Jeux Olympiques Paris 2024 | Teddy Riner, grand champion, immense méfiance
Mis à jour 02/08/2024 à 08:44 GMT+2
C'est le Jour J pour Teddy Riner. Ce vendredi, dans l'écrin de l'Arena Champs de Mars, devant un public en fusion, le colosse de 2m04, veut réaliser à 35 ans son plus grand rêve : ajouter une troisième médaille d'or individuelle olympique à sa collection, lors de ses Jeux à domicile. Une ambition à sa démesure remplie de dangers. Plus qu'il n'en a jamais connus.
Riner et Dicko, le plus beau des rêves devant la Tour Eiffel
Video credit: International Judo Federation
Ce vendredi 2 août 2024, Teddy Riner l'a coché sur son agenda depuis la révélation du programme du judo aux Jeux Olympiques de Paris 2024. Il fut un temps où il se demandait s'il serait capable d'être présent, à 35 ans, pour ce rendez-vous d'une vie. Le doute était légitime. L'amour de son sport, son sens des défis lui donné envie de continuer d'écrire son roman, accomplir son destin de géant. Entrer dans l'histoire peut-être. Pour notre plus grand plaisir.
A l'Arena Champs de Mars, le plus grand judoka français de tous les temps aura pour mission de concasser ses adversaires, faire oublier le couac tokyoïte de 2021 afin d'aller chercher cette fameuse troisième médaille d'or que seul le Japonais Tadahiro Nomura a glissé autour de son coup à Athènes en 2004. Ce ne sera pas une mince affaire.
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OG Rio 2016 : Teddy Riner wins the gold medal in the men +100kg final
Video credit: Eurosport
Redevenu champion du monde en 2023, Teddy Riner a repris à Doha le fameux dossard rouge, six ans après sa précédente participation à l'événement. Mais depuis, la Fédération internationale de judo a réparé le préjudice fait à Inal Tasoev lors de cette finale, en le déclarant conjointement champion du monde. Une bizarrerie qui a rappelé que Teddy Riner n'exerçait peut-être plus son art avec la même aisance, la même marge qu'avant.
Durée de combat en baisse : un trompe l'œil
L'heure n'est évidemment pas à l'alarmisme. Le champion s'est imposé des charges de travail folles à l'entraînement, son discours transpire l'enthousiasme. Il trépigne, il est impatient de se produire devant ce public qui l'a toujours chéri, gâté, et qui le vénère.
De même, verser dans un optimisme béat serait une grave erreur comme ignorer les quelques signes apparus ces derniers mois. Rien de grave, encore une fois. Juste des petits rappels que le champion a bien notés. Tout d'abord, Teddy Riner a remporté ses 29 combats en Grand Chelem ou en Championnat du monde depuis les Jeux Olympiques de Tokyo 2021 en passant en moyenne 2'50" sur le tatami. Une durée inférieure aux quelques 3'30" depuis le début de sa carrière ; qui inclut les pics des grands rendez-vous, où la concurrence est plus élevée. En témoignent les 4'41" des Mondiaux 2023, gonflées par trois golden scores, soit la moitié de son quota depuis Tokyo 2021.
Cette inflation n'est pas une nouveauté, Teddy Riner et son staff vivent dans cette réalité depuis toujours et savent qu'il n'y a rien de mieux qu'un grand championnat, en approche des Jeux, pour se mettre en condition. Tout cela au cœur d'une préparation olympique qui tient évidemment compte des précédents de Pékin, Londres, Rio et Tokyo. Où Teddy Riner avait bataillé en moyenne 4'46", 4'57", 4'1" et 3'17" à chaque tour. Une durée qui a chuté lors de la dernière olympiade pour une raison : le passage d'une durée maxi réglementaire de 5 à 4 minutes. Et à son âge, ce n'est pas un détail.
Se souvenir de Pékin, et de ce qui a suivi
Des données qui racontent une histoire, cachent des disparités et montrent qu'il faut s'attendre à tout. En Chine, en 2008, le Guadeloupéen s'est laissé embarquer par Abdullo Tangriev dans un duel de 9'05" en quart de finale, pour s'incliner ; son match à ce jour le plus long aux Jeux, qui rappelle que les schémas préconçus peuvent exploser.
"Le problème est qu'on m'a préparé à ce que ce soit dur, que ça aille vite ; que ce soit en gros la guerre. Je n'étais pas préparé à ce type de combat", se souvient le Français, qui a exploré ce jour-là à ses dépens un territoire inconnu.
Après ça, Londres a été un paradoxe, au cœur de sa plus grande période de domination. Quadruple champion du monde en titre, cinglant à chaque sortie sur la grande scène, le colosse de Pointe-à-Pitre a été poussé dans la capitale anglaise à la limite des cinq minutes lors de quatre de ses cinq combats. Et il en a été quasiment de même à Rio où, septuple champion du monde invaincu, il est allé au bout de trois de ses quatre tours pour conquérir la médaille d'or. Preuve que rien n'est décidément facile, il a atteint la limite des quatre minutes une fois à Tokyo, en 8e de finale, avant deux golden scores, fatal en quart de finale (contre Basahev), victorieux pour la place de troisième.
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En 2012, Riner décrochait son premier titre olympique à Londres
Video credit: Eurosport
"Il n'y a pas de petits JO"
Plus que jamais, Teddy Riner est paré à tout pour cette journée à l'intensité extraordinaire, lors de laquelle il est assuré de ne rencontrer qu'un représentant d'un même pays. Un détail non négligeable dans un sport où le Japon aligne régulièrement des remplaçants aussi forts que les titulaires. Le Géorgien Guram Tushishvili en quart, l'Ouzbèke Alisher Yusupov ou le Tadjik Temur Rakhimov en demie, et le Japonais Tatsuru Saito en finale : voilà sa feuille de route. Théorique, copieuse et non exhaustive, surtout si l'électron libre Lukas Krpalek, non-tête de série, surgit avant ces échéances. Champion olympique en -100 kg en 2016, champion olympique en titre des +100 kg, le Tchèque avoue sa motivation d'être à Paris : se payer Teddy Riner chez lui.
"Le jour des Jeux, vous avez beau être suffisamment armé, ça va être du combat, concède effectivement Teddy Riner. Il ne faut rien lâcher. C'est combat après combat. Ne pas croire qu'on va arriver en finale comme ça. Il n'y a pas de petits JO, pas de chemin facile."
quart de finale ET PREMIER GROS DANGER
"Si tu les prends combat par combat, Teddy ne perdra pas, assure Frédéric Lecanu, commentateur du judo pour Eurosport. Ce ne sont pas des combats qui, intrinsèquement, sont dangereux. Les adversaires, je pense qu'il va les battre. Après, la question est dans quel état de forme arrivera-t-il sur chaque combat ? C'est ça en fait qui rend la compétition intéressante et imprévisible. C'est juste l'usure des combats qui peut diminuer son potentiel."
L'enjeu sera de ne pas laisser trop d'énergie avant le quart de finale contre le Géorgien Guram Tushishvili, avant la pause de la mi-journée. S'avancera alors normalement devant lui l'Ouzbèke Alisher Yusupov, qui l'avait chahuté en février au Grand Chelem de Paris et enfin Tatsuru Saito, le Japonais en mission. A moins que ce ne soit le n°1 mondial sud-coréen, Kim Min-jong.
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Bousculé, le dos au mur, Riner bat Saito au métier en finale à Antalya
Video credit: Eurosport
Pour la technique, pas de problème. "Debout, sur les mains, ça reste fort, sur les attaques ça reste fort, il y a encore plus de puissance qu'avant", rassure Teddy Riner. C'est précisément sur quoi il a remis l'accent avec Christian Chaumont depuis quatre mois.
Pour devenir le plus vieux champion olympique à 35 ans et 117 jours, le facteur physique va donc être au cœur de l'équation. Et même si son entraîneur le trouve "tout frais, tout plein d'envie", les scénarios des sorties de son poulain depuis les Jeux de Tokyo ont dessiné une réalité légèrement différente et imposé des nuances. La norme désormais est que Teddy Riner encaisse une pénalité par combat. Les 19 qu'il a encaissées lors de ses 29 derniers combats l'ont été principalement pour non-combativité (10), fuite des limites du tapis (3).
L'alerte madrilène : "De la complaisance de la part de Teddy"
Bien sûr, ses rivaux en ont pris 50 dans le même temps, pour non-combativité (13), fausse-attaques (11), postures défensives (9), refus de saisie (8), ce qui revient à peu près au même. La marque d'un judo moderne de pénalités qui reste un sujet pour le Français, mené plusieurs fois au score ou au nombre de shidos essuyés depuis Tokyo. A Antalya, le 29 mars, on l'a vu dos au mur contre Saito (2 pénalités reçues contre 0) et à Madrid, le 8 juin, il s'est carrément fait projeter (waza ari) comme un junior par le Polonais Grzegorz Teresinski. "Il a attaqué, j'ai mal défendu, a-t-il plaidé. Ça m'a réveillé. C’est bien que ça arrive maintenant." Un accident salutaire, en somme.
"A Madrid, c'est plus de la complaisance de la part de Teddy, parce que c'est dur de se motiver, tempère son coach. Il est face à quelqu'un qui n'est pas vraiment d'un haut niveau (101e mondial). C'est un peu du relâchement complet. S'il le prend très au sérieux de suite, il n'y a plus de combat."
Pour achever cet inventaire des dangers sur une étrangeté, le droitier Teddy Riner va essentiellement combattre contre des gauchers. A minima Tushishvili, Yusupov et Saito ou Kim ; Granda ou le champion en titre Krpalek si ces derniers déjouent les pronostics. Une occurrence qui n'est qu'une coïncidence et qui n'a rien à voir avec un évènement passé.
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Krpalek, la légende olympique rêve d'une finale contre Riner
Video credit: International Judo Federation
En battant le plus grand judoka du XXIe siècle, encore junior, au tournoi de Hambourg en 2008, Yasuyuki Muneta avait créé le mythe du petit (1m72) gaucher, anti-thèse parfaite de Riner. Et non, les responsables des filières étrangères n'ont pas cherché à tout prix à sortir un profil de ce type. "Ces gens sont gauchers et c'est un hasard, coupe Christian Chaumont. Ça pourrait être dix droitiers, là c'est dix gauchers, ajoute-t-il, à propos de ce top 10 mondial cannibalisé par les gauchers, à l'exception de Teddy Riner et Inal Tasoev, exclu des Jeux parce que russe. Ça arrive dans d'autres catégories. Ça passe par périodes."
Teddy Riner est donc tenu de faire avec, et il a développé tout un arsenal en conséquence autour de cette contrainte, qui en reste une mais avec laquelle il vit très bien. Encore jusqu'à 19h00 vendredi, on l'espère.
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