La Slovénie de Tadej Pogacar, ce pays qu'on ne connaît pas
Publié 26/10/2021 à 12:05 GMT+2
Au classement mondial UCI, la Slovénie vient de monter sur la deuxième marche du podium, derrière la Belgique et devant la France. Alors que la Slovénie assure pour six mois la présidence de l’Union européenne, on verrait bien le cyclisme français prendre exemple sur cette petite nation à la mode, et pas seulement grâce à Tadej Pogacar et Primoz Roglic.
La Slovénie de Tadej Pogacar
Crédit: Getty Images
Le saviez-vous ? La Slovénie assure jusqu’au 31 décembre 2021 la présidence tournante de l’Union européenne. Mais quand on dit "Slovénie", on pense plus spontanément à Tadej Pogacar et à Primoz Roglic, voire à Matej Mohoric, qu’au turbulent premier ministre du pays, Janez Jansa, dont le modèle est le populiste hongrois Viktor Orban et qui donne le tournis à ses collègues.
Alors qu’une délégation du Parlement européen se trouvait en Slovénie pour y évaluer la liberté de la presse et l’état de droit, Janez Jansa, sur Twitter, a qualifié des parlementaires de "marionnettes de Georges Soros", l'investisseur milliardaire américano-hongrois, qui est juif. Réaction de l’Union européenne : "L'antisémitisme n'a pas sa place" en son sein. Une institution qui rappelle à l’ordre celui qui, pour six mois, est chargé de la faire "tourner", ça ne s’invente pas.
Dans ce pays de deux millions d’habitants, à peine plus grand que la Bretagne, pays dont, avouons-le, nous ne savons quasiment rien, le premier ministre slovène est surnommé "maréchal Twitto". Depuis 1918 et la fin de l’empire austro-hongrois jusqu’à la chute du bloc soviétique, la Slovénie faisait en effet partie de la Yougoslavie, tenue d’une main de maître par le maréchal Tito. Le pays a été le premier à vouloir dire adieu à la dictature.
Dès 1988, "le printemps slovène" aspirait à l’état de droit et à la démocratie. En décembre 1990, alors que Primoz Roglic venait de souffler sa première bougie, 88,5% des Slovènes votaient pour l’indépendance, proclamée le 26 juin 1991. Le lendemain, la Yougoslavie déclarait la guerre, qui ne dura que dix jours. Loin des conflits ethniques qui allaient déchirer Croatie et Bosnie, la Slovénie pouvait partir faire son bonhomme de chemin comme une grande, avec un PIB par habitant qui la place à la 41e place mondiale (la France est 29e). Déjà, au temps de la Yougoslavie, elle se portait économiquement mieux que les autres territoires.
La Slovénie a aussi été le premier pays des Balkans à adhérer à l’Union européenne, dès 2004, avant de rejoindre l’espace Schengen et la zone euro en 2007. Tadej Pogacar , né à Komenda, hameau de Klanec (qui veut dire "pente"), à une vingtaine de kilomètres de la capitale, Ljubljana, n’avait alors que 9 ans et jouait au football au Rog Ljubljana Cycling Club.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2021/10/18/3239030-66297868-2560-1440.jpg)
Alaphilippe au panthéon, Pogacar omnipotent : revivez les grands moments de la saison
Video credit: Eurosport
Le 23 septembre, une fête nationale du sport
Le guide du Petit futé nous apprend que la Slovénie, recouverte à 60% par des forêts, est le pays des ours, éventuellement exportables (demandez aux habitants des Pyrénées) ; un pays où l’on fabrique le houblon nécessaire à la bière ("pivo" en slovène), la boisson nationale bien que l’arbre national soit le tilleul ; où, dans les cimetières ruraux, les habitants allument chaque soir des bougies sur les tombes de leurs morts ; où l’on peut manger à toute heure dans les restaurants et où un jour férié est depuis quelques années dédié au sport chaque 23 septembre, un autre étant réservé à la culture.
Nous y voilà. Les Slovènes aiment le sport. Surtout le ski (Maribor est une station connue des compétiteurs) et encore plus le saut à ski, première spécialité de Primoz Roglic. Sur les sites de tourisme de la Slovénie, on ne trouve pas tout de suite mention des champions cyclistes de ce pays qui, sur les photos, évoque la Suisse et l’Autriche, avec des paysages qui distillent beauté et douceur de vivre. "Si vous recherchez une oasis verte, sûre et parfaite, vous êtes au bon endroit, peut-on lire sur slovenia.info. La Slovénie est le cœur vert de l'Europe, où tout le monde peut trouver ce qui lui convient. Vous trouverez difficilement un territoire aussi petit offrant autant." On peut même voir, à Nova Gorica, la tombe de Charles X, le seul roi de France depuis Hugues Capet à ne pas reposer dans son pays.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2021/10/09/3234093-66199128-2560-1440.jpg)
Coup de force, mésentente des poursuivants : comment Pogacar a gagné son 2e Monument
Video credit: Eurosport
La "Slovénie alpine", les "alpes juliennes" et la "Slovénie méditerranéenne", à deux pas de Trieste l’Italienne, pourraient bien devenir des destinations touristiques à la mode, comme Velika Planina et les cent-quarante chalets qui lui valent le titre de "plus grand village de bergers d’Europe", à une trentaine de kilomètres du village natal de Pogacar, "l’enfant prodige".
"Au regard du nombre de médailles olympiques obtenues par habitant, la Slovénie se hausse en haut du classement mondial", assure le site slovenia.info. Aux Jeux olympiques de Tokyo, où 54 sportifs représentaient le pays, la délégation slovène est revenue avec cinq médailles : pour l’or, Primoz Roglic (cyclisme, contre la montre), Benjamin Savsek (canoë en eaux vives) et Janja Garubret (escalade sportive) ; pour l’argent, Tina Trstenjak (judo) ; et pour le bronze, Tadej Pogacar encore et toujours, en cyclisme sur route.
Un drapeau jaune sur le bâtiment de la présidence slovène
Trois raisons, donc, d’entendre l’hymne national, "Zdravljica" ("je lève mon verre" ou "toast" pour la traduction) et de le reprendre en chœur comme l’avaient fait, le 20 septembre 2020, les habitants de Komenda applaudissant la victoire de Pogacar avant de décorer de jaune tout ce qui pouvait l’être dans la ville. Ils avaient été rejoints in extremis, après le coup de théâtre de la Planche des Belles filles, par leurs voisins de Trbovlje , la ville natale de Roglic, à une heure par l’autoroute. Heureux pays qui croyait gagner le Tour avec Roglic et le gagnait finalement avec Pogacar, récidiviste l’été suivant. Le président slovène, Borut Pahor, avait assisté à la dernière étape à Paris, tandis qu’à 1 260 kilomètres des Champs-Elysées, un drapeau jaune était hissé à côté du drapeau slovène sur le bâtiment de la présidence à Ljubljana.
/origin-imgresizer.eurosport.com/2021/07/28/3185024-65255748-2560-1440.jpg)
"Il faut t'arrêter Primoz !" : Roglic était prêt à faire un tour supplémentaire au chrono
Video credit: Eurosport
Désormais aussi célèbre que Merlene Ottey, Jamaïcaine devenue slovène en 2002, que Gaspard Proust (Kasper Püst, né slovéno-suisse) et que Melania Trump, ex-première Dame des Etats-Unis, Tadej Pogacar va devoir s’habituer, même si c’est depuis Monaco, à représenter un pays à la mode. Le 23 octobre, l’ambassadrice de France à Ljubljana, Florence Ferrari, recevait des maires français friands d’innovations et d’écologie. Sans doute voulaient-ils partager l’enthousiasme de David Belliard, adjoint écologiste à la mairie de Paris, rêvant devant Ljubljana, qui "a diminué drastiquement la circulation automobile", réduit le CO2 de 70%, diminué le bruit et augmenté le chiffre d’affaires des commerçants pour faire éclore "une ville où il fait mieux vivre".
Peut-on vraiment comparer une capitale de 280 000 habitants avec une capitale qui en compte plus de deux millions ? Pas sûr. Mais la réaction des édiles proches d’Anne Hidalgo montre que la Slovénie sera peut-être, un jour, l’exemple à suivre. Le 31 décembre, le pays abandonnera la "présidence tournante", cet objet politique mal identifié. La France lui succédera pendant le premier semestre 2022. Suivez mon regard : la France succédant à la Slovénie à Bruxelles, un coureur français pourrait aussi succéder à Tadej Pogacar à Paris. Pourquoi pas ?
Sur le même sujet
Publicité
Publicité