JO 2024 - "Il était en burn-out" : 2020, l'année où Léon Marchand a voulu tout arrêter

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Un an avant les Jeux Olympiques de Tokyo, Léon Marchand contemple le gouffre de très près. Il hésite sur la suite à donner à sa carrière. Va-t-il continuer la natation ? Doit-il tout envoyer valser ? Ces questions le traversent alors qu'il se met une pression folle et qu'il n'est plus heureux dans son quotidien. Mais le COVID va indirectement sauver sa carrière et construire le champion qu'il est.

Léon Marchand

Crédit: Getty Images

Le poids est trop lourd sur ses épaules, Léon Marchand n'en peut plus. Quelques mois après une première médaille, de bronze, aux Mondiaux juniors sur 400 4 nages, il sature. Nager pour prouver. Nager pour ne pas décevoir. Nager pour gagner. Stop, il n'en veut plus. A 18 ans, il n'a plus d'insouciance et nage pour les autres. Mars 2020, le Covid met le monde sous cloche, tout s'arrête. Le nageur n'enchaîne plus les longueurs, il passe du temps en famille à Toulouse, redécouvre son petit frère. Fini la vie d'athlète chronométrée à la seconde, il prend du recul, se pose des questions.
Et si c'était ça la vie après tout ? A quoi bon s'enfiler des heures à compter les carreaux de la piscine pour ne pas être heureux ? Pourquoi nager la boule au ventre ? Pourquoi s'infliger de telles souffrances ? Et si, finalement, la vérité était ailleurs, loin des bassins, loin des compétitions, loin des ambitions que projettent les autres sur lui ?
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Léon Marchand aux championnats de France à Chartres

Crédit: Getty Images

Il s'est dit : 'Si c'est ça le haut niveau, je préfère arrêter.'
Quatre ans avant les JO de Paris, Léon Marchand est traversé par toutes ces questions existentielles. La natation, il aime ça parce que ses parents, anciens champions de très haut niveau, lui ont refilé le virus. Mais la compét', il n'en peut plus, il n'en veut plus. "A ce moment précis, la natation prenait trop de place dans sa vie, témoigne celui qui l'a aidé, Thomas Sammut, son préparateur mental. Depuis sa première médaille internationale, il nageait avec la boule au ventre, une obligation de résultat et de ne pas décevoir. Cette peur de mal faire le rendait malheureux. Il s'est dit : 'Si c'est ça le haut niveau, je préfère arrêter.' Il était en burn-out."
Marchand commence alors un travail sur lui. "Les sportifs avait peur d'aller voir des préparateurs mentaux parce que ça montrait une faiblesse mentale, nous a confié Marchand à Vichy la semaine dernière. Mais j'ai toujours voulu m'améliorer dans mon sport et avoir le sourire surtout. J'ai simplement lu le bouquin de Thomas Sammut et Florent Manaudou et j'avais aimé le livre. Et j'avais envie qu'on travaille ensemble."
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Léon Marchand lors des championnats de France 2019

Crédit: Getty Images


S'il continue la natation, ce sera pour les bonnes raisons. Il ne cherche plus la reconnaissance mais veut donner du sens à ce qu'il fait. Son credo désormais : la quête du bonheur. Être heureux, c'est aussi simple que cela. "La natation est alors devenu un moyen de se découvrir, continue Thomas Sammut. Il se challenge tous les jours non pas par contrainte mais par défi personnel. Il veut voir jusqu'où ses capacités peuvent aller. Il a le plaisir d'aller chercher au fond de lui parce qu'il est dans la curiosité. Quand il nageait avec la peur, il ne pouvait pas accéder à son plein potentiel. Or il a cette faculté à générer ses énergies. Aujourd'hui, il nage avec l'énergie du bonheur, il veut la diffuser. C'est ainsi qu'il bat des records."
J'aime bien me dire : 'Qu'est-ce qu'il se passe si j'échoue ?'
Très mature pour son âge, Marchand ouvre une nouvelle voie avec le succès qu'on connaît. La natation n'est aujourd'hui qu'une partie de son projet. Le gamin de 22 ans a tout un tas d'autres passions et si tout devait s'arrêter, il s'en remettrait. "J'aime bien me dire : 'Qu'est-ce qu'il se passe si j'échoue ? Et en fait, je me rends compte qu'il ne va rien se passer de spécial', confie-t-il à Brut après ses premiers titres mondiaux à Budapest. Je n'ai plus peur de l'échec et je suis plus en mode : 'je profite et j'essaie.'" "Je me suis rendu compte de certaines de mes erreurs, certaines des siennes, explique son coach Nicolas Castel. Du contexte particulier à ce moment-là. Je ne sais pas si on peut parler de tournant pour sa carrière mais en tout cas, cela a débouché sur une amélioration de notre vision de la performance."
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Marchand : "Si je veux vraiment réussir les Jeux, j'aimerai bien gagner une course"

Video credit: Eurosport

Marchand a plutôt bien fait d'essayer un autre chemin. Aujourd'hui, il consacre 50% de son travail à la préparation mentale. Il n'a plus de routine avant ses courses. La couleur du bonnet, la musique dans les oreilles : il s'en contrefout. "Maintenant, il n’y a plus rien. C’est plus simple. Ce n’est que de la natation, il ne faut pas se prendre la tête avec tout ça", confiait-il en 2023. Dédramatiser, mettre l'évènement à distance et prendre du plaisir : voilà les recettes de son succès.
Ce sont elles qui lui ont notamment permis de s'affirmer comme le successeur de Michael Phelps. Le géant américain avait attendu la fin de sa carrière pour dévoiler ses démons : alcool, envie suicidaire, burn-out. Marchand a pris le soin de les affronter à la sortie de l'adolescence. Ils ont failli lui coûter sa carrière, ils ont finalement construit le champion unique qu'il est devenu.
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