Violemment secoué par une série de révélations de cas de violences sexuelles, le judo français a élu dimanche un nouveau président, l'ex-judoka Stéphane Nomis, préféré à Jean-Luc Rougé, en poste depuis 2005. Le verdict (59,99% de suffrages) fait office de désaveu pour le président sortant, l'indéboulonnable Jean-Luc Rougé, ex-champion du monde qui officiait à la tête de la fédération depuis 2005.

Le choix entre ces deux seuls candidats est intervenu dans un climat délétère, alors que les révélations de cas de violences sexuelles dans ce sport pratiqué par 500.000 licenciés en France s'enchaînent depuis près de trois semaines, et qu'une des affaires au moins pourrait éclabousser les instances du judo tricolore. Jeudi, une enquête préliminaire a en effet été ouverte par le parquet de Lille pour des faits d'agressions sexuelles à l'encontre de trois victimes visant un ex-membre du comité de direction fédéral âgé d'une soixantaine d'années, interrogeant sur une éventuelle protection de la part de la fédération.

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Comme dans d'autres sports avant le judo, la parole se libère et les témoignages affluent notamment depuis le récit, dans Le Parisien début novembre, d'une ancienne élève racontant avoir été violée par son entraîneur quand elle était mineure. Selon un dernier pointage, une trentaine de cas de violences sexuelles - sur près de 340 tous sports confondus - a été recensée dans le judo par la cellule mise en place en début d'année par le ministère des Sports.

"Briser l'omerta"

Les 250 délégués départementaux ont donc choisi du sang neuf pour diriger ce sport majeur en France, avec Stéphane Nomis, ancien judoka international âgé de 50 ans, désormais PDG d'une société informatique, qui appelait à "briser l'omerta". Alors qu'une mission d'inspection sur les violences sexuelles a été déclenchée par la ministre des Sports Roxana Maracineanu, Stéphane Nomis s'était réjoui que "la parole se libère".

En plus de ce climat délétère, le judo prend de plein fouet la fermeture des clubs depuis le reconfinement, et perd près de 2 000 adhérents par jour selon une source à la fédération. Les difficultés économiques à venir pour les clubs, faire revenir sur les tatamis son demi-million de pratiquants, mobiliser les bénévoles dans les clubs: le nouveau président ne manque ainsi pas de dossiers brûlants en plus de celui des violences sexuelles, sûrement loin d'être clos.

"Il n'y a pas photo, les gens veulent du changement, assurait Stéphane Nomis quelques jours avant son élection. Mais même avant ça les gens avaient ressenti un malaise. On arrive au bout d'un système de copinage, on est arrivé à la limite de ce fonctionnement." Désormais en première ligne, Stéphane Nomis va devoir passer de la parole aux actes.

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