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Le marathonien qui mit 54 ans à finir sa course

Le marathonien qui mit 54 ans à finir sa course
Par Eurosport

Le 25/07/2012 à 19:20Mis à jour Le 25/07/2012 à 19:35

Jusqu'à vendredi, plongez dans trois histoires extraordinaires qui appartiennent à la légende des JO. Aujourd'hui : le marathon de Shizo Kanakuri.

Il s’appelait Shizo Kanakuri, et normalement, on aurait dû le trouver. Le bonhomme n’était certes ni très grand (1,70 m) ni très gros (64 kg), mais tout de même, un Japonais à Stockholm, cela se remarque ! Surtout en 1912… Pour arriver là, Kanakuri avait effectué un voyage long de dix-huit jours, par la mer d’abord, puis par le train transsibérien, avant d’arriver exténué dans la capitale suédoise. Il lui avait fallu cinq jours de récupération pour être capable de s’aligner au départ du marathon olympique, but de son périple. Visiblement, cinq jours ne suffisaient pas.

Le marathon des Jeux de Stockholm fut, il est vrai, l’un des pires de l’Histoire. Disputé sous une chaleur accablante, il mit sur le flanc la moitié de ses participants. Trente-deux abandons au total, et même un drame. Le Portugais Francisco Lazaro s’effondra sur la fin du parcours, victime d’une insolation et d’un problème cardiaque. Immédiatement conduit à l’hôpital, il y succomba le lendemain, devenant le premier mort des Jeux olympiques. Il avait 21 ans. Le même âge, à peu de choses près, que Kanakuri, né le 20 août 1891 au Japon.

Lui n’était pas décédé. Du moins l’espérait-on. Car, à l’issue de la course, nulle trace de lui. Il avait pris le départ, c’était certain, tout comme il était établi qu’il n’avait pas terminé. Mais il ne figurait pas non plus parmi les coureurs ayant abandonné, que les organisateurs avaient ramassés sur le parcours. Les efforts de la police, mise sur l’affaire, furent tout aussi vains. Et Kanakuri devint rapidement en Suède « le Japonais qui a disparu », une sorte de légende urbaine à la sauce suédoise. Les rumeurs se multiplièrent. Certains l’auraient vu tituber dans Stockholm, cherchant désespérément l’entrée du stade olympique. D’autres, boire un verre en compagnie de deux troublantes beautés locales… Aucune piste ne tenait la route. Et puis, peu à peu, on l’oublia.

Un verre d'eau et un long sommeil

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Au trentième kilomètre environ de ce marathon dantesque, Kanakuri s’était écroulé dans le jardin d’une maison suédoise. Ses occupants, compatissants, lui avaient proposé un verre d’eau et même un lit pour se reposer. Le Japonais s’y s’était si bien senti qu’il s’était endormi jusqu’au lendemain matin. Ses hôtes lui avaient ensuite donné des vêtements et l’avaient mis dans un train à destination de Stockholm… De honte de n’avoir pas terminé sa course, de peur d’avoir à s’expliquer, il s’était immédiatement embarqué sur un navire en partance pour le Japon, dans la plus grande discrétion…

En 1967, Shizo Kanakuri revint à Stockholm à l’occasion de l’inauguration d’un grand magasin. Invité, à l’âge de 76 ans, il put enfin se racheter. Conduit au stade olympique, devant un public aux anges, "le Japonais qui a disparu" trottina toute une ligne droite et franchit enfin la ligne d’arrivée. Sa performance sur le marathon s’établit alors à 54 ans, 8 mois, 6 jours, 32 minutes, 20 secondes et 3 dixièmes ! La pire de l’histoire olympique. Et sans aucun doute pour toujours.

Extrait de PETITES HISTOIRES DU 100 METRES ET AUTRES DISCIPLINES, Etienne Bonamy et Gérard Schaller, Hugo&Cie, 237 pages, 16.95 euros.

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