A peine sont-ils sortis du bassin de Budapest que les bouillants Français devraient doucher leur joie et penser aux Championnats du monde de 2011 et aux Jeux Olympiques de 2012 ? Difficile de bouder son plaisir avec la moisson historique (21 médailles dont 8 en or) ramenée par les nageurs et nageuses tricolores, comme un formidable écho aux exploits de leurs compatriotes athlètes à Barcelone. "Profitons de ces moments-là, savoure Christian Donzé, directeur technique national, qui explique les résultats par une "bonne dynamique d'entrée" : "Nous avons une équipe de France jeune, talentueuse et travailleuse. Il y a beaucoup de diversité, de richesse et de solidarité."
Dans ces conditions, comment ne pas savourer ? Ce n'est pourtant pas l'avis d'autres acteurs de l'aventure des Bleus. Derrière les clameurs et la satisfaction générale, des désaccords profonds se font entendre. Ecoutez Fabrice Pelligrini. Avec trois nageurs médaillés, il aurait tout pour se joindre à la liesse. Le voilà qui constate : "Aujourd'hui, les deux tiers des résultats viennent des clubs pas des structures officielles." Comprenez, tout ce que vous voyez briller vient du travail "artisanal", du "système D", des clubs. Lesquels ne sont pas aidés par la Fédération. Avec une formule choc en prime, cela fait de la mousse dans la piscine française : "C'est comme si on avait Schumacher et qu'on constatait que c'est une 2CV qu'on lui donnait."
Schumacher, la 2CV et les piscines françaises
Ch. d'Europe Budapest
Des Bleus historiques
15/08/2010 À 19:38
Vous l'avez compris, Pellerin et Donzé ne célèbrent pas les victoires dans la même baignoire. A l'horizon, que le DTN veut envisager avec "lucidité", Pellerin attend du changement : "Sinon, on risque d'être rattrapé par une réalité sportive qu'on ne va pas voir parce qu'on va s'autocongratuler." Pour l'entraîneur, qui rappelle que la France est le pays qui possède le moins de piscines en Europe, le constat est loin de correspondre à la floraison de médailles : le "système est pourri".
Un autre entraîneur comblé, Romain Barnier, qui a vu ses quatre nageurs, dont Camille Lacourt et Frédérick Bousquet, sur les podiums, apporte un regard à la fois plus détaché et plus optimiste. Souvent contesté, il calme le jeu et imagine une efficacité à la française qu'il faudrait défendre : "Avec Lionel Horter (directeur des équipes de France), j'ai de très bons rapporst, précise-t-il dans L'Equipe de lundi. J'ai des échanges avec Michel Chrétien et Fabrice Pellerin, qui est une source d'enrichissement au quotidien. Si ça a si bien marché pour Marseille (le club, ndlr), c'est aussi grâce à eux." Il explique ailleurs sa vision : "On a un système de clubs qui permet aux nageurs de rester longtemps dans leur sport. C'est un des fers de lance de la réussite de la natation française, qui est presque aussi bon que le système universitaire américain." L'autre influence de Romain Barnier.
Pour Barnier, le travail que font les clubs ne donne pas de garantie pour les Championnats du monde en 2011, mais il permet de continuer à construire. Pour Pellerin, " ce qu'on fait aujourd'hui, c'est du cristal". Pour Donzé, "l'équipe de France est une entreprise qui fonctionne de 6h à 23h avec des gens qui expriment leur compétences", il faut "prendre le temps de l'analyse pour le projet 2012" et surtout "il ne faut pas tomber dans l'euphorie". Et si c'était, justement, cette euphorie qui permettait de dépasser les structures et de rassembler toutes les compétences pour un objectif commun : des résultats aussi étonnants aux Mondiaux et aux J.O. ?
Ch. d'Europe Budapest
La symphonie achevée
15/08/2010 À 14:47
Ch. d'Europe Budapest
Bernard était "émoussé"
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