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Aujourd'hui Indian Wells, demain l'Euro et les Jeux ?

Aujourd'hui Indian Wells, demain l'Euro et les Jeux ?
Par Glenn Ceillier via AFP

Le 09/03/2020 à 11:10Mis à jour Le 09/03/2020 à 20:09

L'épidémie du nouveau coronavirus perturbe la planète sport, confrontée à de nombreuses annulations. De quoi s'interroger sur les grands événements sportifs internationaux de l'année, comme les Jeux Olympiques et l'Euro 2020. Dans quelle mesure sont-ils menacés ?

L'ombre du coronavirus plane sur le sport mondial. L'épidémie, qui dépasse les 3 700 morts, a déjà provoqué l'annulation ou le report de nombreux événements sportifs. Le but est d'éviter les rassemblements et foules, terrains propices à la propagation du virus. Berceau du Covid-19, l'Asie a ainsi chamboulé nombre de ses compétitions. Mais l'Europe n'est plus en reste depuis quelques derniers jours, avec des matches à huis clos en Italie, des reports mais également des annulations. Même les Etats-Unis ont pris la décision d'annuler le tournoi de tennis Indian Wells, un des plus importants des circuits ATP et WTA après ceux du Grand Chelem. De quoi s'interroger sur le long terme. Et notamment sur l'organisation des événements majeurs de l'année comme les Jeux Olympiques, l'Euro 2020 ou encore le Tour de France.

Devant la multiplication de ces annonces-chocs, il n'est pas illogique de se poser des questions. On parle quand même de rendez-vous planétaires qui vont générer des flux de population conséquents. Jusqu'à présent, les institutions se veulent cependant rassurantes. Au Japon pourtant, certains médias ont spéculé la semaine passée sur un possible report des Jeux Olympiques (24 juillet-9 août) après les déclarations de Seiko Hashimoto. La ministre japonaise des Jeux a révélé que le contrat signé entre le Comité d'organisation et le CIO prévoit la tenue de l'événement jusqu'à fin 2020. Ce qui peut laisser penser qu'un report peut être imaginé cette année. Mais, à moins de cinq mois de la cérémonie d’ouverture, le Comité international olympique a vite remis les choses au clair.

Le Japon face au coronavirus

Le Japon face au coronavirusGetty Images

" Nous pensons pouvoir bien gérer le dossier"

"Ni le mot annulation ni le mot report n'ont été évoqués ce jour durant la réunion de la Commission exécutive", qui s'est achevée mercredi soir, a déclaré le président du CIO Thomas Bach. "Le CIO réaffirme son total engagement à assurer le succès des Jeux Olympiques de Tokyo 2020", a ajouté M. Bach. Le son de cloche est assez similaire dans les couloirs de l'UEFA. L'instance qui régit le football européen s'est pourtant offert un beau casse-tête avec cet Euro éclaté dans 12 pays d'Europe et dont le match d'ouverture est prévu le 12 juin… à Rome, dans le pays d'Europe le plus touché actuellement. Mais si cette formule inédite avec un brassage de supporters important a de quoi laisser songeur dans le contexte actuel, il n'est pas question de s'emballer.

"Vous ne vous rendez pas compte du nombre de soucis qu'on peut avoir en organisant une compétition. Il y a des questions de sûreté, des questions politiques. Le virus est une autre préoccupation", a expliqué Aleksander Ceferin, le président de l'UEFA. "Nous nous en occupons et nous sommes confiants. Nous pensons pouvoir bien gérer le dossier. Essayons de ne pas songer au scénario du pire", a ajouté le dirigeant slovène. Alors, discours de façade ou pas ? "Les acteurs font aujourd'hui tout pour temporiser", nous explique Jean-Baptiste Guegan, auteur de "Géopolitique du sport, une autre explication du monde".

UEFA President Aleksander Ceferin attends the UEFA Euro Roma 2020 Official Logo unveiling at Palazzo delle Armi on September 22, 2016 in Rome, Italy

UEFA President Aleksander Ceferin attends the UEFA Euro Roma 2020 Official Logo unveiling at Palazzo delle Armi on September 22, 2016 in Rome, ItalyGetty Images

" Une décision des autorités politiques nationales avec les recommandations internationales de l'OMS"

Devant l'emballement médiatique et la peur de l'inconnu, le temps peut en effet être un atout pour l'UEFA et le CIO. Mais les deux instances n'ont de toute manière pas toutes les cartes en main. "Ce n'est pas l'organisateur qui décide. Ce sont les autorités politiques nationales qui décideront, sur recommandation internationale de l’OMS", ajoute Jean-Baptiste Guégan. "Au final, le Comité international olympique se ralliera à la décision prise par l’Organisation mondiale de la santé sur ce sujet du coronavirus", abonde dans Ouest-France, Denis Masseglia, le président du Comité national olympique.

Les différents enjeux, tant financiers que politiques, pour des compétitions de cette ampleur rendent cependant difficile d'imaginer une annulation, même si le CIO est assuré contre une telle décision mais seulement à hauteur de 1.3 milliard selon Patrick Vajda, expert en risques et assurance du sport chez SIACI Saint Honoré interrogé dans Ouest-France. Décidé à profiter des Jeux pour relancer son économie, le Japon a en effet investi plus de 11 milliards d'euros. Si la crainte d'une population japonaise vieillissante face à la propagation du virus sera évidemment une donnée non négligeable, une annulation "serait catastrophique en termes d'image. Et le préjudice politique pour Shinzo Abe (ndlr : le Premier ministre japonais) serait important", estime Jean-Baptiste Guégan, spécialiste en géopolitique du sport.

" Vous ne changez pas un tel événement comme ça"

Même un report des Jeux ou de l'Euro semble difficile à imaginer à quelques mois de ces épreuves et alors que tout a été prévu (infrastructures, logistiques…) : "Ce sont des événements que l'on ne peut pas reporter pour plusieurs choses. D'abord, les espaces publicitaires sont réservés depuis des mois, les signaux satellitaires sont bloqués depuis trois ans, tout comme les grilles de programmes depuis des semaines. Vous ne changez pas un tel événement comme ça. Sans parler des hébergements, des pertes de croissances…", ajoute encore Jean-Baptiste Guégan. Il ne faut pas oublier que le sport est un business et un vecteur clef du monde géopolitique. Avec toutes les conséquences que cela inclut.

Ce n'est de toute manière pas pour rien que les Jeux, dont l'impact économique se chiffre en milliards de dollars, n'ont été annulés qu'en raison des guerres mondiales jusqu'à présent. En 1916 à Berlin ou en 1940 à Sapporo (hiver) et Tokyo (été), et 1944 à Cortina d'Ampezzo (hiver) et Londres (été). Ni les boycotts (en 1980 à Moscou et 1984 à Los Angeles) ni le virus zika (avant les JO de Rio 2016) n'ont eu raison de la quinzaine olympique. Cette année, et face à l'ampleur prise par l'épidémie, le nouveau coronavirus changera-t-il la donne ? "Il n'y a pas de craintes à avoir, mais cela peut évoluer", conclut le sélectionneur Didier Deschamps. Dans un sens comme dans l'autre.

(Avec AFP)