JO d'hiver 2030 - Pourquoi Martin Fourcade a jeté l'éponge : "Il était un peu seul sur le bateau"

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Candidat naturel, approuvé jusqu’au plus haut sommet de l’état, Martin Fourcade a pourtant jeté l’éponge ce lundi. Il ne sera pas le président du comité d’organisation des Jeux Olympiques de 2030. Son ami, Loïs Habert, consultant biathlon pour Eurosport, nous éclaire sur les raisons d’un tel choix et ses conséquences.

Martin Fourcade lors des Jeux Olympiques de Paris à l'été 2024

Crédit: Getty Images

Loïs, vous êtes très proche de Martin Fourcade. Comment avez-vous accueilli sa décision de renoncer à la présidence du comité d’organisation des JO 2030 ?
L.H. : On est très proche depuis toujours et je ne suis pas impartial dans l’histoire parce que je l’aime beaucoup, on a des liens amicaux. J’étais heureux qu’il puisse faire ça. Les JO sont un modèle à faire évoluer, il faut presque renverser la table. Je ne sais pas si c’était la bonne personne mais de tous les profils qui sont sortis, sans les dénigrer bien sûr, il me semblait être celui qui pouvait vraiment apporter une nouveauté, un changement. Je suis très déçu.
Qu’aurait-il apporté ?
L.H. : Je pense surtout aux avancées environnementales. En montagne, on est touché de plein fouet par le changement climatique. Tous les modèles le disent : d’ici 2030, ça va se compliquer. C’est quelque chose qu’il avait en tête et il voulait faire évoluer les choses. Mais personne n’a envie d’écologie. Même les athlètes : la performance est à l’opposé de l’écologie quand on parle transport, confort, matériel etc. Avec son aura et sa vision, même si ça n’en fait pas un écologiste, il aurait mis le projet sur de bons rails.
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Thomas Bach et le CIO ont attribués les JO d'hiver 2030 aux Alpes françaises

Crédit: Getty Images

Le bureau à Lyon, c’est la goutte d’eau en trop
Pourquoi a-t-il renoncé selon vous ?
L.H. : Le bureau à Lyon, c’est la goutte d’eau en trop. Il était prêt à sacrifier sa vie mais pas autant que ça. Tant que le bureau était à Annecy, il aurait pu bosser à fond en restant en famille. Martin a beaucoup vécu avec Tony Estanguet ces dernières années et il s’est rendu compte du risque d’un tel rythme loin de chez soi. Et puis, il y a l’aspect politique.
C’est drôle parce que nous, on l’appelle le politicien. Il a cette fibre et malgré ça, il s’est cassé les dents. Un moment, Emmanuel Macron a quand même dit que ce devait être lui. Le message était clair mais les deux présidents de région, Renaud Muselier et Laurent Wauquiez, l’ont toujours discuté. Ils le répètent tout le temps : ils paient donc ils décident. Mais il y a quatre jours, Martin me disait encore qu’il allait y aller.
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Martin Fourcade et Laurent Wauquiez en plein selfie

Crédit: Getty Images

On comprend aussi pourquoi la politique écœure beaucoup de gens...
Ah bon ?
L.H. : Oui, c’est en tout cas ce que je comprenais. On était en vacances avec lui quand il a fait sa lettre fin octobre pour annoncer sa candidature. Il me disait que si ça se faisait, ce serait avec des conditions qui allaient lui déplaire. Ce n’est que mon avis mais dès le départ, ça ne collait pas. Selon moi, ceux qui ne voulaient pas de lui sont volontairement allés à la limite de ce que Martin pouvait accepter. Quand je lis les propos de M. Muselier, c’est presque insultant.
L’histoire de la transparence publique, du salaire trop élevé : tout ça, c’est de la guéguerre interne qui n’avait pas à être exposé. Et il faut voir ce que Martin gagne sans faire ça, il ne va pas non plus renoncer à tout… Le siège à Lyon, c’est symbolique. Lyon, c’est un fief de l’une des deux régions. Bref, il y a beaucoup de démagogie là-dedans et on comprend aussi pourquoi la politique écœure beaucoup de gens qui ne veulent pas s’impliquer même à des niveaux plus modestes.
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Martin Fourcade se retire du projet 2030.

Crédit: Getty Images

Il y a une semaine, il pensait encore pouvoir inverser la mainmise des politiques
Quand Renaud Muselier décrit Martin Fourcade comme "un solitaire qui ne peut pas travailler en collectif", le rejoignez-vous ?
L.H. : Ce n’est pas faux à 100%. Martin est un homme qui a besoin de tout comprendre pour prendre une décision collective. Ça prend du temps parfois. Pour ceux qui veulent avancer vite, ça a pu être pris comme ça. Il se laisse du temps pour comprendre les effets domino que prend chacune de ses décisions. Ses opposants ont joué là-dessus. Mais encore une fois, il y a une semaine, il pensait encore pourvoir inverser la mainmise des politiques, la localisation du bureau à Lyon… Il y croyait. Mais il était un peu seul sur le bateau.
Quelle est la suite pour lui selon vous ?
L.H. : Désormais, il faut voir comment il rebondit. Tout devient compliqué pour le monde des sports d’hiver aujourd’hui. On parle beaucoup des valeurs du ski dans la société, le ski qui devient un sport de riches et qui génère de grosses tensions dans les montagnes. Les associations qui militent contre les JO commencent à prendre beaucoup de poids. Peut-être que Martin sauve sa peau finalement…
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