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De la pure folie

De la pure folie
Par Eurosport

Le 13/08/2008 à 08:30Mis à jour

Les demi-finales du 100m nage libre ont atteint des sommets. Alain Bernard a battu le record du monde en 47:20... avant qu'Eamon Sullivan ne reprenne son bien trois minutes plus tard, en 47:05. La finale, dans la nuit de mercredi à jeudi, promet d'être un

Pour tout dire, on le sentait venir. Après des séries où, sans forcer, les ténors avaient nagé autour de 47:80, le record du monde du 100m, décidément bien fragile ces temps-ci, allait voler en éclats. Ça n'a pas loupé. Et plutôt deux fois qu'une. Alain Bernard et Eamon Sullivan, pris dans un duel à distance échevelé, se sont rendu coup pour coup. Au final, l'Australien a conservé son bien que le Français lui avait repris l'espace de trois minutes. A toi, à moi. Ces deux-là ne semblent pas avoir de limites. Le record, lui, a repris une méchante claque. 47:50 avant le début des Jeux, 47:20 après le relais 4x100m, et désormais 47:05, nouvelle marque de Sullivan mardi en demies. Et ce n'est sans doute pas fini.

Alain Bernard s'est en tout cas pleinement rassuré si cela était nécessaire. Il semble avoir digéré la frustration née de son dernier 50m fatal en finale du relais. Rapide, déterminé, le protégé de Denis Auguin a frappé un grand coup en survolant sa demi-finale. Après avoir viré en 22:48, soit une demi-seconde plus vite que la veille en séries, il n'a pas fléchi sur le retour, pour toucher en 47:20, soit quatre centièmes de mieux que Sullivan avant-hier. A cet instant, il se retrouvait donc à nouveau dans la peau du recordman du monde. Son sourire, immense, à la sortie du bassin, tranchait avec son visage fermé le jour du relais...

VDH toujours là

Mais Bernard n'allait même pas avoir le temps de sécher qu'il n'était déjà plus détenteur du record! Dans la seconde demi-finale, Sullivan partait sur des bases plus rapides encore (22:44 au 50m). L'Australien intensifiait même son effort dans la seconde longueur de bassin. Bilan, 47:05. La barre des 47 ne devrait plus tenir très longtemps à ce rythme. En six mois, le record a pris près de huit dixièmes dans la vue. Un record, qui, rappelons-le, avait tenu quasiment huit ans, puisque Pieter Van den Hoogenband l'avait établi lors des Jeux Olympiques de Sydney, en 2000. Il est probable que cette boulimie chronométrique ne soit pas terminée. L'or ira sans doute se chercher à moins de 47 secondes jeudi. Peut-être autour de 46:80.

Les demi-finales ont en tout cas eu le mérite de ressortir deux grands favoris. Sullivan et Bernard ont en effet mis une marge entre eux et les six autres finalistes. Derrière ce tandem infernal, qui cumule huit records mondiaux entre le 50m et le100m depuis le début de l'année, la concurrence se tient dans une fourchette très dense, entre 47:68 et 48:06. Pieter Van den Hoogenband, sans faire de bruit, revient dans l'allure. Le Néerlandais, en 47:68, vient de nager le 100m le plus rapide de sa carrière. Une sacrée performance, dans l'absolu, mais insuffisante dans le contexte actuel. Le double tenant du titre devra nager beaucoup, beaucoup plus vite pour réussir le triplé. Même constat pour Nystrand, ou Lezak, qui devront gagner une grosse seconde pour rêver de l'or.

En vitesse pure, l'or ne peut donc échapper à Bernard ou Sullivan. Sauf qu'une finale, c'est autre chose. La tension, l'enjeu, les regards dans la chambre d'appel, et surtout la bagarre dans le bassin, changent tout. Cette bagarre qui a perdu le Français face à Lezak dans le relais et qui sera peut-être son pire ennemi jeudi. Mais pour l'instant, Bernard est fidèle au rendez-vous qu'il s'était fixé. Il sera malheureusement seul en finale, puisque Fabien Gilot, en 49:00, a signé le moins bon temps des demi-finales. Amaury Levaux, sur sa forme actuelle, y avait sans doute sa place. Son chrono des séries du relais (47:76), lui permettrait même de titiller le podium. Mais le sprint français est si dense que les sélections, impitoyables, en ont décidé autrement. Ce sont des problèmes de riches. Qui s'en plaindra?

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