Dopage : ouverture à Madrid du procès Eufemiano Fuentes

Le médecin Eufemiano Fuentes fait face à ses juges, ce lundi à Madrid, après le démantèlement de son cabinet de "protection de la santé des sportifs". En clair : de dopage. Dans le milieu du cyclisme, mais pas seulement, a-t-il naguère assuré.

Eurosport

Crédit: Eurosport

Personnage central de l'affaire de dopage Puerto, Eufemiano Fuentes, docteur espagnol à la réputation sulfureuse, prend place lundi sur le banc des accusés du Juzgado de lo Penal No 5 de Madrid, au côté de quatre autres inculpés, pour répondre d'un délit contre la santé publique. Accusé d'être le principal organisateur d'un réseau de dopage sanguin démantelé en mai 2006 par la Garde civile, ce médecin canarien de 57 semble être l’une des clefs de voûte de cette affaire, qui a abouti sur le plan sportif à des sanctions contre six cyclistes: l'Espagnol Valverde, les Allemands Ullrich et Jaksche, les Italiens Basso, Scarponi et Caruso (ce dernier ayant été blanchi par le TAS).
Un épais mystère entoure cet homme dont le nom est devenu synonyme d'éminence grise du sport depuis son arrestation à Madrid, le 23 mai 2006, et la découverte dans deux de ses domiciles madrilènes de quelque 200 poches de sang devant servir à des autotransfusions. Personnage à l'aise sous les feux des médias, il n'a jamais impliqué nommément aucun de ses clients - en tout cas publiquement. C’est la raison pour laquelle le procès pourrait ne pas délivrer de vérité sur les interrogations que son travail suscite depuis des années. Après le coup de filet de Puerto, Fuentes avait assuré que parmi ses clients figuraient, outre des cyclistes, des "athlètes, des joueurs de tennis, des nageurs et des footballeurs". "J’ai été surpris que certains noms aient été rendus public et d’autres non, sans logique apparente, s’est-il un jour étonné sur la Cadena Ser. Je veux dire que le cyclisme n’était pas le seul sport concerné." Il devait ensuite se rétracter, révélant une autre facette de sa personnalité : versatile et secrète.
A l'Est, il trouve "des méthodes d'entraînement et d'accompagnement du sportif novatrices"
Fuentes, spécialisé au départ en gynécologie, a toujours prétendu que les cyclistes représentaient un tiers de sa clientèle. En France, le journaliste du Monde Stéphane Mandard avait publié une enquête en 2008, sourcée directement auprès du docteur Fuentes, établissant des liens entre le cabinet de l’Espagnol et plusieurs joueurs évoluant en Liga, notamment au Real Madrid, à Barcelone et à Valence. Le quotidien avait été condamné en diffamation, sans que cette décision ne dissipe tous les doutes. Plusieurs personnes, notamment le patron de l’UCI Pat McQuaid, ont fait état d’une réunion au sommet entre les services de Police espagnols et le ministère des Sports, pour se "coordonner" sur cette affaire.
Puerto avait d’ailleurs commencé sa carrière de médecin du sport par l'athlétisme. Lui-même ancien coureur de 400 mètres haies, il avait été mandaté dans les années 1980 par la fédération d'athlétisme espagnole pour "faire progresser" ce sport en Espagne. Cette mission l'avait mené dans les pays de l'ancien bloc de l'Est, d'où il est revenu, selon ses propres mots, avec "des méthodes d'entraînement et d'accompagnement du sportif novatrices". Après avoir quitté le giron de la fédération espagnole d’athlétisme dans la foulée des Jeux de 1984, en raison de doutes sur l’honnêteté des performances de son épouse, il est par la suite entré dans les milieux du cyclisme (médecin des équipes Orbea, ONCE, Amaya, Kelme) et du football, en devenant médecin de Las Palmas en 2001.
Verdict le 21 mars
C’est cependant en tant que médecin-chef de Kelme, dans le milieu du vélo donc, que sa chute a pris racine. Fuentes a croisé la route de Jesus Manzano, coureur qui dénonçait à l'époque les pratiques dopantes de son équipe. Les confessions du coureur, émaillées d'autotransfusions faites dans des conditions déplorables, de poches de sang frelatées réinjectées aux coureurs au risque de leur vie, ont choqué un pays alors pas du tout sensibilisé au dopage et amèneront justement la police espagnole à lancer l'opération Puerto.
Fuentes, au contraire, s'est toujours posé en champion de la santé des sportifs, parlant moins d’accroissement pur de performances que d’accroissement des performances avec accompagnement médical. Cette stratégie a un rapport avec les charges retenues contre lui puisque Fuentes doit se défendre d'un délit contre la santé publique, pas d'un délit pour incitation au dopage, lequel n’existait pas à l’époque dans le droit espagnol. "En 29 ans d'exercice professionnel, aucun de mes clients n'a eu le moindre problème de santé (...) Ce qui est dangereux pour la santé des sportifs, ce sont les parcours criminels que dessinent les organisateurs d'épreuves de haut niveau au bénéfice du spectacle. (...) Moi, je me consacre à la protection de la santé des sportifs qui font appel à moi."
Une intervention typique de cet homme friand de belles montres et de costumes tape à l'oeil. Le médecin s’est montré moins prolyxe sur les effets inconnus de l'hormone de croissance ou d'autres substances sur l'organisme humain trouvées dans ses appartements. Reste à savoir si, aux yeux de la justice, Fuentes s'en tirera avec ce rôle de chevalier blanc ou tombera, condamné comme un "docteur Mabuse" du sport. Le verdict est attendu le 21 mais. Mais avec le jeu des appels, cette procédure pourrait ne pas connaître son épilogue avant 2014.
Rejoignez Plus de 3M d'utilisateurs sur l'app
Restez connecté aux dernières infos, résultats et suivez le sport en direct
Télécharger
Partager cet article
Publicité
Publicité