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Rétro JO: Calgary 1988

Rétro JO: Calgary 1988
Par Eurosport

Le 30/01/2010 à 09:15Mis à jour

Suite de notre rétrospective des Jeux d'hiver avec Calgary 1988. Une édition marquée par la révélation d'une immense star du ski alpin, Alberto Tomba. Franck Piccard sauve lui l'honneur du clan français en obtenant à lui seul les deux médailles françaises.

AU COEUR DES JEUX

Le Canada est-il le grand maudit des Jeux Olympiques? Il s'agit en tout cas du seul pays à n'avoir jamais remporté la moindre médaille d'or alors qu'il organisait les J.O. L'affront de Montréal, en 1976, s'est reproduit douze ans plus tard à Calgary, où les athlètes à la feuille d'érable n'ont pu monter une seule fois sur la plus haute marche du podium. Une énorme déception, notamment pour le patineur Brian Orser, battu sur le fil par l'Américain Brian Boitano, au terme d'un duel époustouflant.

L'ancien comptoir des Rocheuses, anonyme parmi tant d'autres, devenu le centre du monde olympique pendant deux semaines, conservera néanmoins un excellent souvenir de ces Jeux. Globalement, les athlètes et les suiveurs aussi, même si l'éloignement de certains sites aura posé quelques problèmes. Les Jeux d'hiver commencent à tutoyer le gigantisme. Tous les chiffres sont à la hausse, du nombre d'épreuves à celui du nombre de participants, en passant par la couverture télé, désormais planétaire.

La météo jouera elle aussi quelques tours. Trois jours avant la cérémonie d'ouverture, il fait -25° sur Calgary. Heureusement, le chinook, vent chaud venu tout droit du Pacifique, franchit les Rocheuses et permet à la température redevient positive. Ce n'est toutefois pas ce redoux qui contraindra les organisateurs à repousser la descente masculine, mais bien les rafales de vent, flirtant à 100 km/h. Avec 29 médailles, dont 11 en or, l'URSS domine de loin le tableau des médailles, deux ans avant son implosion.

A SAVOIR

Nombre de nations : 57
Nombre de participants : 1423 (1110 hommes et 313 femmes)
Nombre d'épreuves : 46
Dates : 13 au 28 février
Pays le plus médaillé : URSS (16)
Nombre de médaille française : 2
Ouverture officielle : Jeanne Sauvé (Gouverneur général du Canada)
Serment : Pierre Harvey (Ski de fond)

LA PETITE HISTOIRE

Mais où est passé Alvaro? Le Mexicain Alvaro Martinez était si distancé dans le 50 km de ski de fond que les organisateurs, ne le voyant pas arriver ont envoyé des gens à sa recherche, de peur qu'il se soit perdu !

Drame le jour du géant masculin. Sur une piste, deux skieurs se percutent violemment. L'un deux, un Autrichien, est happé par les chenilles d'un engin servant à damer les pistes. Il meurt sur le coup, sous les yeux des Suisses Pirmin Zurbriggen et Martin Hangl , qui ont assisté à la scène, depuis le télésiège où ils avaient pris place.

Conséquence de l'augmentation du nombre d'épreuves et de participants, les Jeux Olympiques se disputent pour la première fois sur seize jours et trois week-ends. Un format conservé depuis lors des éditions suivantes.

Les Indiens Lubicon appellent au boycottage des Jeux afin de protester contre la destruction de leurs terrains par les compagnies pétrolières. Au début des années 80, quelques 400 forages ont été pratiqués sur ce territoire.

LES HEROS

Vreni Schneider (Ski alpin, Suisse)

Avec 55 victoires en Coupe du monde, dont 34 en slalom et 20 en slalom géant, Vreni Schneider n'est devancée que par l'Autrichienne Annemarie Moser-Pröll (62), impératrice de la descente. Mais la Suissesse demeure surtout la grande dame des Jeux Olympiques. Tout au long de sa carrière, elle a glané cinq médailles, dont trois en or. C'est à Calgary que la technicienne helvétique réussit sa plus belle moisson, en remportant le slalom et le géant.

La vie s'était chargée de forger le caractère de cette fille de cordonnier. Sur les planches depuis l'âge de trois ans, Vreni n'avait abordé le haut niveau que relativement tard. En effet, à 15 ans, elle avait dû, au décès de sa mère, assumer les tâches ménagères pour son père et ses deux frères aînés. Exclue du cadre national par manque de résultats, Vreni était revenue en équipe nationale par la petite porte du comité régional. Dans les années 90, elle sera ensuite désignée slalomeuse du siècle. A juste titre.

Alberto Tomba (Ski alpin, Italie)

Grande révélation du début de l'hiver, avec ses sept victoires en Coupe du monde, Alberto Tomba est un champion en devenir lorsque débutent les Jeux de Calgary. A la fin de la quinzaine olympique, l'Italien a définitivement changé de statut. Ses résultats, mais aussi son exceptionnel charisme, font de lui une star planétaire. Exubérant, exaspérant, irrésistible, beau gosse, charmeur, provocateur, Tombe, surnommé la Bomba, est tout cela à la fois, et bien plus encore.

Mais l'Italien peut tout se permettre, car sur la piste, il assure. Le 25 février, il assomme ses adversaires en survolant le géant avec plus d'une seconde d'avance sur le deuxième, l'Autrichien Hubert Strolz. Une première médaille d'or, bientôt suivie d'une seconde, en slalom. La première manche se passe pourtant moyennement. Tomba n'est que troisième. Mais le Bolognais se déchaine sur le second tracé, et coiffe finalement pour six centièmes l'Allemand Frank Woerndl. La légende de Tomba est en marche.

Matty Nykanen (Saut, Finlande)

"L'homme-oiseau", "le Finlandais volant", "l'ange déchu": Tous ces surnoms ont jalonné la vie de Matti Nykaenen, précurseur d'une nouvelle génération de sauteurs à skis, mais incapable de réussir sa vie loin des tremplins. Vainqueur de la Tournée des 4 tremplins en 1983, 85, 86 et 88, déjà sacré champion olympique à Sarajevo en 1984, Nykaenen débarque à Calgary avec une ambition un peu folle: devenir le premier sauteur à remporter trois médailles d'or dans une même édition.

Son rêve va se réaliser. Le Finlandais réussit le Grand Chelem, un exploit unique à ce jour. Premier du petit tremplin, il remporte aussi le grand tremplin et la médaille d'or par équipes. Il est le plus grand. Mais ses succès l'entraînent sur une autre pente. Celle des dérapages, si bien qu'il est exclu de l'équipe de Finlande pendant deux saisons par Matti Pulli, son entraîneur. Son second père. Ses frasques, ses caprices et son goût pour les paradis artificiels l'isolent. Elles le mèneront jusqu'à déchéance, et jusqu'à la prison...

LES MEDAILLES FRANÇAISES

Or (1)

Franck Piccard (Ski alpin - Super G)

Franck Piccard restera à jamais comme le premier champion olympique de Super G de l'histoire. Une discipline créée au début des années 80 par le journaliste Serge Lang, qui fut déjà co-fondateur de la Coupe du monde 15 ans plus tôt. Compromis entre la géant et la descente, même s'il s'apparente davantage à une épreuve de vitesse qu'à une discipline technique, le Super G va permettre à Franck Piccard de redorer le blason du ski alpin français, en quête d'un sacre olympique depuis Grenoble, en 1968.

Cet épanouissement au firmament de l'Olympe ne relève pourtant pas de l'évidence au début des Jeux? Le skieur des Saisies n'a jamais franchement confirmé son titre mondial en juniors, obtenu en 1982. Il est encore en quête de sa première victoire en Coupe du monde. Mais sa médaille de bronze en descente, six jours avant le Super G, l'a mis en confiance. Avec son exceptionnel sens de la glisse, Piccard vole et s'impose avec une avance confortable. "C'est une discipline libertaire et c'est sans doute pour cela que je m'y suis toujours bien senti", explique le Français en parlant du Super G.

Bronze (1)

Franck Piccard (Ski alpin - Descente)

Enfin débarrassé de ses douleurs dorsales, Piccard se lâche lors de la descente. Il est devancé par les Suisses Pirmin Zurbriggen et Peter Müller, mais devance Leonhard Stock, champion olympique en 1980 à Lake Placid, pour s'offrir le bronze. Un premier exploit qui allait en appeler un autre, bien plus marquant encore...

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