Eric Heiden tient une place à part dans le livre d'or des Jeux Olympiques d'hiver. Il fut le premier, et le seul à ce jour, à remporter cinq médailles d'or lors d'une même édition. Un triomphe ahurissant, qui permit à sa discipline, le patinage de vitesse, de sortir de l'ombre. Pour une fois, le héros des JO n'était pas un skieur alpin, un fondeur, mais bien un patineur. Pas du patinage artistique, non. Du patinage de vitesse. Devant son public, à Salt Lake City, Heiden est devenu une star. Tout simplement.

Au début de cette année 1980, l'athlète du Middle West n'est toutefois plus tout à fait un inconnu. Triple vainqueur de la Coupe du monde, il est, à 21 ans, le numéro un incontesté de son sport. Mais son histoire reste encore à écrire. Heiden la veut la plus belle possible. Pour marquer son époque, le patineur américain se met en tête de remporter les cinq épreuves individuelles. Jamais personne n'a accompli un tel exploit. Pas même Mark Spitz. A Munich, le nageur moustachu avait certes glané sept titres olympiques, mais trois en relais et "seulement" quatre en individuel. Drapé dans sa tenue dorée qui deviendra presque son emblème, Eric Heiden ne doute de rien et surtout pas de lui.

Vancouver 2010
Rétro JO: Lake Placid 1980
28/01/2010 À 12:00

Il a pour lui une première expérience des Jeux. En 1976, à Innsbruck, à moins de 18 ans, il s'était signalé en se classant 7e du 1500m et 19e du 5000m. Un apprentissage utile à l'heure d'aborder l'échéance de sa carrière, et de sa vie, quatre ans plus tard. A Lake Placid, il commence sa moisson lors du 500m, en dominant le Soviétique Evgueni Koulikov, ce qui attire l'attention du public américain, alors que le boycott des Jeux de Moscou devient d'actualité. Après cette première levée, il enchaîne en remportant le 5000, le 1000 et le 1500m, où il s'impose face au Norvégien Kay Arne Stenshjemmet en dépit d'une grosse faute. Fort de ses quatre couronnes, Heiden n'a plus que la dernière partie du contrat à relever. La plus difficile.

10000 mètres avec trois bouts de pain

D'abord parce que le 10000m est l'épreuve la plus éprouvante. La fatigue, physique et psychologique, accumulée depuis le début des jeux, commence forcément à peser. Ensuite parce que l'Américain a très peu dormi. La victoire de ses compatriotes en finale du tournoi de hockey, face à l'URSS, match auquel il a assisté, lui a donné trop d'adrénaline. A partir de cette folle soirée, tout s'emballe. Il raconte: "Concernant la finale de hockey, j'étais presque plus tendu que pour mes propres courses. Regarder ce match m'a vraiment épuisé, tant c'était intense. J'ai très peu dormi et le lendemain matin, je ne me suis réveillé que deux heures avant la course, soit au moment où j'arrivais traditionnellement sur l'anneau pour débuter mon échauffement. J'ai juste avalé trois morceaux de pain. Heureusement, j'avais fait un très bon repas la vielle".

Pourtant, Heiden va voler comme jamais. L'étudiant en médecine décroche sa cinquième médaille d'or, assorti d'un cinquième record olympique. Mieux, il s'offre même le record du monde. Son invraisemblable pari réussi, Heiden surprend son monde en annonçant qu'il arrête la compétition pour reprendre ses études. Comme pour fuir la célébrité. Finalement, l'ombre lui sied mieux que la lumière. "Si j'avais voulu être connu, j'aurais choisi le hockey sur glace", confie-t-il. Cet exploit sidérant, Heiden l'expliquera plus tard par ses méthodes d'entraînement révolutionnaires pour l'époque, basées à la fois sur le patinage, mais aussi le cyclisme et l'haltérophilie. D'où ce stupéfiant tour de cuisse qui a fait le tour de monde.

Crédit: AFP

Certes doué, Heiden a surtout bossé comme un fou pour réaliser son rêve. "Il y a plusieurs raisons à ces cinq médailles d'or, juge-t-il. J'avais un très bon coach, DianneHolum, qui possédait une science du patinage de vitesse absolument incomparable. Puis je crois que je dois remercier aussi mes parents pour les gens qu'ils m'ont donné! " Arrivé comme une fusée dans la légende olympique, Eric Heiden a ensuite repris sa vie pour la mener comme bon lui semblait. Elle a mené ce sportif complet vers le cyclisme professionnel. Champion des Etats-Unis en 1985, il disputera ainsi le Tour d'Italie la même saison et même le Tour de France, un an plus tard, l'année de la première victoire américaine dans la Grande Boucle, celle de Greg LeMond

Vancouver 2010
Le Canada se couvre d'or
27/02/2010 À 22:53
Vancouver 2010
L'Allemagne dorée
27/02/2010 À 22:51