Léon Marchand élu sportif français de l'année - "Attention, Léon n'est pas invincible"

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Léon Marchand a tout cassé en 2023. Trois titres de champion du monde, un record iconique sur le 400 m 4 nages et une invincibilité qui fait du Français l'ogre des bassins. A quelques mois de JO à domicile, que peut craindre le Toulousain ? Son coach, Nicolas Castel, revient pour nous sur l'année de son protégé et met en garde contre tout excès de confiance. Interview.

Léon Marchand, champion du monde du 200m 4 nages

Crédit: Getty Images

A quelques mois des Jeux Olympiques dont il pourrait être la tête d'affiche, Léon Marchand poursuit sa préparation aux Etats-Unis après une année folle. Loin de la France, le quintuple champion du monde se fait discret. "Il est tellement sollicité que si on ne mettait pas le frein, il n'y arriverait pas", nous explique son coach. Pour retracer son année insensée et avant d'entamer le plus gros défi de sa carrière, nous avons donné la parole à l'un de ceux qui le connaît le mieux, son coach Nicolas Castel.
Comment qualifieriez-vous en un mot la saison de Léon Marchand ?
N.C. : En un mot, c'est difficile. Je dirais énorme. C'est surtout un juste retour sur l'énorme investissement.
Si vous ne deviez retenir qu'une course, ce serait laquelle ?
N.C. : La finale du 400 4 nages, ça restera un moment exceptionnel. Battre un record de Michael Phelps, aussi vieux. Et il ne l'a pas battu de quelques centièmes. C'était une grande émotion pour lui, pour moi, pour le staff, l'équipe de France. Je garde ces flashes de la course. Ce n'est pas un aboutissement parce qu'il construit sa carrière avec des objectifs et avant d'en avoir atteint un, il a déjà celui d'après en tête. Ce sont des étapes qu'il franchit. Il est sur d'autres objectifs aujourd'hui comme les titres olympiques. L'aboutissement, il l'atteindra à la fin de sa carrière seulement.
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Léon Marchand a battu le record de Michael Phelps à Fukuoka

Crédit: Getty Images

Est-ce que même vous, qui le connaissez depuis l'enfance, vous avez fini par être étonné par le phénomène que vous entraînez ?
N.C. : C'est difficile de décrire la sensation. Je suis toujours dans une grande émotion quand il gagne. C'est de la joie pure, pas de l'étonnement. Mon premier réflexe, même sur son record du monde, c'est d'identifier ce qu'il ne fait pas bien et d'en discuter avec Bob (ndlr : Bowman, l'autre entraîneur de Léon Marchand). Il peut encore faire mieux et, croyez-moi, je ne serais pas étonné qu'il aille encore plus vite. Après, oui, je ne m'attendais pas à ce qu'il nage aussi vite aux championnats de France sur le 100m brasse. Je pensais bien qu'il pouvait battre son record de France mais pas dans ces proportions. Qu'il soit si proche d'un record du monde alors qu'il n'était pas préparé pour, pas rasé, qu'il sortait d'un stage en altitude…
La meilleure nouvelle de cette année 2023, c'est qu'on sait que Léon Marchand est capable d'assumer un nouveau statut.
N.C : Oui, c'est certain. Confirmer et gérer la pression différemment quand on est le leader, c'est difficile. C'était important de voir qu'il était capable de gérer ça un an avant les Jeux de Paris.
Comment se construira sa saison jusqu'à Paris 2024 ?
N.C. : Assez simplement. Ça fait deux ans qu'il répète son plan. Il va faire la saison universitaire aux Etats-Unis jusqu'aux finales NCAA. Il basculera ensuite en grand bassin avec les championnats de France puis le départ avec l'équipe nationale en stage à Vichy jusqu'aux JO. Donc on ne le verra sans doute pas en France jusqu'aux championnats nationaux.
Léon Marchand n'a pas connu la défaite durant un an. Il écrase tout, possède une marge énorme sur la concurrence. On a l'impression que rien ne peut le faire dérailler.
N.C. : Attention, il n'est pas invincible, il est humain. Il a d'ailleurs perdu un 400 yards 4 nages face à Hubert Kos en novembre. Il est tombé malade et ça peut arriver n'importe quand. On travaille avec son staff pour faire en sorte que ça n'arrive plus. Mais la montée en puissance est obligatoire. La concurrence est rude et Léon le sait très bien. On dit qu'il écrase tout mais il voit ce qu'il se passe aux Etats-Unis, en Chine, en Australie, en Europe. Certains Russes vont réintégrer les JO sous bannière neutre. Il se ne prend pas la tête mais il a un œil sur tout.
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Léon Marchand après son troisième titre à Fukuoka

Crédit: Getty Images

Quel est le plus gros danger qui le guette : la pression, la concurrence… ?
N.C. : On peut trouver des dangers partout mais je ne pense pas qu'il y ait de grands dangers. Il se prépare tranquille. Bien sûr, il peut arriver plein de choses. Je n'en identifie pas un en particulier.
Il va vivre l'avancée vers les JO depuis les Etats-Unis loin de l'effervescence et des médias. Est-ce que c'est le meilleur moyen de préparer l'échéance ?
N.C. : Oui, sûrement. C'est une bonne chose de se protéger de l'engouement autour des Jeux et de lui. Ce n'est pas quelque chose de conscient au départ ni l'idée première mais c'est sans doute mieux ainsi.
Est-ce que vous avez une idée plus précise de son programme pour les JO ?
N.C. : Ce sera du dernier moment. On va passer les championnats de France, il devra se qualifier même si ça semble facile… On verra les options qu'il aura.
Allez, c'est le moment de nous dire la vérité. Combien de médailles d'or va viser Léon Marchand ?
N.C. : Non, je ne dirai ça à personne (rires). Je n'aime pas ça. On va se laisser du temps et un peu de suspense.
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Léon Marchand

Crédit: Getty Images

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