Rugby à 7 : Pourquoi une si longue disette pour les Bleus… et pourquoi s'achève-t-elle maintenant ?

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Un "déclic" plus qu'un héros. Antoine Dupont a contribué à mettre un terme à une attente de près de 20 ans, dimanche à Los Angeles, faisant partie de la première équipe de France de rugby à sept lauréate d'un tournoi sur le circuit mondial depuis 2005. Cette traversée du désert peut s'expliquer par la politique peu lisible du Sevens dans l'Hexagone, mais son issue est le fruit de progrès notables.

Rugby à sept - La France remporte le tournoi masculin de Los Angeles

Crédit: Getty Images

Les "chercheurs d'or" ont enfin trouvé leur bonheur, dimanche en Californie. Ainsi surnommés par leur sélectionneur Jérôme Daret – connaisseur avec eux des autres métaux –, les Bleus ont remporté un tournoi de rugby à sept sur le circuit mondial pour la première fois depuis 2005, en triomphant à Los Angeles. Soit une disette de quasiment vingt ans, qui traduit la façon dont le Sevens peine à trouver sa place dans le paysage rugbystique français.
Officialisé en 2009, le retour du rugby aux Jeux Olympiques s'est effectué par le biais du "sept", en 2016, d'où une importance accrue accordée à la discipline, mais aussi des enjeux à court, moyen et long termes qui s'entrechoquent, avec l'impérieuse nécessité de briller une fois tous les quatre ans. Il en résulte une politique hybride, entre joueurs sous contrat avec la fédération pour pratiquer le rugby à sept et quinzistes qui viennent en renfort.

Vakatawa-Dupont, symboles croisés

La France n'a pas l'apanage de ce manque de clarté, qui réside en grande partie dans le fait que le Sevens n'est pas un sport à part entière – contrairement au rugby à treize par exemple – mais courir derrière un modèle idoine, sans mettre la main dessus, a sans doute contribué à ce que les Bleus restent "fanny" si longtemps. Virimi Vakatawa, distingué parmi les trois meilleurs joueurs de rugby à sept du monde en 2016, a incarné cette situation particulière.
Il a un temps eu les deux casquettes – septiste et quinziste – pour la France, payé par la FFR (2014-2017). En 2024, c'est Antoine Dupont (entre autres) qui illustre la porosité entre les deux disciplines. Et celle-ci peut aussi avoir du bon. "C'est comme avec Virimi Vakatawa. On savait très bien, quand on jouait avec lui, qu'il allait faire des petits exploits. Ce n'est que du bonheur d'avoir des mecs comme ça dans une équipe", raconte Jérémy Aicardi, qui a notamment participé aux JO 2016 avec l'ancien joueur du Racing 92.
Stephen Parez était également de l'aventure. Il en est toujours, huit ans plus tard, en tant que cadre. Ce week-end aux Etats-Unis, c'est avec émotion qu'il a enfin glané la victoire à laquelle il aspire depuis une dizaine d'années, rejoignant au passage Terry Bouhraoua et Julien Candelon dans le club des auteurs de 100 essais en World Series. "Cela s'est beaucoup professionnalisé, c'est plus précis, exigeant. Les joueurs qui viennent sont aussi plus à l'écoute", avançait-il en début de saison, trépignant à l'idée de rompre avec les places d'honneur pour étreindre un trophée.

Un cap franchi la saison dernière

Arrivé en 2017 dans cette optique, Daret n'a pas révolutionné ce que Frédéric Pomarel, son prédécesseur, avait mis en place. "Il y avait quelques fondations (…) C'est important de s'appuyer sur ces héritages-là et de construire une vision un peu plus moderne", a-t-il exposé en novembre, à l'aube d'une année 2024 qui devait être celle de la confirmation, et est en passe de l'être (la France est 4e chez les hommes, après cinq étapes sur huit).
Le sacre de L.A. – à l'issue d'un tournoi plein de surprises aux airs d'opportunité en or – récompense en effet une montée en puissance. Les Bleus ont achevé l'exercice précédent dans le "Top 4" mondial qui s'était toujours refusé à eux. Une performance synonyme de qualification olympique... qu'ils n'avaient pas à décrocher, en tant que représentants du pays hôte, mais qui a suscité de la fierté. Ils étaient là, souvent sur le podium (quatre fois la saison passée), à défaut d'en occuper la plus haute marche.
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Jefferson Lee Joseph (France, à droite) - Avril 2023

Crédit: Getty Images

Dupont, la partie émergée… du glaçon

La présence de Dupont n'apparaît ainsi ni anodine ni un tournant que l'on peut, déjà, qualifier de définitif. Elle constitue un gros coup de projecteur médiatique et un petit coup de boost sportif. L'habituel capitaine du XV de France, outre son bon niveau de jeu, a semblé irradier dans le groupe tricolore - malgré une fatigue difficile à gérer pour un néophyte, dimanche - transmettant à la fois de la confiance et de l'envie d'être à la hauteur de ses compères.
"Le déclic, c'est qu'on a beaucoup travaillé, on a de l'expérience, et on a un facteur X avec nous", résume Varian Pasquet, parlant de son nouveau coéquipier. Dupont est la touche finale d'un édifice dont la solidité est indépendante de lui. Cependant, le flou règne en profondeur, avec un gloubi-boulga au niveau des compétitions nationales que déplore Aicardi, revisitant la métaphore de l'iceberg : "J'ai envie que le rugby à sept avance, mais ce n'est même pas un iceberg, c'est un glaçon." Des questions quant à la structure du Sevens en France méritent toujours d'être posées.
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Video credit: Eurosport

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