûrement.

Simon Pagenaud (Penske) après sa victoire aux 500 miles d'Indianpolis.

Crédit: Eurosport

Signé par une écurie très modeste – qui fera d'ailleurs faillite un an plus tard – Pagenaud a immédiatement remporté l'Atlantic Championship, une autre formule de promotion "made in America", antichambre de la discipline la plus populaire aux Etats-Unis. Un soulagement. "En 2006 et 2007, je louais mon appartement, ma télé, mon canapéC'était à ce point-là, expliquait-il à France Télévisions il y a quelques années. Je ne savais pas si j'allais rester, et si ça allait fonctionner. En avril 2008, je me demandais encore si j'allais être obligé de rentrer en France. Je ne savais pas encore si j'allais pouvoir devenir professionnel."

Le cachet de 2 millions de dollars offert pour ce titre lui a permis de faire de la survie. Et ses preuves. L'Indycar a fini par comprendre que le pilote français était devenu, dans l'esprit, un citoyen états-unien. Champion en 2016 avec le Team Penske, l'équipe la plus prestigieuse du continent, il a fini par rompre une série de sept années sans approcher le succès aux 500 Miles d'Indianapolis, que les Américains considèrent modestement comme le "Greatest spectacle in racing", devant le Grand Prix de Monaco de F1 ou les 24 Heures du Mans.

… à la dotation de 2,5 millions diffusée sur Twitter

Outre-Atlantique, Pagenaud n'est plus du tout celui dont la prononciation du nom est une épreuve pour les commentateurs locaux. Il n'a jamais éprouvé la moindre rancune envers l'Europe où la France, au contraire. Mais sa nature l'a conduit à incarner ce dont les Américains raffolent : le show. Pour comprendre la portée de sa performance, il fallait voir les 300 000 spectateurs (et les millions de téléspectateurs) se fasciner pour la fin de course du Français, au bout de laquelle il a échangé sa position de leader avec son dauphin à cinq reprises dans les douze derniers tours.

Comme s'il se sentait redevable, le pilote de 35 ans a envoyé valser le protocole après son exploit pour se tourner vers les fans qui n'attendaient que ça. "Je tiens à remercier l'Amérique, a-t-il glissé plus tard, avec un accent qui, lui aussi, ferait oublier qu'il est né dans le Poitou. J'ai toujours été bien accueilli. Pas comme un Français, mais comme un ami. Cela m'a touché. Merci à l'Amérique d'avoir fait en sorte que je me sente comme chez moi."

Lundi soir, sur les réseaux sociaux, il a diffusé le moment où sa dotation de 2 669 529 dollars a été officialisée, et c'est peut-être la preuve qu'il s'est totalement imprégné de la culture locale. Et qu'il a atteint son but. "C'est incroyable, c'est que j'ai la chance de pouvoir dire que dans ma vie, j'ai réalisé tous mes rêves". Le rêve américain. Le vrai.

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