UFC | Ciryl Gane a été sacré champion des poids lourds, mais son parcours souffre, un peu injustement, d'un manque de légitimité
Par Yohann Le Coz
Publié 21/09/2026 à 00:51 GMT+2
Ciryl Gane est officiellement le champion des poids lourd de l'UFC. Il s'agit d'une première dans l'histoire du sport français, jamais un combattant tricolore n'a décroché une ceinture dans l'organisation reine du MMA mondial. Mais l'obtention du Graal sans combattre, l'absence de Tom Aspinall et les critiques dont le Bon Gamin est la cible donnent à cette consécration un goût d'inachevé.
Ciryl Gane après sa victoire contre Alex Pereira lors de l'UFC Freedom 25à à la Maison Blanche.
Crédit: Getty Images
Rien ne lui aura été épargné pour rendre son titre de champion des poids lourds moins clinquant. Ciryl Gane a été officiellement promu champion des lourds l'UFC ce week-end. Il vient de s'installer, en quelque sorte, dans le fauteuil de l'homme le plus dangereux du monde à la bagarre. Dans l'histoire du MMA, jamais un Français n'a pu revendiquer un tel accomplissement, dans aucune catégorie de poids. Ce titre lui revient de droit. Car s'il reste une interrogation sur son duel avec Tom Aspinall, qui ne reviendra pas tout de suite aux affaires en raison de sa blessure aux yeux, le reste de la catégorie fait pâle figure face au "Bon Gamin". Et pourtant.
"Malheureusement, tu es toujours obligé de prouver dans une carrière", avait lancé Gane, de manière presque prémonitoire, après sa victoire au deuxième round contre Alex Pereira, en juin dernier, sur la pelouse de la Maison Blanche. Effectivement, même maintenant que la ceinture est posée autour de sa taille, puisque Tom Aspinall a abandonné la sienne et que le Français était champion intérimaire à la faveur de sa victoire contre Pereira, il ne l'a pas obtenue au bout d'un combat.
Alors que les critiques pleuvent sur son style, où certains voient de la triche et des coups illégaux, que ses victoires sont décortiquées pour y trouver ses actions illicites, se proclamer champion sans combattre n'aurait pas beaucoup de sens pour Gane. En tout cas pas dans un sport où tout se gagne dans la sueur, le sang et la douleur. Et dans lequel la reconnaissance du public a beaucoup de valeur, sportivement comme économiquement.
Une première défense de ceinture largement à sa portée
Pereira a d'ailleurs joué cette carte sur les réseaux sociaux. Dans un post Instagram, il a mis côte à côte Jon Jones et Francis Ngannou, les deux monstres contre lesquels Gane avait déjà échoué pour cette même ceinture poids lourds et Alxander Volkov, que Gane a déjà battu, mais dans une victoire controversée. En plus de Pereira lui-même, qui accuse toujours le Français de l'avoir battu grâce à des coups illégaux derrière la tête. Le tout accompagné de la mention "Désormais champion poids lourds" et une tripotée d’émojis hilares.
En bref, vous l'aurez compris, Gane va devoir se battre pour faire valoir son mérite, littéralement. L'UFC lui a déjà offert une opportunité, complètement abordable, contre Josh Hokit, le 14 novembre au Madison Square Garden à New York. Sur le papier, le Français ne devrait faire qu'une bouchée de Hokit, qui s'est frayé un chemin dans la catégorie dépeuplée des lourds, mais reste plus connu pour son insolence au micro et son comportement odieux - pour rester poli - en conférence de presse, que pour son véritable talent dans la cage.
Défendre sa ceinture lui donnera en revanche une certaine légitimité. Lui pour qui tout a été si facile pendant si longtemps. Le "Bon Gamin" est un surdoué, un athlète. Il s'est mis au muai thaï en 2014 et n'a jamais ét battu, s'est ensuite mis au MMA en 2018 et a gravi les échelons à toute vitesse. Jusqu'à se cogner contre deux plafonds, nommés Jones et Ngannou, parmi les deux meilleurs lourds de l'histoire de ce spot. Des défaites pour lesquelles il a été vertement critiqué. Sûrement trop sévèrement parfois.
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Josh Hokit est plus connu pour ses frasques que pour ses performances dans la cage.
Crédit: Getty Images
Si Aspinall ne revient pas, le titre des lourds aura-t-il la même saveur ?
Le hic, c'est que ses détracteurs se sont nourris de la suite de son parcours. Après Ngannou ? Gane s'est relancé à Paris avec une victoire contre Tai Tuivasa, qui a enchaîné huit défaites, la pire série de l'histoire de l'UFC. Neuf mois après Jones ? Gane a battu Volkov dans une décision partagée de juges, que beaucoup ont jugé très généreuse pour le Bon Gamin. Il a ensuite été accusé de triche contre Pereira, on l'a dit. Et puis si Aspinall ne se remet jamais vraiment de sa fragilité aux yeux, et que Gane ne le bat jamais, sera-t-il vraiment le meilleur poids lourd du monde ?
Autant d'interrogation que seules des victoires éclatantes pourront balayer. D'ailleurs, le Français ne s'y trompe pas. Sur les réseaux sociaux, il ne s'est réjoui de rien. En grand compétiteur, il ne se sent probablement pas beaucoup plus champion qu'un autre. Pas d'auto-satisfaction, pas de célébration, rien de tout ça, juste le poste de son combat et un simple "Allons-y". Pourtant, Gane vient d'écrire une belle page des sports de combats français, du sport français même. À 36 ans, un athlète de son acabit a dans les poings de quoi gratter encore quelques chapitres. Et faire taire la cacophonie qui accompagne ses victoires, au rythme de son jeu de jambes et de ses phalanges contre le visage de ses adversaires.
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